Blogue de Philippe Rezzonico

Gala JPR du chialage: bonne idée, cible partiellement ratée

jeudi 18 juillet 2013 à 10 h 17 | | Pour me joindre

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Le Français rouspète pour un rien, l’Italien se plaint de tout et le Britannique proteste sans perdre son flegme. Quant à l’Américain, il est souvent le fort en gueule. Le Québécois, lui, il chiale…

C’était le mot d’ordre pour l’animateur Emmanuel Bilodeau et ses invités durant le gala du chialage présenté mercredi au Festival Juste pour rire, le troisième de la cuvée 2013 portant sur les obsessions des Québécois. Le gala a provoqué son lot de rires, mais n’a pas été désopilant. Peut-être parce que les humoristes n’ont pas tous respecté la thématique. Oui, oui… Le critique chiale déjà, lui aussi.

Bilodeau, comédien révélé humoriste sur le tard, est demeuré fidèle au thème et à ses chevaux de bataille : la politique, l’identité, la langue et l’environnement. Arrivé sur la scène de la salle Wilfrid-Pelletier en vélo, l’humoriste a amorcé le spectacle avec un numéro de stand-up où Richard Martineau, un voisin anglophone et les fédéralistes en ont pris pour leur grade.

Bilodeau a même pesté contre Ottawa, capitale nationale par laquelle tout le mal arrive : la nuit des longs couteaux, le rapatriement unilatéral de la Constitution, le scandale des commandites et la récente élimination du Canadien de Montréal.

Il s’est aussi servi de son personnage de Tonino Tomato, un ex-ministre lobbyiste de la drogue, pour mettre sur pied la commission Tomato. Dans cette commission bidon visant à « redorer le blouson de la mafia », les invités-surprise étaient authentiques : le journaliste Alain Gravel de Radio-Canada, le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, et la présentatrice de la météo à TVA, Colette Provencher.

Une bonne idée aux résultats plus ou moins bons, il faut avouer. On a souri, à défaut de se tordre de rire,  quoique Daniel Paillé ait fait preuve de répartie en relançant « M. Clamato ». L’expérience de la Chambre des communes doit servir à quelque chose…

Le clou et les oppositions

Laurent Paquin ainsi que le duo formé de Billy Tellier et du Français Jérémy Demay ont bien adapté leurs univers au thème. Paquin a tapé sur le clou en maudissant le fait que l’on ne puisse dire leurs quatre vérités aux « filles désagréables », aux gars « qui puent de la gueule », aux gens qui « ne sont pas intelligents » et « aux vieux criss ». Bien ficelé.

Pour leur part, Tellier et Demay ont joué sur la les différents sens du terme selon le pays. « Chialer, en France, ça veut dire pleurer », a argué le très, très grand et « heureux » Demay au tout, tout petit Billy.

« Un Français joyeux, c’est comme un Italien qui te donne une facture. Ce n’est pas crédible », a répliqué le Québécois. Il s’en est suivi un sketch qui misait sur les oppositions et sur la disproportion physique entre les deux humoristes, où le plus petit a fini par faire fâcher le grand, qui a crucifié « le nain de jardin ».

Rires nourris, mais…

Toutes proportions gardées, Peter MacLeod, Guillaume Wagner et Olivier Martineau ont peut-être provoqué les rires les plus nourris, mais ils ont perdu le fil conducteur en chemin.

MacLeod, tel un don Juan repenti, a servi un numéro bien tourné où il disait désormais préférer les « petites rondes » aux « pétards ». Mais MacLeod étant MacLeod, on a quand même versé dans les propos scatologiques. Wagner a offert une prestation arrogante et vulgaire, où il a, entre autres, fait la démonstration que les filles faisaient des tas de choses au nom de la compétition entre elles.

Quant à Martineau, on espère qu’il n’y avait aucun employé de la SPCA sur place, parce que le chat, ce « chien des pauvres », et la perruche ont passé un mauvais quart d’heure. Trois prestations solides, mais que l’on aurait pu voir dans n’importe quel gala JPR. En revanche, on se serait passé de celle de Virginie Fortin. Le spectacle solo, ce n’est pas pour demain…

Le mode de vie

Le Français Vérino nous a fait crouler de rire avec ses histoires de types qui ont perdu la vie en raison de leur bêtise, notamment le mec qui pêche sur glace avec des bâtons de dynamite. Et il avait saisi l’essence du gala. « Ici, vous avez donné un mot à ça (le chialage). Chez nous, c’est la vie de tous les jours. »

Martin Petit, en vociférant sur les gens du Plateau et sur les ravages subis par sa génération X, et Bilodeau, dans son très bon numéro de clôture dans la peau d’un vieux grincheux, ont remis le thème à l’avant-plan.

Dans le fond, elle était là, la principale difficulté. Les galas des obsessions des Québécois portant sur la télévision et les communications (Éric Salvail), le sport (Philippe Bond), l’argent (Jean-François Mercier) et le sexe (Mike Ward) sont plus faciles à cibler, ce qui n’a pas facilité la tâche de Bilodeau, qui a ramé quelque peu.

Il était un peu flou et bien large, le thème d’hier. Tout le monde peut gueuler, chialer ou râler contre quelqu’un ou quelque chose. Comme dans cette critique, tiens…