Blogue de Philippe Rezzonico

Prix Grammys: le rouleau compresseur anglo-saxon

Jeudi 7 février 2013 à 14 h 59 | | Pour me joindre

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La chanteuse Adele, lors de la cérémonie des Grammy en 2012.

The Black Keys, Fun., Taylor Swift, Jack White, Adele et Mumford & Sons pourraient tous repartir de la cérémonie de remise des prix Grammys, dimanche, avec un petit gramophone. L’industrie musicale s’en portera-t-elle mieux, ou ce gala annuel n’est-il devenu qu’un paravent aux crises récurrentes? Peu importe, la musique d’expression anglaise va encore tout balayer sur son passage.

Selon leurs détracteurs, les Grammys ne sont plus représentatifs de l’industrie. Avec la récente explosion des plateformes numériques, l’offre musicale n’a plus de frontières, et ce gala ne représente pas les courants les plus audacieux.

Un bon nombre d’observateurs estiment qu’au contraire, malgré leurs imperfections, les remises des Grammys demeurent les plus pertinentes en raison de leur éclectisme (pas moins de 81 catégories) et de l’équilibre des forces vives représentées.

Outre les noms mentionnés plus haut, on peut ajouter ceux de vedettes instantanées (Gotye), d’artistes ayant offert des chansons dignes d’être qualifiées de chansons-velcro (Carly Rae Jepsen), de vedettes consacrées dans des genres plus alternatifs (Florence and the Machine), de nouvelles figures (Alabama Shakes) et de joyeux drilles (LMFAO).

En dépit de problèmes bien réels, l’industrie musicale américaine – et anglo-saxonne en général – ne se pose pas les mêmes questions que celles que l’on entend au Forum sur la chanson québécoise qui a cours cette semaine à Montréal. Les subventions, les services aux entreprises, les programmes de soutien à la chanson et, surtout, les quêtes identitaires ne sont pas le lot des Américains.

Domination

Non seulement la chanson anglaise domine presque tous les marchés musicaux occidentaux, mais elle possède un attrait réel pour nombre d’artistes dont ce n’est pas la langue maternelle. Il faut noter le nombre de groupes suédois qui chantent dans la langue de Lady Gaga, le nombre de Français de France et, bien sûr, de Québécois francophones (Simple Plan, Céline Dion, Pascale Picard, Mobile, Ariane Moffatt, etc.) qui le font aussi.

Non seulement les Américains, les Britanniques et les Australiens n’ont pas à craindre une défection massive envers leur langue, mais la chanson anglo-saxonne est celle qui a le mieux négocié le virage numérique. Aux États-Unis, les albums trouvent désormais preneur de façon à peu près équivalente entre le numérique et le physique, comme le notait le magazine Billboard. Nous sommes loin du compte au Québec.

Warner a même annoncé pour son dernier trimestre de 2012 que les hausses des ventes d’albums numériques avaient compensé la baisse des ventes d’albums physiques. Nous n’avons pas fait ce constat très souvent ces dernières années. On ne débouchera pas le champagne, mais plusieurs indicateurs démontrent qu’il y a une certaine stabilité chez nos voisins du sud après des années de dégringolade.

Évidemment, il est curieux de noter que la formule des Grammys n’a pas presque pas changé depuis 1958. Les catégories de genres musicaux tiennent compte des ventes de disques, il y a des jurys spécialisés et une portion de vote populaire. Conservateurs, les prix Grammys.

L’effet rassembleur

La chanteuse Taylor Swift, en nomination dans trois catégories cette année à la remise des prix Grammy.

La réalité, c’est que ceux qui remporteront un gramophone et qui interpréteront une chanson durant la retransmission télévisée verront les ventes de leurs disques et de leurs chansons grimper de façon spectaculaire dans les jours suivants. C’est l’effet rassembleur de la télévision.

À titre d’exemple, les ventes des disques de Destiny’s Child ont grimpé de 196 % au lendemain de la participation de Beyoncé et de ses anciennes collègues au Super Bowl.Et que les lauréats de dimanche se nomment The Black Keys, Fun., Taylor Swift, Jack White, Adele ou Mumford & Sons n’a, en définitive, aucune importance. Si ce ne sont pas eux, ce seront d’autres artistes et d’autres groupes d’expression anglophone qui s’illustreront.

Une seule certitude : la chanson anglo-saxonne aura consolidé sa position dominante sur le marché mondial lundi matin, et on se demandera encore si la chanson francophone pourra résister à l’envahisseur sur son propre territoire.