Blogue de Philippe Rezzonico

Prix Juno 2013: la quête de reconnaissance de Justin Bieber

vendredi 19 avril 2013 à 9 h 20 | | Pour me joindre

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Justin Bieber en spectacle à Londres
Justin Bieber en spectacle à Londres
Justin Trudeau a été couronné chef du Parti libéral du Canada dimanche dernier. Est-ce que Justin Bieber aura lui aussi droit à la consécration dimanche soir lors du 42e gala de remise des prix Juno présenté à Régina? D’un Justin à l’autre, l’histoire pourrait être différente.

Que l’on raffole ou pas des chansons de Justin Bieber, nul ne peut contester le phénomène planétaire qu’il représente à l’heure des médias sociaux. Le jeune artiste de 19 ans est suivi par plus de 35 millions d’abonnés sur son compte Twitter et a généré plus de 3 milliards de vues sur YouTube en 2012. Des chiffres astronomiques.

L’influence du chanteur sur les adolescentes est tel que le gouvernement de la Norvège a décidé, il y a quelques mois, de décaler la période d’examens scolaires, prévue cette semaine, en raison de la présence de Bieber, pour trois spectacles (16-17-18 avril), à l’intérieur de ses frontières. Ce n’est pas rien.

Bref, le jeune Justin est célèbre depuis un moment déjà. Mais il veut plus que ça. Il veut que son art soit reconnu.

Bieber a eu droit à sa part de récompenses dans les galas internationaux depuis 2010, avec quatre récompenses aux Teen Choice Awards, trois aux prix MTV, deux aux American Music Awards, et un aux prix NRJ et aux Kid’s choice. Il a même eu droit à deux nominations (révélation, meilleur album pop) aux prix Grammy en 2012, mais il a fait chou blanc.

Les Beliebers

C’est d’ailleurs son absence de nominations en vue des prix Grammy de 2013 qui a permis de mesurer l’impact des Beliebers, le surnom de ses admirateurs et admiratrices, sur les réseaux sociaux. Quelle tempête médiatique ce fut! À lire certains commentaires dans le cyberespace, on avait l’impression que l’organisation des Grammy venait d’ignorer Elvis lui-même.

Ne doutez pas une seconde que Bieber remportera dimanche le Juno décerné par le public (Fan choice award) à l’artiste le plus populaire. Il l’a d’ailleurs remporté en 2011 et en 2012. Mais ce que Bieber désire, c’est gagner les prix remis dans les catégories Album de l’année, Album de l’année – Pop et Artiste de l’année.

De tous les prix remportés par Bieber ces dernières années, un seul est lié à la qualité de l’un de ses albums (meilleur album My world 2.0 aux Teen Choice Awards en 2010). Tous les autres (révélation, meilleur artiste masculin, meilleur chanteur, etc.) sont liés à des votes populaires.

Maintenant adulte (au Canada, du moins), ce que Bieber recherche, c’est la reconnaissance de ses pairs et des jurys de l’industrie. À ses yeux, c’est probablement une question de crédibilité.

Les frasques

Or, la crédibilité – la sienne, s’entend – en prend un coup depuis qu’il a amorcé sa tournée mondiale Believe : ses retards aux spectacles (Londres, Berlin, Dortmund), ses malaises sur scène (à Glendale, en Arizona) et ses innombrables tweets ont provoqué stupeur et réactions négatives. Si l’intention de Bieber est de jouer à fond la carte de la vedette du rock délinquante, c’est réussi.

En visite la semaine dernière à la maison d’Anne Frank, à Amsterdam, Bieber s’est attiré les foudres des internautes en disant qu’il aurait espéré qu’Anne Frank soit une Belieber si elle avait vécu aujourd’hui. Comme il parlait d’une adolescente juive, morte dans un camp de concentration, qui avait tenu un journal alors qu’elle se cachait durant l’occupation nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale, le commentaire a provoqué un tollé.

Le 16 avril, Bieber a publié sur le site Instagram un dessin le représentant, torse nu, avec une Belieber allongée sur lui. Certains parents d’adolescentes fans de Bieber n’ont pas apprécié le message sous-entendu.

Toutes ces frasques pourraient-elles coûter des statuettes à Bieber? C’est possible. Il figure dans toutes les catégories où se retrouve Carly Rae Jepsen. Propulsée par le succès mondial de Call me maybe l’an dernier, celle-ci est perçue comme la favorite de bien des observateurs.

Cette bagarre potentielle entre Bieber (4 nominations) et Jepsen (5 nominations), ainsi que les prestations télévisées des Marianas Trench, de Billy Talent, de Metric, de k.d. lang et de l’animateur de la soirée, Michael Bublé, vont encore reléguer au second plan l’excellente cuvée francophone/québécoise nommée aux prix Juno.

Belle brochette francophone

Louis-Jean Cormier (Le treizième étage), Marie-Pier Arthur (Aux alentours), Avec pas d’casque (Astronomie), Lisa LeBlanc (Lisa LeBlanc) et Amylie (Le royaume) – belle brochette — s’affrontent dans la catégorie Album francophone de l’année, dont le Juno sera décerné durant le gala de l’industrie, samedi soir.

Certes, durant le gala télévisé de dimanche (CTV, 20 h), on entendra les noms de Leonard Cohen (choix du public, artiste de l’année, compositeur de l’année) et de Céline Dion (choix du public, album de l’année, album de l’année – contemporain) qui sont en nomination dans des catégories généralistes, mais c’est le Canada anglais qui va attirer tous les regards avec sa cohorte de vedettes.

Reste à voir si la jeune vedette canadienne la plus populaire du moment sera couronnée à distance (Bieber est présentement en Europe), comme cela a été le cas en 2011 (choix du public, meilleur album pop), ou si elle cédera le pas à sa rivale.

S’il repart les mains vides, Bieber pourra toujours dire que nul n’est prophète en son pays. Mais nous pourrions avoir droit à une autre tempête sur les réseaux sociaux…