Blogue de Philippe Rezzonico

Un Grand Rire ancré dans le présent et tourné vers l’avenir

mercredi 12 juin 2013 à 8 h 59 | | Pour me joindre

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Boucar Diouf est au nombre des humoristes qui participeront au Grand Rire de Québec.

Montréal peut être perçue comme l’épicentre du rire au Québec, mais elle n’a pas le monopole de la rigolade. Quelque 250 kilomètres plus à l’est sur l’autoroute 20, le Grand Rire de Québec s’est fait une place importante au cours des ans.

Pour sa 14e présentation, du 12 au 23 juin, le Grand Rire propose des galas, de grands événements, de nouveaux talents, un club du rire et des shows XXX, et déplace de plus en plus ses activités dans la rue. La conjoncture est idéale, selon le président-fondateur Sylvain Parent-Bédard, pour un joli coup double : consolider des bases déjà solides et songer à prendre de l’expansion.

Ce qui frappe quand on consulte la programmation du Grand Rire, c’est de voir à quel point elle est concentrée : plus de 100 spectacles, dont 6 galas (Daniel Lemire, Michel Barrette, Boucar Diouf, Dominic Paquet, François Massicotte, Joël Legendre) et quatre grands événements (André-Philippe Gagnon, Martin Petit, Anthony Kavanagh, Peter MacLeod) en deux semaines. Sans compter tout le reste. Programmation copieuse, s’il en est une. Et cela se traduit par un achalandage à la hausse.

En 2011, les galas affichaient une augmentation d’assistance de près de 25 % en regard de l’année précédente. L’objectif des organisateurs est d’attirer plus de 300 000 festivaliers cette année, spectacles en salle et activités extérieures combinés. Le Grand Rire a-t-il atteint une masse critique?

« Non, assure Sylvain Parent-Bédard. De ce côté, nous pourrions continuer à diversifier notre programmation. Cette année, nous avons rassemblé nos activités. Le nombre de salles a augmenté considérablement, et les festivaliers ont le choix entre plusieurs spectacles le même jour. »

Afficher sa personnalité

Le Grand Rire a vu le jour alors que Juste pour rire avait déjà 15 années de vécu et que le Théâtre St-Denis était le quartier général de presque tous les humoristes qui s’y installaient en résidence. On se dit que ça n’a pas été facile de se distinguer du voisin montréalais et d’afficher sa propre personnalité.

« Il n’est pas facile de se démarquer, tout comme Juste pour rire a de la difficulté à se démarquer des festivals d’humour dans le monde. Nous croyons qu’il existe plusieurs marchés, et que celui de la capitale en est un. Nous nous démarquons par l’attrait de notre ville, la période de l’année à laquelle nous présentons le festival et la diversité de notre programmation, qui demeure associée en totalité au rire. »

Si le festival propose une kyrielle de spectacles dans les salles de la capitale (Le Capitole, le Palais Montcalm, les salles D’Youville et Raoul-Jobin), cette 14e présentation se traduit par une volonté réelle d’enrichir le volet extérieur. Le secteur de la place D’Youville  sera transformé en un grand espace de spectacles à ciel ouvert, un premier pas vers des créations originales plus nombreuses.

Les jeunes femmes

Au sein de la programmation 2013, on repère une soirée d’humour de filles avec Mélanie Couture, Cathleen Rouleau et Mariana Mazza. Le concept n’est pas révolutionnaire en soi. Mais nous parlons ici de trois humoristes de moins de 35 ans (l’une d’entre elles est dans la vingtaine) et d’un spectacle d’humour au féminin qui ne met pas en vedette Lise Dion, Claudine Mercier ou Cathy Gauthier. C’est rare, ça.

« La présence féminine en humour est rare, admet le président du Grand Rire. C’est difficile d’expliquer pourquoi. Mais je crois qu’il faut offrir aux humoristes féminines autant d’occasions favorables qu’aux humoristes masculins. Le trio présenté cette année est un trio de qualité qui définit bien un nouveau style d’humour.»

Rayon humour international, le Grand Rire présente les incontournables français Pierre Richard et Michel Boujenah, ainsi que Yann Lambiel (Suisse), le magicien humoriste Éric Antoine (France) et Olivier Sir John, un Français, malgré son nom de personnage de scène à saveur britannique. L’humour venu d’ailleurs ou l’humour dont les racines sont autres que celles du terroir québécois a-t-il le même potentiel d’attraction à Québec qu’à Montréal?

« Selon moi, l’humour international a un potentiel d’attraction réel à Québec. Il s’agit de bien choisir les artistes, les salles, les jauges et le contenu. Le gala humour du monde, animé par Boucar Diouf, est toujours un de mes favoris. Il ouvre nos horizons. »

L’appui à la relève

Le Québec compte probablement le plus important pourcentage d’humoristes par habitant sur un territoire donné. Et ils jouissent d’une popularité qui semble sans bornes. En revanche, on a parfois l’impression que ce sont les mêmes vedettes établies qui sont les têtes d’affiches, peu importe le festival.

« On a présentement un vent de changement. Les nouveaux talents semblent prendre leur place, assure Sylvain Parent-Bédard. Il y a de la relève de qualité, et c’est notre devoir de soutenir cette relève en lui donnant l’occasion de présenter son matériel. »

L’humour, un peu comme le hockey, a un statut qui ressemble parfois à une religion. Est-ce garant à long terme de la survie d’un festival comme le Grand Rire?

« Non. Il faut travailler fort en tout temps, se renouveler, entretenir de bonnes relations, attirer de nouveaux partenaires et conserver ceux qui nous ont accompagnés au cours des ans. Savoir grandir et ouvrir nos horizons. »