Blogue de Philippe Rezzonico

Inoubliable Louis de Funès!

jeudi 2 mai 2013 à 9 h 13 | | Pour me joindre

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Christian Marin, Louis de Funès, Jean Lefebvre et Michel Galabru dans leurs rôles de gendarmes. Photo d’archives.

Il fut Cruchot, le gendarme râleur qui faisait des siennes des plages de Saint-Tropez jusqu’aux rues de New York. Il fut le commissaire Juve, qui ne cessait de courir après l’insaisissable Fantômas. Mais Louis de Funès fut surtout un comique qui aura marqué l’imaginaire de générations de cinéphiles en raison de son inimitable humour physique.

Mimiques tordantes, faciès grimaçant, bruits de bouche explosifs, gifles retentissantes et onomatopées à profusion : le Français disposait d’une panoplie d’effets physiques et sonores pour retenir l’attention et provoquer des rires en cascade.

Il y a 30 ans cette année, le 27 janvier très précisément, que celui qui était né sous le nom de Louis Germain David de Funès de Galarza nous a quittés. Son héritage sur le cinéma comique français demeure toutefois intact, au point qu’il fait encore et toujours l’objet de rétrospectives, comme celle que lui consacre Radio-Canada durant les trois prochains mois.

Cinq volets de la série du Gendarme et les trois Fantômas figurent parmi les 13 longs-métrages retenus, soit un survol de la carrière de l’acteur entre 1964 et 1979. Pourtant, rien ne semblait prédestiner de Funès à une carrière cinématographie couronnée d’un succès international, lui qui fut durant une vingtaine d’années un homme de théâtre et de seconds rôles au cinéma.

La rencontre avec le réalisateur Jean Girault s’avère déterminante en 1963. Louis de Funès se voit offrir le premier rôle de Pouic-Pouic, film dans lequel il joue un type irascible, autoritaire et grimaçant. La table est mise pour Le gendarme de Saint-Tropez en septembre 1964, également réalisé par Girault, qui propulsera de Funès au sommet du box-office. Fantômas, qui sort en salle deux mois plus tard, concrétisera immédiatement la nouvelle popularité de l’acteur.

135 millions d’entrées

On connaît la suite. Les suites des Gendarmes et de Fantômas ainsi que La grande vadrouille et Le corniaud ont attiré les foules en masse et établi quelques records au passage. De 1964 à 1981, 12 films de Louis de Funès ont surpassé les 5 millions d’entrées, dont 2, au-delà de 10 millions. Et pas moins de 17 autres films ont franchi la barre des 2 millions de spectateurs. Au total, plus de 135 millions d’entrées! Louis de Funès fut une franchise à lui tout seul.

C’est néanmoins au sergent-chef Cruchot qu’il est le plus identifié. Il faut voir (et revoir) Cruchot, tel un despote, traiter ses subalternes Fougasse (Jean Lefebvre), Merlot (Christian Marin) et Tricard (Guy Grosso) de moins que rien, de faire-valoir, les obligeant à lui hurler des « Oui, chef! » à profusion. À l’inverse, Cruchot faisait du rase-mottes comme pas un devant son supérieur hiérarchique, l’adjudant Gerber.

À découvrir : Louis de Funès en 50 prises

Le Français lamentable

L’adjudant en question, Michel Galabru, l’unique survivant de l’époque, désormais âgé de 90 ans, a commenté ainsi la popularité de la série culte des Gendarmes en janvier dernier.

« Le succès, c’est grâce à Louis de Funès, qui a créé un personnage nouveau : le Français lamentable. En plus, quand il est petit, ce Français est prétentieux, arrogant et quand il est puissant, il est méprisant. Et ça, ça a beaucoup plu aux gens. C’était nouveau, et tout ce qui est nouveau catalyse la curiosité, le regard et les passions. »

Ce « Français lamentable » aura fait époque sous les traits d’un acteur qui est devenu une supervedette au début de la cinquantaine, ce qui n’est pas commun. De Funès aura su intégrer à la perfection des éléments burlesques d’une autre époque au cinéma des années 1960.

Il fallait entendre ses « Et paf!! », quand il voulait surligner deux fois plutôt qu’une un effet bœuf. Ou son habitude récurrente de regarder son interlocuteur, les yeux dans les yeux, en pointant les siens de ses deux doigts. « Regardez-moi », disait-il. Certains voyaient là des tics, mais il s’agissait bel et bien d’une marque de commerce pour de Funès.

Vu de l’intérieur

Pour mieux saisir l’homme derrière l’acteur, on peut aussi lire Louis de Funès : « Ne parlez pas trop de moi, les enfants! » (Le Cherche Midi), écrit par ses fils Patrick et Olivier. Paru en janvier, le livre lève le voile sur la vie privée de l’acteur, qu’il a jalousement protégée durant ses années de gloire.

On peut d’ailleurs voir le jeune Olivier de Funès aux côtés de son père dans Le grand restaurant (1966). Pour ceux qui se demandent à quoi pouvait ressembler Louis de Funès au théâtre, Oscar est incontournable. De Funès avait joué dans cette pièce de Claude Magnier dès 1959, reprenant le rôle créé par Pierre Mondy. Quand la pièce de théâtre a fait un tabac à Paris en 1961, Mondy notait que de Funès y était « génial d’invention, de burlesque » et qu’il avait amélioré le rôle. De Funès allait porter Oscar à l’écran en 1967.

Bref, tout le monde a son film favori de Louis de Funès. Le mien sera à jamais Le gendarme en ballade. Mon père croyait bien que j’allais m’étouffer de rire quand on l’a vu ensemble dans le sous-sol de la maison familiale au début des années 1970. Cette rétrospective sera une bonne occasion de le revoir.

La rétrospective Louis de Funès, tous les dimanches, du 5 mai au 28 juillet à 15 h à la télévision de Radio-Canada.

5 mai – Le gendarme de Saint-Tropez (1964)

12 mai – Le gendarme à New York (1965)

19 mai – Le gendarme se marie (1968)

26 mai – Le gendarme en ballade (1970)

2 juin – Le gendarme et les extra-terrestres (1979)

9 juin – Fantômas (1964)

16 juin – Fantômas se déchaîne (1965)

23 juin – Fantômas contre Scotland Yard (1967)

30 juin – Hibernatus (1969)

7 juillet – Le grand restaurant (1966)

14 juillet – Oscar (1967)

21 juillet – Un drôle de caïd (1964)

28 juillet – La folie des grandeurs (1971)