Blogue de Philippe Rezzonico

Festival international de musique actuelle de Victoriaville: toujours l’avant-garde

mercredi 15 mai 2013 à 9 h 48 | | Pour me joindre

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John Zorn (à l’extrême droite) présentera cinq spectacles dans autant de configurations différentes au FIMAV. Photo courtoisie.

Il était une fois, il y a de ça trois décennies, un petit groupe d’amateurs de musique qui a mis sur pied un festival. D’emblée, la survie du festival semblait précaire. Il n’allait pas prendre place dans une grande métropole québécoise, Madonna n’allait jamais s’y produire et les genres musicaux présentés ne pouvaient rallier des dizaines de milliers d’amateurs dans un même lieu un soir donné. Des détails, en définitive…

Le Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV), qui sera présenté du 16 au 19 mai, répond toujours présent, car il occupe une niche particulière dans le paysage des festivals de musique au Québec. Et c’est sa spécificité qui représente son attrait principal.

« La raison d’être du festival, c’est sa créativité et le plaisir de la découverte musicale, précise Michel Levasseur, directeur artistique du FIMAV. C’est le défi de l’événement depuis le début, cette notion d’avant-garde. Si tu dilues le produit (ndlr: si tu programmes des artistes ou des genres musicaux trop populaires), ça devient moins intéressant pour ceux qui sont en quête de découvertes. On a maintenu la ligne dure d’avant-garde et on vit avec cette caractéristique. »

Les premières

Tous les festivals tentent d’attirer des artistes en exclusivité. À Victoriaville, ce sont les spectacles uniques qui vont du champ gauche du rock jusqu’au jazz expérimental en passant par les sonorités électroniques qui attirent l’attention.

Si on compte bien, on note six premières canadiennes, quatre premières nord-américaines, deux québécoises et une mondiale, uniquement dans la série de concerts. Pour voir ces œuvres artistiques, il faut passer par Victo. Point.

« Nous avons un petit marché. Il faut inciter le public à se déplacer à Victoriaville, poursuit Levasseur. C’est d’autant plus vrai que l’offre est plus grande que lorsque l’on a commencé il y a 30 ans. Le festival Elektra et le Suoni Per Il Popolo, par exemple, ont des créneaux quelque peu différents du nôtre, mais ils peuvent intéresser le même public. »

Message reçu. Il faut de l’inédit. Dont acte. L’événement majeur de cette 29e présentation est sans contredit la présence du prolifique John Zorn, qui offrira cinq spectacles avec cinq configurations différentes le dimanche 19 mai. C’est comme si Zorn participait à la série Invitation du Festival de jazz de Montréal, mais qu’il livrait toutes ses prestations en moins de 24 heures. Concept délirant, s’il en est un.

« John Zorn va présenter ce projet en cinq temps qu’une seule autre fois en Europe, précise Levasseur. Il y aura de la musique classique contemporaine, une partie de chansons, ce qui est rare avec lui, un concept noise, des trios, des quatuors et des collectifs, et John en solo, à l’orgue, lors du spectacle de minuit à l’église Saint-Viateur. »

La relance

Depuis la première présentation en 1983, le FIMAV n’a fait relâche qu’une fois, en 2009. Cette pause s’est avérée salutaire pour les organisateurs, dont le festival est devenu le plus important du genre en Amérique du Nord.

« Quand on a célébré le 20e anniversaire, c’est là qu’on s’est dit que l’on n’avait jamais pensé que le festival allait durer si longtemps. Nous avons sauté une année en 2009 et ça s’est avéré très sain. »

Si le retour du FIMAV en 2010 a galvanisé l’enthousiasme de ses créateurs, il a aussi permis de mesurer l’ampleur des dégâts, à savoir une baisse d’achalandage du public en salle de l’ordre de 40 %. Le festival était loin de l’année record de 2003 et de ses 7000 entrées payantes.

Sauf que l’année 2010 fut également celle de la valeur ajoutée des installations sonores gratuites dans l’espace public. Désormais, de 10 à 12 000 visiteurs se déplacent à Victoriaville pour cet événement… au sein de l’événement.

« Cela nous a permis d’attirer plein de gens de la région qui ne venaient pas voir des spectacles. C’est un magnifique événement en lien avec les productions en salle. Ça nous permet aussi de faire le pont entre l’art visuel et l’art sonore. Et je pense qu’on fait du développement artistique pour les années à venir. »

Suggestions

Le jeudi 16 mai

Eviyan, Cinéma Laurier (20 h) : La violoniste tchèque Iva Bittová, le guitariste Gyan Riley et le clarinettiste Evan Ziporyn et leur folklore réinventé.

Atacama : Symphonie # 3, Colisée Desjardins (22 h) : Tim Brady présente son spectacle Atacama : Symphonie # 3 pour ensemble de musique de chambre (Bradyworks) et chœur (Vivavoce).

Le vendredi 17 mai

Chelsea Light Moving, Colisée Desjardins (22 h) : La nouvelle formation de Thurston Moore, qui a mis Sonic Youth sur la glace après sa rupture avec Kim Gordon.

Le samedi 18 mai

The Thing/Thurston Moore, Colisée Desjardins (22 h) : Moore, cette fois en duo avec les rois du free jazz scandinave.

Le dimanche 19 mai

John Zorn @ 60

The classical connection, Cinéma Laurier (14 h) : trois œuvres de musique de chambre pour trio jazz, quatuor à cordes et chœur féminin.

The song project, Colisée Desjardins (16 h) : avec Mike Patton, Jesse Harris, Sofia Rei, Marc Ribot, John Medeski et plusieurs autres.

Moonchild Templars, Colisée Desjardins (19 h 30) : avec Mike Patton, John Medeski, Trevor Dunn et Joey Baron.

The dreamers et Electric Masada, Colisée Desjardins (22 h): programme double avec les deux ensembles les plus connus de Zorn, qui sera au saxophone pour Electric masada.

The hermetic organ, église Sainte-Victoire (minuit) : Zorn tout seul à l’orgue, son instrument privilégié.