Blogue de Philippe Rezzonico

Les Swingle Singers à Montréal: la voix en héritage

vendredi 17 mai 2013 à 11 h 46 | | Pour me joindre

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Olivier Griffiths, Christopher Jay, Clare Weeler, Sara Brimer, Joanna Goldsmith-Eteson, Kevin Fox et Edward Randel des Swingle Singers

De tout temps, les gens ont été fascinés par la voix. Non, je ne fais pas référence à la populaire émission de télévision… Je parle de la voix humaine. Celle qui subjuguait déjà des foules dans des lieux publics et des théâtres populaires, et ce, bien avant l’invention du disque ou de la radio.

Depuis maintenant un demi-siècle, la voix est la matière première des Swingle Singers qui seront à l’église Saint-Georges de Montréal, samedi, pour le Festival de musique de chambre de Montréal. Le collectif ne compte plus les mêmes membres qu’à ses débuts, certes, mais l’héritage se perpétue.

Cela fait 50 ans que les diverses générations des Swingle Singers ont démontré que la voix peut reproduire bien plus qu’une simple chanson. C’était d’ailleurs l’attrait principal du groupe formé à Paris en 1962 par Ward Swingle : cette capacité à s’emparer des œuvres d’une autre époque et à les reproduire sur le plan harmonique, mélodies et sonorités d’instruments comprises.

La découverte

Le premier disque du groupe, au sein duquel on retrouvait Christiane, la sœur de Michel Legrand, avait fait grand bruit. Jazz Sebastian Bach, paru en 1963, a d’ailleurs été couronné d’un Grammy en 1964. Même les Américains étaient sous le charme. Depuis, trois générations de chanteurs se sont succédé au sein du collectif.

« Nous sommes tous très conscients de l’héritage de ce groupe, assure Edward Randell (chanteur basse), un Britannique qui s’exprime dans un français impeccable. Nous essayons de respecter l’esprit du groupe original, mais pas uniquement sur le plan musical. Nous voulons aussi innover et prendre des risques. Quand les Swingle Singers ont vu le jour, l’innovation était d’entendre un collectif qui reproduisait des pièces instrumentales uniquement avec ses voix. »

Les interprétations de Badinerie, de la Fugue en ré mineur et de l’Air de la Suite no 3 ont fait époque, immortalisant le groupe dès ses débuts et traçant d’emblée les sillons du chemin à suivre. Les albums nés dans la foulée de Jazz Sebastian Bach ont, eux aussi, mis en vedette la musique classique (musique baroque, œuvres de Mozart, le romantisme, etc.) avant que les Swingle Singers explorent d’autres avenues, ce qui est tout aussi vrai pour le collectif actuel.

« Comme cette tournée est celle du 50e anniversaire et que nous nous produisons à Montréal dans un festival de musique de chambre, nous allons évidemment proposer le répertoire classique qui a fait la renommée des Swingle Singers, assure Randell. Mais nous allons également interpréter des morceaux contemporains comme After the storm, de Mumford & Sons. Il s’était produit la même chose avec le groupe d’antan qui avait intégré des pièces de jazz à son répertoire dans les années 1960. Pour eux, le jazz était leur musique contemporaine. »

À l’origine, les Swingle Singers étaient accompagnés d’une batterie et d’une contrebasse. Désormais, l’ensemble vocal chante presque exclusivement a cappella, sauf en de très rares occasions. Et il interprète aussi ses propres titres.

« Il est arrivé quelques fois dans les années 1970 et 1980 que le groupe interprète des compositions créées par Ward Swingle. Ce n’est donc pas une première. Mais pour nous, aujourd’hui, il est important d’ajouter nos œuvres au répertoire du passé. Nous voulons poursuivre dans cette voie. Il y aura de ses nouvelles compositions sur les deux albums que nous prévoyons lancer d’ici la fin de l’année. »

Formés de huit membres depuis 1963, les Swingle Singers sont désormais sept : Joanna Goldsmith-Eteson (soprano), Sara Brimer (soprano), Clare Wheeler (alto), Oliver Griffiths (ténor), Christopher Jay (ténor) et Kevin Fox (baryton) en plus d’Edward Randell (basse). Certains sont là depuis plusieurs années, mais aucun d’entre eux n’était présent au tournant du siècle.

— Au fait, comment devient-on membre quand un poste devient vacant? On répond à une petite annonce?

« Il y a, en effet, des annonces qui sont faites selon le type de membre que nous recherchons (soprano, alto, ténor, basse) et des auditions qui s’ensuivent. Il faut bien connaître le répertoire, pouvoir l’interpréter et s’intégrer à l’ensemble. Kevin et moi, par exemple, sommes baryton et basse. Nous reproduisons beaucoup d’instruments. Nous devons être complémentaires. »

C’est fou, quand on y pense. De nos jours, nous pouvons enregistrer des disques techniquement parfaits avec une foule d’instruments et des couches d’arrangements. Pourtant, une voix qui est parfaitement maîtrisée est, à sa façon, un instrument en soi. Et ces moments où une voix prend toute la place durant un spectacle ou un récital est parfois ce qui émeut le plus.

« Je ne saurais dire pourquoi cet attrait perdure, mais on le ressent sur scène, assure Randell. Il y a quelque chose de mystique lié à la voix. C’est ce qui fait que les gens sont encore captivés quand ils vont voir un spectacle. »

— Est-ce dû aussi à la popularité de toutes ces émissions de télévision avec des apprentis chanteurs, où, parfois, les concurrents semblent s’égosiller?

«Je n’ai rien contre les grosses voix puissantes, mais ce n’est qu’une façon de chanter parmi tant d’autres. Et c’est le message que j’aimerais passer aux jeunes. Ne vous découragez pas. Il y a plusieurs façons de chanter. »

Les Swingle Singers au Festival de musique de chambre de Montréal.

Le samedi 18 mai, à 20 heures, à l’Église Saint-Georges de Montréal.