Blogue de Philippe Rezzonico

Le FTA 2013: œuvres marquantes, positions politiques… et chiens-saucisses

mercredi 22 mai 2013 à 11 h 41 | | Pour me joindre

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Un ennemi du peuple, mis en scène par Thomas Ostermeier. Photo courtoisie FTA.

La pensée artistique est une prise de position politique. Ces mots sont de Marie-Hélène Falcon, la directrice générale et artistique du Festival TransAmériques (FTA,) qui est présenté du 22 mai au 8 juin. Une quinzaine durant laquelle elle espère que les créations proposées par les artistes attiseront la capacité de résistance et de dissidence des spectateurs, ainsi que leur soif de rêve et d’utopie.

Les festivaliers ont, sans l’ombre d’un doute, droit à une programmation où les interrogations universelles, les quêtes individuelles et les pistes de réflexion se chevauchent au sein de créations qui reposent sur un esthétisme audacieux ou radical. Bref, le FTA, c’est le théâtre et la danse d’aujourd’hui sans conformisme.

« Le théâtre et la danse s’inscrivent dans la vie des gens. Pour les créateurs, ce sont les inscriptions de leur vie dans leur contexte personnel, dit Marie-Hélène Falcon. Ce n’est pas différent du temps de Shakespeare, quand ce dernier parlait de ce qui l’habitait. »

En 2013, il est remarquable de voir que des œuvres provenant d’autres horizons, et même d’autres époques, ont une résonnance contemporaine, à commencer par Un ennemi du peuple, du metteur en scène Thomas Ostermeier, considéré comme l’enfant terrible du théâtre allemand.

Son œuvre, interactive avec le public, est adaptée d’une pièce de théâtre de 1882 du Norvégien Henrik Ibsen. La prémisse? Un scientifique découvre que les eaux de la ville sont contaminées et veut sonner l’alarme. Mais son frère, maire des lieux, veut étouffer l’affaire. Bref, un drame municipal où il y a de l’argent provenant de la corruption. Ça vous rappelle quelque chose?

Les mouvements sociaux

Nelle tempesta, de la compagnie italienne Motus, propose un théâtre déclencheur d’actions politiques nouvelles. Cette nouvelle création s’inspire de La tempête, de Shakespeare, et des mouvements sociaux. Fait à noter, la compagnie était présente au FTA en 2012, et ses membres ont vécu de près les manifestations quotidiennes montréalaises du printemps érable. Une autre pièce qui risque de ne laisser personne indifférent.

Cette année, le FTA, qui a reçu le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal au mois de mars, présente 22 productions. Parmi elles, il y a 8 coproductions, 6 créations mondiales et 3 grands événements gratuits. Le jeu de massacre Winners and losers, de James Long et Marcus Youssef, le spectacle pop déjanté d’Étienne Lepage et Frédérick Gravel (Ainsi parlait…), ainsi que les productions de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin, de Marie Brassard (Trieste) et de Louise Lecavalier (Fou glorieux) sont au programme.

Des spectacles éclectiques, qui sont uniquement axés sur le théâtre ou sur la danse, mais parfois qui sont une fusion intégrée de genres (théâtre, danse, performance, poésie). Un parti-pris esthétique et artistique qui, pense la directrice du FTA, attire un public cible.

« Le FTA s’adresse aux jeunes en raison de ses contenus. Il y a des productions dont l’intérêt est très large. Des productions intergénérationnelles, ça arrive, mais jusqu’à un certain point.»

Volet gratuit et espace public

Bien avant que le FTA intègre la danse, la performance et des déclinaisons artistiques « parfois inclassables » – dixit son programme -, ce qui se nommait le Festival de théâtre des Amériques avait un volet gratuit. Et cette tradition se poursuit, en salle ou à l’extérieur.

« Je me souviens très bien qu’en 1985, lors de la première édition, nous étions assis sur des pneus dans une cour à scrap pour assister à une œuvre de Gilles Maheux et Jean-Pierre Ronfard, se rappelle Marie-Hélène Falcon. Nous voulons constamment amener les artistes dans l’espace public.»

Cette année, le volet gratuit propose Marie Chouinard et son In museum, au Musée des beaux-arts. À l’extérieur, nous aurons droit à la procession des tocsins de Bells 13, de Robin Poitras, et à l’événement le plus singulier du FTA, Dachshund UN, de l’Australien Bennett Miller. « Dachshund » et « UN », comme dans « teckel » et « Nations unies ».

Pour l’occasion, Miller va recréer le Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur la Place des Festivals, où les rôles des représentants de 47 pays sont tenus par des… teckels, ces bassets familièrement surnommés chiens-saucisses. On a pu voir une quarantaine d’entre eux mercredi soir à l’émission Pénélope McQuade.

Miller s’interroge sur le potentiel de l’humanité à créer un système de justice universel à travers une institution qu’il présente d’une façon bien particulière.

«Il y a plein d’interrogations dans ce spectacle, assure Marie-Hélène Falcon. Ces 47 chiens représentent à leur façon les Nations unies. Un grand cœur sur de bien courtes pattes. »

À voir sur la place des Festivals les 24 (18 h), 25 et 26 (15 h) mai.

Le Festival TransAmériques

Un ennemi du peuple, 22 au 24 mai (Théâtre Jean-Duceppe) : une question existentielle sous-tend cette pièce : l’intégrité ou l’argent?

Beauty remained just for a moment then returned gently to her starting position, 23 et 24 mai (Monument-National): la chorégraphe sud-africaine Roybn Orlin présente sa quête de beauté dans un bric-à-brac exubérant.

Ganesh versus the Third Reich, 30 et 31 mai, 1er et 2 juin (Usine C) : Hitler a volé le svastika à l’Inde pour en faire la croix gammée, et le dieu à tête d’éléphant part la récupérer. Appropriation culturelle et jeux de pouvoir dans une pièce qui met en vedette des comédiens atteints de déficience intellectuelle.

La jeune fille et la mort, 2 au 4 juin (Espace libre). Soyez prévenu, ceci n’est pas un spectacle, mais un univers hors-norme créé par Laurence Brunelle-Côté et Simon Drouin et qui ressemble à un vent de protestation sur nos certitudes artistiques.

Ainsi parlait.., 5 au 8 juin (Agora de la danse): De Nietzsche à Hendrix, entre diatribe et show rock and roll, on propose une bonne claque dans la gueule du conformisme.

Khaos, 4 et 5 juin (Usine C): Une microsociété dans laquelle des danseurs suractivés sont parfois réduits à l’état de pantins. Par Ginette Laurin, de O Vertigo.