Blogue de Philippe Rezzonico

FrancoFolies 2013 : marathon féminin

vendredi 14 juin 2013 à 3 h 00 | | Pour me joindre

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Crédit photo : Victor Diaz Lamich/FrancoFolies de Montréal

 

Vous souhaitez réussir votre soirée festive? Invitez un groupe de filles. Le succès est garanti. Les organisateurs des FrancoFolies de Montréal ont appliqué cette recette à la lettre, jeudi, pour leur événement extérieur d’ouverture, qui mettait en vedette Ariane Moffatt, Marie-Pierre Arthur, La Grande Sophie et Fanny Bloom.

Les chanteuses, musiciennes, auteures-compositrices et interprètes ont profité de l’occasion pour livrer un marathon musical de cinq heures et demie qui s’est avéré un retentissant coup d’envoi de la 25e présentation de l’événement phare de la chanson francophone au Québec. Et tout ça, dans des conditions climatiques idéales.

Chouette idée des organisateurs que de présenter le spectacle sur la rue Sainte-Catherine plutôt que sur la place des Festivals. L’histoire des Francos à la belle étoile s’est écrite majoritairement en face de l’esplanade de la Place des Arts. La place des Festivals n’a été inaugurée qu’en 2009.

C’est d’ailleurs à l’intersection des rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance qu’Ariane Moffatt a lancé sa carrière en 2002. Cette même Ariane dont la bassiste était une certaine Marie-Pierre Arthur. C’est là aussi que La Grande Sophie a donné quelques-uns de ses premiers spectacles au grand air à Montréal, l’un d’entre eux sous le déluge. Le fil conducteur, il était là.

Aller au front

Pour amorcer la longue soirée, cela prenait quelqu’un qui n’allait pas reculer devant la tâche un peu ingrate de monter la première sur les planches. Fanny Bloom, dont le disque se nomme Apprentie guerrière, était toute désignée.

Avec des chansons charpentées sur des couches de claviers (Parfait parfait, Annie), un titre inédit (Sammy Sammy), une excellente reprise du temps de La Patère rose (L’éponge) et sa caractéristique voix de petite fille, Bloom a offert une bonne mise en bouche pendant que les festivaliers qui dévoraient leurs premiers hot-dogs se sont rapidement agglutinés devant la scène.

Moins d’un quart d’heure plus tard, La Grande Sophie se pointait avec son groupe et son tambour battant. La frappe lourde de son instrument durant Bye bye, la mélodie accrocheuse de Sucrer les fraises et le tempo galopant de Ma romance ont fait mouche d’entrée de jeu. La poignante ballade Suzanne était impeccable, et Sophie a dédié Ma radio à « une grande dame de la radio, Monique Giroux ».

La fougueuse artiste a toutefois poussé un peu loin son petit jeu de harangue. C’est bien, d’inciter les festivaliers à chanter. Mais quand la réaction est mitigée, en bonne partie parce que le public est peu familier avec le répertoire, il faut peut-être encourager les gens plutôt que de leur dire à répétition qu’ils ne sont pas à la hauteur. Petit faux pas.

L’incendie

Pour sa part, Marie-Pierre Arthur n’était pas que fougueuse. Elle était incendiaire avec son « big band amélioré ».

Celle qui manie avec dextérité la basse Hofner (comme McCartney) a fait chauffer le bitume. Il fallait voir les festivaliers battre la mesure en tapant des mains durant Fil de soie, réagir à cette chanson dynamo qu’est Si tu savais, et sautiller lors d’un duel à deux batteries durant Encore là.

Heureuse, Marie-Pierre Arthur? Tellement qu’elle a embrassé son partenaire et pianiste François Lafontaine durant l’interprétation de Pour une fois. Quand elle a conclu sa prestation avec la « beatlesque » chanson All right, tout le monde était comblé. Et du monde, il y en avait… À perte de vue, du moins vu de l’estrade sur laquelle nous nous trouvions. La pause de quelque 50 minutes a un peu refroidi l’ambiance, mais les festivaliers ont profité de cette première soirée d’été, et il fallait bien installer les écrans des boîtes montréalaises Geodezik et Vyv pour le spectacle d’Ariane Moffatt.

Cette dernière a donné le ton avec Mon corps, nappée de claviers, soutenue par une basse lourde et colorée de cuivres. Pendant 100 minutes, Ariane Moffatt n’a laissé aucun répit à la foule, sauf pour le doublé introspectif de Poussière d’ange et Tes invectives.

Tout pour elle

Basse funk et tambour lumineux durant In your body, claviers futuristes pour Hôtel amour, calypso et couches de vibraphone sur Too late, et des milliers de confettis durant Je veux tout. Ariane ne s’est rien refusé pour le dernier spectacle de la tournée de son album bilingue, MA.

Cela dit, même dans une soirée de filles, ça prend quelques gars. Le rappeur québécois Boogat est venu dynamiser Tous les sens en espagnol, et Pierre Lapointe est monté sur scène pour En équilibre. Si Ariane Moffatt est l’artiste féminine qui a le plus marqué la dernière décennie des FrancoFolies, Pierre Lapointe est son pendant masculin. Jumelage parfait.

C’est toutefois au rappel que la chanteuse a marqué d’un sceau indélébile ce spectacle « symbolique » en recréant le groupe qui avait joué avec elle en 2002. Elle a ainsi invité Marie-Pierre Arthur, Jean-Phi Goncalves (qui était parmi ses musiciens jeudi) et Joseph Marchand (désormais du groupe Forêt) à la rejoindre pour interpréter Point de mire en mode acoustique et Je joue de la guitare, de Leloup, avant de conclure avec l’incontournable Montréal.

En définitive, un spectacle d’ouverture de 330 minutes. Et ce n’était que la première soirée des FrancoFolies, qui se terminent le 22 juin. Ça promet.