Blogue de Philippe Rezzonico

Bandes dessinées: héros d’antan, succès d’aujourd’hui

mardi 5 mars 2013 à 14 h 47 | | Pour me joindre

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Les aventures de Tintin, celles de Spaghetti, de Bruno Brazil et de Gil Jourdan, ainsi que celles de Luc Orient et de la Patrouille des Castors ont toutes pris fin après le décès de leur créateur, la retraite bien méritée de celui-ci ou l’abandon pur et simple de la série.

À l’inverse, d’autres bandes dessinées qui sont des classiques de l’école franco-belge ont survécu à leurs auteurs à la suite de reprises de leurs catalogues ou à l’apparition de titres dérivés. Tout le monde le sait, les héros ont la vie dure. Et il semble que nombre d’entre eux vont distraire durant longtemps les générations à venir.

Blueberry : Jean-Michel Charlier et Jean Giraud créent le lieutenant Blueberry en 1963 et ce dernier devient l’un des fleurons du journal Pilote. En 1975, après 16 albums, ils proposent un premier titre dérivé, La jeunesse de Blueberry, qui situe les aventures du lieutenant crasseux avant Fort Navajo (1963).

Charlier et Giraud boucleront la série de 23 tomes avec Arizona love (1990), paru quelque temps après le décès de Charlier. Giraud lancera un titre parallèle, Marshall Blueberry, dès 1991, et il poursuivra les aventures de Blueberry sous le titre Mister Blueberry jusqu’en 2007.

Avec François Corteggiani au scénario et Michel Blanc-Dumont aux dessins, La jeunesse de Blueberry n’a jamais cessé d’être publiée, et le 20e tome (Gettysburg) est paru l’an dernier. L’année 2013 marque le 50e anniversaire de Blueberry.

Lecture obligatoire, auteurs originaux : La mine de l’Allemand perdu (1972), Le spectre aux balles d’or (1972) et Ballade pour un cercueil (1974).

Lecture obligatoire, reprise : Il faut tuer Lincoln (2003).

Spirou : André Franquin n’a pas créé Spirou, mais il lui a donné ses lettres de noblesse dès 1950. Après son retrait en 1969 (Panade à Champignac), Jean-Claude Fournier (1970-1980) ainsi que le tandem Raoul Cauvin-Nic Broca (1983-1984) lui succéderont. Tome et Janry reprendront le collier de 1984 jusqu’en 1998, et créeront l’exceptionnel Machine qui rêve, où Spirou est cloné.

Succès critique (quel scénario!), Machine qui rêve fut un bide en ce qui concerne les ventes, parce que jugé trop réaliste par les lecteurs qui préféraient le Spirou d’antan. Tome et Janry tirent leur révérence et poursuivent Le petit Spirou, série amorcée en parallèle depuis 1987. Spirou revient après six ans d’absence, en 2004.

Ironiquement, la finale du cinquantième tome (Aux sources du Z), qui boucle un cycle de 4 albums n’est pas sans rappeler celle de Machine qui rêve, décriée 10 ans plus tôt. Peu importe, Spirou aura mené à plusieurs séries dérivées (Le petit Spirou, Gaston Lagaffe, Marsupilami) depuis sa naissance en 1938, soit depuis aussi longtemps que Superman.

Aucune autre BD européenne ne peut prétendre à ça.

Lecture obligatoire, auteurs originaux : Z comme Zorglub (1961) et L’ombre du Z (1962).

Lecture obligatoire, reprise : Machine qui rêve (1998) et Aux sources du Z (2008).

Blake et Mortimer : Edgar P. Jacobs crée Blake et Mortimer en 1946, pour le lancement du Journal Tintin de son ami Hergé. Il meurt en 1987 avant que le deuxième tome des Trois formules du professeur Sato ne voie le jour. Bob de Moor complétera son travail en 1990. À la retraite, le capitaine Blake et le professeur Mortimer? Non. En 1996, Jean Van Hamme et Ted Benoit créent L’affaire Francis Blake, qui relance la série.

Depuis lors, divers duos de scénaristes et dessinateurs proposent en alternance les nouvelles aventures policières et scientifiques des deux Anglais à l’âge immuable. Populaire, cette relance?

En décembre 2012, après un tirage initial de 450 000 exemplaires, Le serment des cinq lords (Sente-Julliard) venait en tête du classement de Livre Hebdo sur les ventes en librairies en France, devant tous les prix littéraires et la traduction de Fifty shades (Cinquante nuances de gris. Vol. 1). Qui dit mieux?

Lecture obligatoire, auteur original : Le mystère de la grande pyramide, tome 1 et 2 (1954 et 1955), La marque jaune (1956).

Lecture obligatoire, reprise : L’affaire Francis Blake (1996), Les sarcophages du 6e continent, tome 1 et 2 (2003 et 2004).

Johan et Pirlouit et les Schtroumpfs : En 1958, Peyo intègre des petits bonshommes bleus aux aventures de Johan et Pirlouit lors de la prépublication de La flûte à six schtroumpfs dans le journal Spirou. Le succès est tel que les Schtroumpfs sont intégrés aux quatre histoires subséquentes de Johan et Pirlouit et qu’ils apparaissent dans des minirécits publiés dans Spirou dès 1959.

Peyo ne lâchera plus ses Schtroumpfs jusqu’à sa mort, en 1992. Son fils, Thierry Culiford, a repris les scénarios depuis avec divers dessinateurs. Avec Alain Jost, coscénariste, et Jeroen De Coninck, le 31e album des Schtroumpfs est prévu en avril 2013. Commencée en 1952 et délaissée par Peyo en 1970, la série Johan et Pirlouit a repris du service en 1994 avec Yvan Delporte et Alain Maury aux commandes. On ne pouvait se passer du râleur de Pirlouit, quand même.

Lecture obligatoire, auteur original : La flûte à six schtroumpfs (1960), La guerre des sept fontaines (1961), Le Schtroumpfissime (1965).

Lecture obligatoire, reprise : On ne schtroumpfe pas le progrès (2002).

Thorgal : Créé en en 1977 par Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski, cette série qui mêle l’univers des Vikings et la science-fiction nous a tenus en haleine jusqu’à sa conclusion en 2006, Le sacrifice. Van Hamme ayant décidé de délaisser la série, Yves Sente reprend le scénario pour lancer le cycle de Jolan (le fils de Thorgal), toujours avec Rosinski au dessin.

Outre ce cycle dérivé qui s’inscrit plutôt dans la continuité de la série originale, Thorgal a mené à trois séries dérivées qui forment la trilogie Les mondes de Thorgal : les séries Kriss de Valnor (la « méchante » des aventures de Thorgal), Louve (la fille de Thorgal) et La jeunesse de Thorgal. Pas question de délaisser la poule aux œufs d’or.

Avec 13 millions d’albums vendus et traduits en 12 langues, les chiffres sont stupéfiants : plus de 400 000 exemplaires vendus par an. Kriss de Valnor a été le tome 1 le plus vendu en 2010, Louve, le plus vendu en 2011.

Lecture obligatoire, auteurs originaux : Les archers (1985), Le maître des montagnes (1989).

Lecture obligatoire, séries dérivées : Kriss de Valnor, Digne d’une reine (2012).

Lucky Luke : Tout seul, dès 1950, puis avec le concours de René Goscinny au scénario dès 1955 (Des rails sur la prairie), Morris va créer le mythe Lucky Luke. D’autres scénaristes se sont succédé après le décès de Goscinny, mais Morris a tenu le crayon durant cinq décennies. Achdé poursuit depuis 2003 la série qui a mené aux séries dérivées Rantanplan (1987) et Kid Lucky (1995).

Lecture obligatoire, auteurs originaux : Les Daltons dans le blizzard (1962), Les Daltons se rachètent (1964), Chasseur de primes (1972).

Lecture obligatoire, reprises : Cavalier seul (2012)

XIII : Après 23 ans de cavale (1984-2007) et de poursuite avec le duo de Jean Van Hamme et William Vance, l’amnésique le plus populaire de la BD revit sous la plume de Sente et Jigounov depuis 2011 et, par ricochet, par l’entremise de la série dérivée XIII mystery qui retrace les origines des personnages secondaires de la série.

Lecture obligatoire, auteurs originaux : Le dossier Jason Fly (1990) et La nuit du 3 août (1990).

Lecture obligatoire, albums dérivés : Little Jones (2010)

Et dites-vous que Ric Hochet va se poursuivre malgré le décès de Tibet et que le célèbre Albert Uderzo a déjà désigné ses successeurs pour la suite des aventures d’Astérix.

Héros un jour, héros toujours…