Blogue de Philippe Rezzonico

Gala Les Olivier: ode pour un changement de garde

vendredi 10 mai 2013 à 11 h 16 | | Pour me joindre

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Philippe Bond

Philippe Bond a remporté en 2012 l’Olivier de l’année, remis à l’humoriste le plus populaire au Québec. Qui sera le lauréat, dimanche, lors de la présentation du 15e Gala Les Olivier, animé par Mario Jean sur les ondes de Radio-Canada? On l’ignore, mais ça ne sera pas Bond, qui n’est pas en lice pour l’obtention du prestigieux trophée en 2013.

Tous les ans, on relève un certain nombre d’incongruités lors des divers galas québécois. L’absence de Bond est du nombre. Il a offert plus de 200 représentations de son spectacle depuis 2012 et il a attiré 6200 spectateurs au Centre Bell en avril. Cette omission met surtout en lumière un constat récurrent : il est difficile pour une nouvelle garde de s’imposer au Gala Les Olivier.

Regardons de plus près la liste des 10 finalistes pour l’Olivier de l’année, dont le gagnant est désigné par un vote du public : Jean-Michel Anctil, Les Denis Drolet, Lise Dion, Louis-José Houde, Philippe Laprise, Jean-François Mercier, Jean-Marc Parent, Sugar Sammy, Guillaume Wagner et Mike Ward.

Je vous épargne des recherches. Seul Guillaume Wagner n’a pas 30 ans (il les aura l’an prochain), lui qui a été sacré Découverte de l’année en 2011. Moyenne d’âge de la cuvée 2013 : plus de 40 ans. Et les trois quarts de ces humoristes font carrière depuis plus d’une décennie.

Comparons des artistes comparables, à savoir, les 10 interprètes de l’année qui étaient en lice lors du plus récent Gala de l’ADISQ, dont les lauréats (masculins et féminins) sont également désignés par un vote du public : Cœur de pirate, Marie-Pierre Arthur, Isabelle Boulay, Lisa LeBlanc, Andrée Watters, Vincent Vallières, Gregory Charles, Maxime Landry, Éric Lapointe et Fred Pellerin.

Seulement trois de ces artistes sont dans la quarantaine. Que des trentenaires et de jeunes adultes dans la vingtaine. La moyenne d’âge des interprètes féminines était de 29 ans et des poussières, le soir du gala de 2012.

Est-ce plus difficile de s’imposer dans le milieu de l’humour qu’en musique? Il n’y a pas de règle générale, mais on voit rarement en humour l’équivalent d’une Cœur de pirate ou d’une Lisa LeBlanc qui devient une vedette de premier plan dès la parution d’un premier disque à 20 ou 21 ans. Louis-José Houde, Philippe Bond et Sugar Sammy, tous dans la mi-trentaine, ont trimé durant des années avant de se retrouver en haut de l’affiche.

Compétition ardue

Adib Alkhalidey, Jeremy Demay, Sèxe illégal, P.A. Méthot et Daniel Savoie sont en lice pour la Découverte de l’année 2013. Les trois premiers sont en nomination pour une deuxième année de suite. Cela démontre à quel point percer dans ce milieu ultra-compétitif n’est pas chose aisée.

Il en tient à la nature du monde de l’humour. Comme l’expliquait la directrice de l’École nationale de l’humour, Louise Richer, l’humour québécois œuvre en vase clos et il est plutôt imperméable à l’humour anglo-saxon. Le succès monstre des spectacles d’humoristes leur permet de prolonger leurs tournées partout au Québec. L’humour, comme on le sait, voyage léger, contrairement aux groupes de musique et aux troupes de théâtre.

Tous ces facteurs permettent aux humoristes ayant un large public de le fidéliser un peu plus. Ça se répercute sur les nominations, particulièrement dans les catégories d’importance.

Je compte 11 « vétérans » (Jean-Michel Anctil, Jean-Marc Parent, Messmer, Lise Dion, Claudine Mercier, Michel Barrette, Marie-Lise Pilote, Les Denis Drolet, Anthony Kavanagh, Louis-José Houde et Laurent Paquin) pour les 15 nominations dans les catégories Spectacle d’humour le plus populaire, Spectacle d’humour de l’année et Numéro d’humour de l’année.

Pas question de reprocher aux ténors leur excellence, pas plus que l’on reproche à Gilles Vigneault, Richard Desjardins ou Richard Séguin d’être encore pertinents. Mais Dieu que j’aimerais que le monde de l’humour soit balayé du même vent de fraîcheur que celui qui a soufflé sur l’industrie musicale au Québec dans les années 2000.

L’annonce cette semaine de la production d’une version québécoise de Saturday night live à Télé-Québec pour 2014 est peut-être annonciatrice d’un temps nouveau. L’équipe de SNL Québec s’est associée à l’École nationale de l’humour. Le pouvoir d’attraction de la télévision étant ce qu’il est, qui sait si cette nouvelle émission pourrait être le tremplin de nouveaux jeunes humoristes. Aux États-Unis, SNL a été le tremplin vers la renommée pour Bill Murray, Chevy Chase, Tina Fey, John Belushi, Mike Myers, Eddie Murphy, Amy Poehler, Jimmy Fallon et compagnie.

En attentant de voir si SNL Québec aura un effet quelconque sur l’émergence de jeunes talents, permettez-moi d’espérer que Guillaume Wagner ou Sugar Sammy remporte l’Olivier de l’année, dimanche, histoire que le triomphe de Philippe Bond ne soit pas un cas d’exception et que l’on assiste à un changement de garde.