Blogue de Philippe Rezzonico

The Black Keys font la fête… en banlieue de Montréal

samedi 6 juillet 2013 à 12 h 36 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Patrick Carney (batterie) et Dan Auerbach (guitare), que l’on voit lors d’un spectacle plus tôt cette année, ont été vibrants, vendredi, à l’espace Montmorency. Photo PC

LAVAL – Batterie lourde, guitares acérées, chansons fédératrices : The Black Keys ont livré une prestation vibrante, vendredi soir, au Mondial Loto-Québec, lors d’une soirée estivale chaude et humide durant laquelle cinq groupes ont partagé l’affiche sur la scène de l’espace Montmorency.

Cet événement qui avait les allures d’un mini-festival calqué sur le modèle des grandes manifestations internationales (Festival Osheaga à Montréal, Glastonbury en Angleterre, Coachella aux États-Unis) a attiré une faune plus diversifiée que celle à laquelle le festival de Laval nous a habitués.

Nommé Mondial Choral depuis des années, le festival rebaptisé Mondial Loto-Québec présente de plus en plus d’événements où les artistes ne sont pas nécessairement accompagnés d’un chœur. Le spectacle de vendredi était d’ailleurs un partenariat avec evenko, ce qui explique la présence de groupes et artistes comme The Black Keys, The Joy Formidable, Kurt Vile, CSS et Io Echo, d’ordinaire associés à une frange musicale dite alternative ou indie.

Le festival a changé de visage en même temps que de site. Longtemps présentées au Centre de la nature, les soirées ont désormais lieu à l’espace Montmorency, situé en face du cégep du même nom et à côté de la station de métro. L’espace Montmorency a déjà accueilli des spectacles du temps du Mondial choral, mais il est désormais le site principal du festival.

Les festivals contemporains

Pour un journaliste qui a connu les festivals à une époque où la présence de toilettes portatives n’était pas une certitude, ce site nouvellement aménagé a de quoi étonner. L’espace Montmorency ressemble aux centre d’achats que l’on voit pousser dans les banlieues du 450.

Oubliez la petite baraque à hot-dogs et la simple poutine. Nous avions droit ici à des comptoirs de grandes bannières industrielles : bière, méchoui, bistro à vins, restaurant BBQ, sous-marins et même à un représentant d’une chaîne de café et de beignes… Tout le monde sait que nous avons besoin d’un café chaud vers 22 h 10 – alors qu’il fait 30 degrés centigrades – entre deux salves de rock alternatif. Il y avait même un comptoir à huitres dans la zone réservée aux invités, médias et commanditaires. Déguster des huitres à un concert des Black Keys, ça, c’est la classe.

Toute cette offre que l’on peut presque qualifier de gastronomique selon les standards des festivals fut très utile durant un bout de temps. J’ai raté le premier groupe (Io Echo) en raison de leur présence sur scène à une heure hâtive (17h45), mais les prestations des brésiliennes de CSS (Cansei de Ser Sexy) et de Kurt Vile n’ont pas soulevé les passions.

CSS offre du rock de garage teinté d’électro. Les filles font partie de l’explosion « new rave » vécue ces dernières années au Brésil, mais on ne peut dire que c’est quelque chose de jamais vu. Cela dit, elles n’ont pas ménagé les efforts, ce qui est tout à leur honneur.

Vile et ses copains, avouons-le, ont fait chou blanc. Le rock semi-acoustique, partiellement planant et peu mélodique n’a pas galvanisé les foules, hormis une dernière pièce digne d’une fin du monde. Vile aurait dû afficher ses couleurs plus tôt. C’était le temps de se sustenter.

Formidable, en effet

The Joy Formidable a mis tout le monde sur la même longueur d’ondes à 20 heures. Le trio de choc du Pays de Galles mené par la chanteuse et guitariste Ritzy Bryan a déversé un flot de notes brutes sur la foule qui n’attendait que ça.

Avec des chansons bétonnées telles This ladder is ours et The greatest light is the greatest shade, le trio a tonné durant 40 minutes et a insufflé une bonne dose d’énergie à cette foule qui en était à l’étape de la digestion.

Une mise en bouche idéale pour The Black Keys qui se sont pointés sur scène à 21h30 et qui ont mis tout le monde dans leur petite poche avec un trio d’ouverture percutant (Howlin’ for you, Next girl et Run right back). Si vous avez vu The Black Keys lors de leurs récents passages au Centre Bell ou à Osheaga, il y avait un petit air de déjà-vu.

Depuis la parution du disque El camino à la fin de 2011, les Américains Dan Auerbach et Patrick Carney offrent pratiquement toujours les mêmes chansons – dans le même ordre – lors de leurs spectacles. À leur décharge, on doit noter que leurs albums de 2010 (Brothers) et 2011 contiennent une douzaine de titres irrésistibles. Ils seraient fous de s’en priver.

Le duo était en feu, comme le veut l’expression consacrée. À mi-chemin de la prestation, Carney avait enlevé ses lunettes tant il dégoulinait de sueur et il battait ses peaux de façon frénétique. Auerbach, pour sa part, offrait des lignes de guitares mordantes et dissonantes qui reposaient sur les rythmiques galopantes de son collègue.

D’où j’étais placé, le volume du son était tel que tous les instruments étaient d’une netteté impeccable. Un ami situé ailleurs sur le site me disait que le son était couci-couça, selon l’emplacement. L’uniformité du son est toujours difficile à obtenir durant un festival en plein air.

Foule conquise

Ça n’a pas empêché la foule de scander « Black Keys! Black Keys! » à plusieurs reprises. Les amateurs ont fortement salué Gold on the ceiling, Ten cent pistol et Little black submarines, livrées avec aplomb, ainsi qu’à la portion « intimiste » durant laquelle Auerbach et Carney ont offert un trio de chansons sans leurs musiciens. Un moment toujours prisé des amateurs.

Tout était prêt pour la finale incendiaire avec les désormais célèbres Tighten up, Lonely boy (le gros délire) et I got mine, les deux dernières étant livrées à 100 miles à l’heure, ce qui est le lot des Black Keys en spectacle.

Cela dit, il faut croire qu’Auerbach et le bassiste de The Joy Formidable ont échoué leur cours de géographie à l’école. Cinq fois durant la soirée, les deux hommes ont harangué la foule en criant « Montréal! » Cinq fois! Sans que les spectateurs ne les chahutent, soit dit en passant.

Remarquez, l’erreur est humaine pour des artistes américains ou européens. De la scène principale, l’immeuble le plus en vue de l’espace Montmorency est celui aux lettres lumineuses qui désignent le pavillon… de l’Université de Montréal.