Blogue de Philippe Rezzonico

Festival BD de Montréal: le 9e art à la sauce québécoise

vendredi 31 mai 2013 à 11 h 29 | | Pour me joindre

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Les nombrils.

Le 9e art a acquis ses lettres de noblesse dans les années 1940, 1950 et 1960, avec des personnages désormais légendaires, tels Tintin, Superman, Spirou, Batman, Astérix, Buck Danny, Spider-Man et Michel Vaillant. Mais à cette époque, la BD était essentiellement d’origine européenne ou américaine. Ce n’est plus le cas.

La bande dessinée québécoise vit à son tour ses heures de gloire. On peut presque parler d’un âge d’or. Le 2e Festival BD de Montréal (FBDM), présenté du 31 mai au 2 juin, est là pour célébrer les œuvres et les auteurs d’ici et tailler sa place dans la métropole québécoise.

Les festivals ou les salons de la bande dessinée à Montréal ne datent pas d’hier. Je me souviens d’un événement du genre, à l’automne 1984, où j’avais mis la main sur le premier exemplaire d’une nouvelle série européenne nommée XIII, série qui allait devenir le plus important succès de la BD des trois décennies subséquentes.

À l’époque, les BD à succès provenaient toujours d’ailleurs, hormis quelques exceptions comme le Red Ketchup de Pierre Fournier et de Réal Godbout, que les jeunes de ma génération ont découvert dans les pages du magazine Croc.  Et les événements liés à cet art tombaient à l’eau presque qu’aussitôt qu’ils avaient vu le jour.

Pourquoi donc François Mayeux a-t-il eu l’idée de mettre sur pied un énième festival du genre à Montréal, en 2012?

« Les événements à Montréal ont été éphémères, parce qu’ils ne reposaient pas sur des bases solides, croit le propriétaire du magasin Planète BD. Dans les années 1980, les revues comme Croc étaient très populaires, mais il n’y avait pas de réel marché pour la BD québécoise. Les gens qui mettaient sur pied des festivals allaient chercher des vedettes internationales, pour la plupart européennes, ce qui coûtait cher. La première édition était généralement un succès, mais il y avait un déficit et on abandonnait le festival assez vite. »

L’explosion du 21e siècle

Mayeux veut éviter ce genre d’écueils avec le FBDM. Il ne veut rien précipiter, d’où l’idée d’avoir créé avec des partenaires un festival modeste, présenté majoritairement en plein air (à l’Espace La Fontaine, du parc du même nom), où les créateurs et les diffuseurs peuvent partager leur passion avec les nouveaux amateurs de BD.

« L’explosion récente de la BD québécoise s’explique en partie par les succès de Michel Rabagliati (Paul) et de séries comme Les nombrils, Magasin général (dont l’action se situe au Québec), etc. Mais c’est le public qui a changé. Il y a 30 ans, la clientèle était uniquement masculine, tant chez les enfants que chez les adultes. Il y a aujourd’hui un public féminin qui lit de la BD. Il y a d’ailleurs de plus en plus de filles qui en font. »

« Le milieu s’est fragmenté. Il y a encore de la BD classique, genre western ou superhéros, mais il y a une BD politique et sociale. La clientèle est différente et l’intérêt en librairie est à la hausse. Il y a une crédibilité du média qui n’existait pas auparavant. »

Mayeux, comme bien des gens de sa génération, se faisait regarder curieusement quand il parlait de BD, alors qu’il était un jeune adulte. Selon l’opinion publique, les bandes dessinées étaient destinées aux enfants, en dépit de slogans comme celui du Journal Tintin qui ciblait une clientèle de « 7 à 77 ans ».

« Quand on me disait : “ Tu lis encore de la BD à ton âge? ”, je répondais : “ Tu vas encore au cinéma? ”. Si on en reste aux Schtroumpfs toute sa vie, bien sûr, on n’évolue pas. Mais il y a désormais de la BD pour adultes, que l’on pense à l’œuvre de Joe Sacco (Palestine, Soba : une histoire de Bosnie) ou à Chroniques de Jérusalem (du Québécois Guy Delisle). »

La BD au cinéma

Il y a deux décennies, les films de superhéros étaient dotés d’effets spéciaux pas terribles en regard de ceux d’aujourd’hui. De nos jours, les adaptations des illustrés américains au grand écran rapportent des milliards de dollars de recettes. Et la BD au grand écran ne se limite plus aux superproductions d’Hollywood.

« Persepolis, qui fut un succès d’animation, est l’adaptation d’une bande dessinée. Le film La vie d’Adèle, qui vient de remporter la Palme d’or à Cannes, est basé sur une bande dessinée (Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh). La BD pourrait être de plus en plus l’inspiration du cinéma, comme la littérature l’a été. »

Mayeux est un prophète. Ou presque… Au lendemain de notre conversation, on apprenait que Les nombrils, la seule BD québécoise à être prépubliée dans le magazine Spirou, allait être l’objet de deux adaptations cinématographiques : l’une en animation, l’autre avec des personnages en chair et en os. On a bien hâte de savoir qui seront les actrices qui camperont Vicky, Jenny et Karine.

Le Festival BD de Montréal propose divers événements durant le week-end, activités commentées par son président.

Génies en BD : « C’est le principe de l’ancienne émission Génies en herbe en mode BD. C’est lié à une initiative des écoles primaires de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois de Montréal et des bibliothèques de Montréal. »

L’exposition Les nombrils : « Il y a cinq albums, mais il y aura beaucoup de produits dérivés consacrés à la série et des éditions étrangères.»

La bataille des personnages : « Deux illustrateurs qui s’affrontent en duel. »

L’hommage à Fred : « Un coup de chapeau de la part de proches de l’œuvre du père de Philémon.»

Invités : Guy Delisle (Chroniques de Jérusalem), Delaf et Dubuc (Les nombrils), India Desjardins (La célibataire), Julie Rocheleau (Fantomas), Stéphane Archambault (de Mes Aïeux, l’ambassadeur du festival) et plusieurs autres.

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