Blogue de Philippe Rezzonico

Tadoussac: 30 bougies pour un festival pas comme les autres

mardi 4 juin 2013 à 11 h 09 | | Pour me joindre

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Le premier Festival de la chanson de Tadoussac n’était pas un festival au sens où on l’entend de nos jours. Dans les faits, il n’aura duré qu’une soirée. Ou plutôt une nuit… qui aura vraisemblablement porté conseil. Trois décennies plus tard, le FCT s’apprête à souffler ses 30 bougies. Une célébration qui est une ode à la ténacité de ses organisateurs et à l’amour de la chanson d’expression française.

Louis-Jean Cormier, Anne Sylvestre, Marie-Pierre Arthur, Caïman Fu, Damien Robitaille, Karim Ouellet, Yann Perreau, Bernard Adamus… L’affiche 2013 de l’événement, qui se tiendra du 13 au 16 juin, n’a rien à envier à des festivals présentés dans des villes dont la population est 20 ou 30 fois plus nombreuse.

C’est le trait caractéristique le plus particulier de ce festival de chanson qui n’est vraiment pas comme les autres. Le village de Tadoussac compte 850 habitants. Si on regroupe tout le monde – absolument tout le monde – , du plus jeune nouveau-né jusqu’à l’aîné du village, dans le Métropolis pour assister à un spectacle de Lisa LeBlanc, la salle semblera déserte.

C’est pourtant vers ce petit village éloigné des grands centres que convergent des milliers de festivaliers chaque année. Ça n’a pas toujours été le cas. Comme nombre de festivals, celui de Tadoussac a connu des débuts modestes.

Trois décennies de souvenirs

Catherine Marck est la directrice artistique responsable de la programmation et des relations internationales. Cette Française de souche, qui a fait ses racines en Haute-Côte-Nord et qui est liée au Festival de la chanson depuis sa deuxième présentation, connaît l’histoire du premier « festival».

« En 1984, ce n’était pas un festival proprement dit. C’était surtout une rencontre entre musiciens qui étaient réunis dans un café de Tadoussac (le Café du Fjord), se souvient-elle. Les musiciens avaient joué toute la nuit. »

En 1985, on structure le tout. Six artistes invités sont présents sur deux sites, notamment Manon d’Inverness et Marc Labelle. Jamil et Sylvie Paquette font partie des premières moutures du festival, tout comme un Richard Desjardins absolument inconnu du grand public en 1988. Dan Bigras, Luce Dufault et Lynda Lemay s’y produisent au tournant des années 1980 et 1990. En dépit de bases qui se consolident, le festival demeure modeste et relève presque de l’accident de parcours.

« Pendant les premières années, tout reposait sur les bénévoles. Il n’y avait pas de salarié. On n’a même pas de statistiques sur l’achalandage dans ce temps-là, poursuit la directrice artistique. De 1984 jusqu’en 1992, le festival a été présenté au mois d’août, durant les vacances estivales. On voyait de plus en plus de monde dans les bars, mais c’était des touristes de passage. C’était un public de vacanciers qui était présent dans la région pour voir les baleines. Nous n’avions pas affaire à un public musical averti. »

Le déplacement

L’année 1993 fut celle du déplacement du festival au mois de juin, de la première employée salariée et du désir d’implanter l’événement à long terme. Des années de croissance et de montagnes russes, bouclées avec l’embauche de l’actuel directeur général, Charles Breton, en 1998.

« Nous voulions sortir le festival de la période des vacances en dépit du risque que ça représentait, se souvient Catherine Marck. Le déplacement a été un succès dès la première année. L’hôtel était presque plein. Charles (Breton) est arrivé en poste à un moment où les bénévoles n’étaient plus capables d’assurer. Il fallait faire des rapports officiels, faire des demandes de subventions, etc. Depuis lors, tout est très structuré. »

Et très populaire, pouvons-nous ajouter. En 1998, une dizaine d’artistes ou de groupes se produisaient à Tadoussac. Cette année, ils seront plus de 40, sans compter les spectacles collectifs, tels que l’Hommage à Brel et l’Open country.

Occupation monstre

Ce sont désormais de 27 000 à 28 000 festivaliers qui se rendent dans ce coin de pays chaque année. Durant le festival, le taux d’occupation de la ville passe à plus de 200 %, les organisateurs mettant même sur pied un camping sauvage, car il n’y a pas assez de place pour loger artistes et festivaliers chez l’habitant. Un véritable tour de force, quand on tient compte d’un autre aspect bien spécifique au Festival de la chanson.

« Il n’y a pas de spectacles gratuits. Tous les artistes que l’on présente, les gens peuvent les voir dans les rues de Montréal aux FrancoFolies sans rien débourser. Encore aujourd’hui, nous présentons des spectacles payants dans des bars ou sous chapiteau. »

À quelques – belles – exceptions près, comme les prestations offertes aux kayakistes dans un environnement de rêve. Même chose pour les nouveautés en vue du 30e anniversaire, comme ce spectacle au lever du soleil dans le décor des dunes et le coup de chapeau à Félix Leclerc avec le Tour de l’Islet.

Apprécié des artistes, Tadoussac? Laissons le mot de la fin à Vincent Vallières.

« Tadou, t’es le printemps de notre musique. T’es la poésie, la beauté et pis l’espoir. Je pense souvent à toi, j’ai hâte de te voir. Bonne fête! »