Blogue de Philippe Rezzonico

Rolling Stones : satisfaction garantie

lundi 10 juin 2013 à 2 h 27 | | Pour me joindre

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Les Rolling Stones en spectacle (archives)
                                                                                       Les Rolling Stones.

Est-il déraisonnable de débourser 640 $ pour assister à un spectacle? Le débat reste entier. Mais quelle que soit la valeur du billet, le groupe qui demande le prix fort ne doit pas oublier l’essentiel : offrir une grande prestation. Et les Rolling Stones n’ont pas failli à la tâche, dimanche soir, au Centre Bell.

Mick Jagger, Keith Richards et Charlie Watts soulignent plus de 50 ans de carrière avec la tournée 50 & counting. Ronnie Wood, le petit jeune, n’est là que depuis 38 ans. Une fois de plus, le groupe qui a vu le jour quand J. F. Kennedy occupait la Maison-Blanche a démontré qu’il repoussait un peu plus les affres du temps.

Leurs visages ont beau afficher d’inévitables rides, les Stones peuvent rivaliser avec des artistes qui pourraient être leurs fils… ou leurs petits-fils. Hormis Paul McCartney, personne ne compte à son répertoire autant de chansons légendaires que la bande à Jagger. Encore faut-il pouvoir les interpréter avec la fougue qui sied à cette musique nommée rock’n’roll, dont les Stones sont les plus illustres représentants.

Histoire de mettre la tournée anniversaire en perspective, le spectacle était précédé d’une vidéo dans laquelle des amateurs anonymes et des vedettes internationales (Elton John, Pete Townshend, Iggy Pop, Martin Scorsese, Cate Blanchett, Johnny Depp) parlent de leur relation avec les Stones et de quelle façon leurs chansons ont changé leur vie.

Les débuts

Une mise en bouche idéale pour une entrée en matière qui nous téléporte en 1965, à l’époque de Get off my cloud. Les Stones ont interprété leur tube d’antan sans cuivres ni choristes pendant que des images en noir et blanc défilaient sur l’écran. Effet garanti. Nous étions là. En 1965, je veux dire…

Graduellement, les autres musiciens se sont greffés au groupe durant It’s only rock’n’roll (chanson rassembleuse) et Paint in black (jouissive avec sa ligne de guitare arabisante), avant la livraison explosive de Gimme shelter, durant laquelle la choriste Lisa Fischer a fait trembler les colonnes du Centre Bell.

Lors des précédentes tournées en aréna durant les années 1990 et 2000, les Stones utilisaient une passerelle, qui menait à une petite scène au centre du parterre. Ils ont choisi cette fois une structure qui reproduit leur emblème universel : la grande bouche aux grosses lèvres et à la langue bien pendue. Quelques centaines de spectateurs ont pu voir, entendre et vivre le spectacle au centre de cette structure.

Sir Mick

Avec son charisme habituel, une voix solide et une souplesse insensée pour un homme qui va avoir 70 ans dans quelques semaines, Sir Mick Jagger demeure un maître de jeu incontesté et un visiteur respectueux en sol québécois. Presque toutes ses interventions ont été faites dans un français plus qu’acceptable. Il a vanté la chaleur de la foule, souligné qu’il avait mangé une poutine, noté que les Stones avaient livré leur premier concert à Montréal en 1965, et remercié les Québécois pour leur fidélité.

Visiblement, il voulait lui aussi retourner dans le passé. Parmi les chansons en rotation qui ne sont pas offertes à chaque spectacle, les Stones ont choisi la splendide Wild horses (1971). La foule a renchéri en sélectionnant par Internet la rarissime Dead flowers (impeccable livraison en mode country folk), et les Stones ont fait un autre saut dans le temps avec The last time, interprétée avec Win Butler, d’Arcade Fire.

Le grand Win, un géant à côté des membres des Stones, a rapidement délaissé la guitare pour saisir le micro et mordre à pleines dents dans les paroles de sa voix grave. Butler et Jagger ont fait jeu égal dans les échanges de la chanson, que les deux hommes ont déjà jouée ensemble au printemps 2012, à l’émission Saturday night live. Petit rigolo, Jagger a ajouté lors du départ de Butler : « Don’t worry, Céline va arriver dans un instant. »

Le survivant

Si Richards n’affiche pas la même énergie que son vieux complice, le trompe-la-mort irradie de bonheur sur scène et interprète You got the silver tout en finesse avec son pote Ronnie Wood. Le préposé aux guitares de Richards a pris soin d’installer sur ses instruments des cordes métalliques qui sonnaient comme des rasoirs. Start me up et Jumpin’ Jack flash n’étaient rien de moins que meurtrières.

Mais que dire de Midnignt rambler, quand Mick Taylor, le Stones déserteur des années 1970, invité pour cette tournée, est venu jouer le blues-rock le plus réussi du catalogue du groupe?

Trois guitares, une basse, la batterie fiévreuse de Charlie Watts et l’harmonica de Jagger : pendant 12 minutes, nous en avons oublié jusqu’à notre nom. Moment de grâce. À 22 h 12, quand les guitares étaient lancées à toute allure et que Jagger s’est mis à courir autour de la passerelle, les Rolling Stones étaient le meilleur groupe du monde.

Après, ça a été l’enfilade des succès habituels : Miss you a été fédératrice, et Tumbling dice, lumineuse, particulièrement avec sur les écrans la vidéo des dés multicolores. Brown sugar a été l’ouragan habituel, et nous avons eu un coup de cœur en entendant le Chœur des petits chanteurs de Laval en ouverture de You can’t always get what you want.

(I can’t get no) satisfaction, forcément, a bouclé la boucle, avec Taylor en renfort, mais jamais n’avons-nous eu l’impression que les chansons étaient expédiées. Les Stones ont joué comme si c’était la dernière fois, avec un réel plaisir, parfois tout près de l’abandon, devant quelque 15 000 spectateurs qui en ont hurlé un coup.

C’est quand même ironique. Ce groupe dont les membres ont franchi l’âge de la retraite ne donne pas l’impression que la sienne est pour demain. La dernière tournée? Peut-être pas.