Blogue de Philippe Rezzonico

Oprah: la célébrité au service de la marque de commerce

jeudi 11 avril 2013 à 9 h 49 | | Pour me joindre

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Oprah Winfrey (George Burns/PC)

Animatrice, actrice, productrice et propriétaire d’un empire médiatique, Oprah Winfrey sera au Centre Bell jeudi pour discuter de croissance personnelle et de potentiel de réussite. Pour bien des gens, le parcours exemplaire de l’Américaine représente une inspiration. Cela explique qu’il ne reste qu’une poignée de billets à vendre et que la conférencière va accueillir 14 000 personnes (!) dans l’aréna du Canadien.

Impossible de nier l’influence phénoménale de la petite fille pauvre née au Mississipi qui fut la première Afro-Américaine à figurer au palmarès des milliardaires du magazine Forbes, en 2006. Mais cette tournée n’est-elle pas aussi – et avant tout — l’occasion de faire mousser ses propriétés?

Ce n’est pas d’hier que des célébrités deviennent des porte-parole ou des conférenciers prisés du public, mais leurs motivations ne sont pas les mêmes.

L’ex-vice-président américain Al Gore est devenu conférencier itinérant pour faire la promotion du documentaire Une vérité qui dérange (An inconvenient truth) portant sur le réchauffement climatique, un enjeu écologique.

L’actrice Angelina Jolie est devenue porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, une cause qui est chère à cette mère de trois enfants biologiques et de trois enfants adoptés. Ici, l’enjeu est humain.

Oprah, pour sa part, se sert de sa célébrité pour promouvoir une marque de commerce : la sienne. Cette marque prend, de nos jours, diverses formes. Le réseau OWN (Oprah Winfrey network) est désormais le vaisseau amiral de la personnalité publique, où se côtoient de multiples plateformes de nouvelles, de divertissement et de bien-être.

OWN, mis en ondes le 1er janvier 2011 en partenariat avec Discovery, se voulait le point culminant d’un quart de siècle de succès de la reine de la télé américaine. Les résultats n’ont pas été à la hauteur.

Télé vs câble

Aucun réseau câblé au Québec n’atteint les sommets des cotes d’écoute des émissions les plus populaires (La voix, 19-2, Unité 9, Tout le monde en parle), présentées aux réseaux généralistes. C’est la même chose aux États-Unis.

La nouvelle mouture du talk-show d’Oprah (Oprah next chapter), présentée sur OWN depuis 2012, attire 10 fois moins d’auditoire que The Oprah Winfrey show quand il était présenté à ABC. À la belle époque, Oprah obtenait des moyennes avoisinant les 10 millions de téléspectateurs lors de la première diffusion et de 4,5 millions en reprise. Et elle avait obtenu l’incroyable audimat de 90 millions pour son entretien avec Michael Jackson, en 1993.

Les coups d’éclat

Récemment, il aura fallu des coups d’éclat comme l’entrevue avec la famille de Whitney Houston (3,5 millions en mars 2012) et celle avec le cycliste déchu Lance Armstrong (28 millions pour les diffusions du 17 et 18 janvier 2013) pour attirer des auditoires dignes du passé.

Les 18 premiers mois d’OWN ont ressemblé à une traversée du désert. Oprah a dû annuler le Rosie O’Donnell show, sabrer d’un cinquième sa main-d’œuvre, tandis que les prêts engagés par son partenaire Discovery étaient de l’ordre de quelque 300 millions de dollars en mai 2012. Heureusement pour elle, les cotes d’écoute sont à la hausse depuis l’an dernier en raison du réaménagement de sa grille. En rétrospective, il s’agit d’une rare ondée dans un ciel dégagé pour la femme d’affaires âgée de 59 ans.

Avec sa radio satellite (Oprah radio), son magazine (O), son club de livres (Oprah’s book club) et une demi-douzaine d’autres dérivés incluant sa compagnie de production Harpo (Oprah à l’envers), l’empire d’Oprah est actuellement évalué par Forbes à 2,8 milliards de dollars américains.

Cela permet à celle qui fait aussi œuvre de philanthropie de poursuivre son soutien aux jeunes filles noires par l’entremise de ses fondations, Oprah angel network et The Oprah Winfrey leadership academy.

L’image d’Oprah scintille toujours. On l’a vu lors de l’entrevue avec Armstrong. La dame demeure une redoutable intervieweuse et un pôle d’attraction peu commun. Rien de mieux, donc, que de tirer parti de sa célébrité intacte avec cette tournée de conférences offertes d’un bout à l’autre du Canada.

L’initiative va lui permettre de récolter un joli pactole au passage. Avec 14 000 billets vendus dans une fourchette de prix allant de 95 $ à 355 $, Oprah va amasser plus de 2 millions de dollars de recettes pour une conférence d’un soir qui sera suivie d’une session de questions avec l’animateur de la CBC, George Stroumboulopoulos.

Et on ne parle pas des 150 billets VIP à plus de 500 $ chacun vendus pour le 5 à 7 qui va précéder l’événement… Un vrai salaire de star du rock.

Le public devrait y trouver son compte. Ceux qui viendront voir Oprah, l’icône télévisuelle, seront comblés. Celles qui veulent rencontrer la dame inspirante auront ce qu’elles désirent. Quant aux entrepreneurs qui veulent entendre parler la femme d’affaires et la dirigeante d’empire médiatique, ils ne devraient pas être déçus non plus.

Quant à Oprah, elle va fidéliser un peu plus sa marque de commerce. C’est payant, la célébrité, quand on s’en sert de main de maître.