Blogue de Philippe Rezzonico

Vers les Oscars 2013 (7): Jusqu’à ce que la maladie nous sépare

Mardi 5 février 2013 à 12 h 38 | | Pour me joindre

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Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, sublimes. Photo Les films du Losange.

L’Académie des arts et des sciences du cinéma décernera ses Oscars annuels au cours de la 85e cérémonie de remise, le 24 février, au théâtre Dolby de Los Angeles. D’ici là, La filière Rezzonico analysera les neuf longs métrages en lice pour l’obtention de l’Oscar du meilleur film, en soupesant leurs chances respectives de repartir avec la statuette dorée. Septième volet : Amour.

Deux octogénaires vivent une retraite paisible dans un appartement parisien. La femme doit se faire opérer. L’opération tourne mal. Elle devient invalide. C’est le début d’une lente et atroce descente aux enfers pour le couple au crépuscule de sa vie.

Palme d’or à Cannes, primé des deux côtés de l’Atlantique, le film du réalisateur autrichien Michael Haneke repose sur l’amour sans bornes, la maladie implacable et la vieillesse inéluctable.

Ce long-métrage dans lequel on peut mesurer toute l’abnégation d’un homme pour sa femme se veut aussi le plus terrifiant film d’horreur que l’on puisse imaginer. Avec Jean-Louis Trintignant (sorti de sa retraite), Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert au sommet de leur art, Haneke nous montre avec une sobriété exemplaire et un réalisme à couper le souffle à quoi ressemble la fin de ceux qui sont victimes d’une maladie dégénérative.

Quiconque a accompagné un proche dans les derniers mois de sa vie comme le fait Georges (Trintignant) avec Anne (Riva) risque de sortir de la projection complètement ravagé. Je l’ai vécu l’an dernier… Ce film mérite pourtant d’être vu par le plus large public, tant sont immenses ses qualités cinématographiques et humaines.

Dieu qu’il aurait été facile de faire déraper ce huis clos d’agonie dans le fossé du moralisme. Rien de tout ça. Avec des plans-séquence fixes qui cadrent le quotidien du  couple de la façon la plus crue qui soit, Haneke exclut tout sentimentalisme.

Dignité, pudeur et courage sont le lot des deux protagonistes qui, pas un instant, ne font preuve d’optimisme. Non, ça ne va pas aller mieux. Oui, ça va mal finir. Et c’est ainsi. La vie finit toujours mal parce que la mort l’attend. Haneke et sa distribution sublime ne font que nous le rappeler.

Pour : Amour est le genre de drame bouleversant qui plaît d’ordinaire aux plus vieux membres de l’Académie. Nous avons un sujet universel et tabou, traité de main de maître, une approche cinématographique et scénaristique respectueuse, et des compositions renversantes de toute la distribution. Ce film est un chef-d’œuvre. Point.

Contre : La consécration de L’Artiste, un film étranger, lors de la cérémonie des Oscars de 2012. Difficile de penser que l’on va saluer deux années de suite un film venu d’ailleurs comme étant le meilleur film tout court. Et il y a un élément crucial qui risque de ne pas faire l’unanimité auprès des membres votants. Élément que l’on se garde de révéler, histoire de ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n’ont pas vu le film.

Les autres nominations d’importance

Premier rôle féminin (Emmanuelle Riva) : Emmanuelle Riva pourrait devenir la troisième Française à remporter l’Oscar du premier rôle après Simone Signoret (1960) et Marion Cotillard (2008). C’est d’ailleurs l’actrice la plus âgée (86 ans) à avoir été nommée dans cette catégorie.

Si on mesure un rôle par sa complexité psychologique et sa contribution sur le plan physique, Riva est dans une classe à part, face à toutes ses consœurs, cette année. Mais Amour n’a certes pas eu la visibilité d’Opération avant l’aube (Zero dark thirty) et du Bon côté des choses (Silver linings playbook). Jennifer Lawrence et Jessica Chastain sont favorites, mais j’aimerais que l’Académie nous réserve l’une de ses surprises…

Réalisation (Michael Haneke) : Haneke fait preuve d’une maîtrise exemplaire. Sa façon de faire parler les silences qui évoquent douleur et malaise est renversante. Il devrait se faire doubler tant par Ang Lee (Histoire de Pi/Life of Pi) que Steven Speilberg (Lincoln), mais ces deux grands réalisateurs ont déjà obtenu un Oscar. Qui sait?

Meilleur film étranger : À la cérémonie des Grammys, un disque ou une chanson en nomination dans les prestigieuses catégories généralistes (meilleur album. meilleur enregistrement) gagne automatiquement – ou presque – dans sa catégorie de genre (meilleur disque pop, rock, hip-hop).

C’est la même chose ici. Il est improbable qu’Amour ne remporte pas l’Oscar du meilleur film étranger, étant donné sa présence dans la catégorie du meilleur film. Dommage pour Rebelle!

Scénario (Michael Haneke) : L’économie de mots dans ce film relève d’autant plus la puissance de ceux qui sont utilisés dans des dialogues sans fard. Mais je pense toujours que l’originalité de Quentin Tarantino (Django déchaîné/Django unchained) va lui valoir la statuette.

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