Blogue de Philippe Rezzonico

Vers les Oscars 2013 (2): Le jeune homme et la mer

mardi 15 janvier 2013 à 12 h 25 | | Pour me joindre

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Le film Lhistoire de Pi

L’Académie des arts et des sciences du cinéma décernera ses Oscars annuels au cours de la 85e cérémonie de remise, le 24 février, au théâtre Dolby de Los Angeles. D’ici là, La filière Rezzonico analysera les neuf longs métrages en lice pour l’obtention de l’Oscar du meilleur film, en soupesant leurs chances respectives de repartir avec la statuette dorée. Deuxième volet : L’histoire de Pi (Life of Pi).

Un jeune garçon quitte l’Inde avec sa famille et leurs animaux de zoo, mais il se retrouve dans un canot de sauvetage en compagnie d’un tigre du Bengale après le naufrage de leur cargo. Basé sur le best-seller du Canadien Yann Martel, L’histoire de Pi est à la fois un conte et une odyssée qui vont droit au cœur en illuminant le grand écran.

Certains romans sont plus ardus à transposer au cinéma que d’autres. L’histoire de Pi est de ceux-là. Il aura fallu attendre 2012, en dépit du fait que le livre ait été écoulé à plus de sept millions d’exemplaires depuis sa publication en 2001.

Réalisateur doué et sensible, Ang Lee nous offre un long métrage où il narre avec justesse et finesse 3 segments de la vie de Piscine Patel, surnommé Pi : sa jeunesse, où il découvre 3 religions, son adolescence, durant laquelle il vogue sur les eaux du Pacifique durant 227 jours avec un zèbre, un orang-outang, une hyène et un tigre, ainsi que sa vie d’adulte, qui entrecoupe les 2 autres portions.

Dans Le vieil homme et la mer, célèbre roman d’Ernest Hemingway, les protagonistes – le pêcheur et le requin – sont des ennemis naturels. Ici, durant les deux premiers tiers du film, Pi et le tigre Richard Parker le sont tout autant, mais la dérive sur des milliers de milles marins les oblige une cohabitation forcée.

Bien servi par Suraj Sharma (Pi adolescent), qui propose un spectre de jeu étonnamment large pour un novice du septième art, Ang Lee a su allier la technologie d’aujourd’hui (3D, effets spéciaux) à une histoire qui fait la part belle aux valeurs humaines et à la survivance.

Il y a des moments de pure beauté : les couchers de soleil, les flots bleus et le ciel serti d’étoiles sont de magnifiques toiles de fond pour les apparitions de méduses, de baleines et de poissons volants qui émerveillent le spectateur. Rarement un réalisateur aura si bien su mettre à profit les effets spéciaux dans un contexte où le drame et la poésie jouent sans cesse à saute-mouton.

Pour : Un film au récit initiatique qui marie poésie, lyrisme, action et religion à parts égales est un exploit en soi. Dans une cuvée qui propose quatre longs métrages portant sur des événements liés à l’histoire américaine, trois sur les relations humaines et une adaptation d’un musical, L’histoire de Pi est le genre de film dont la spécificité peut lui permettre d’être l’élément rassembleur auprès de l’Académie.

Contre : Ang Lee a eu sa part de statuettes au cours de la dernière décennie, et il semble improbable qu’on omette de couronner un film touchant l’identité américaine (le président Lincoln, la crise des otages en Iran, la traque de Ben Laden, l’esclavage) cette année.

Les autres nominations d’importance

Réalisation (Ang Lee) : Le cinéaste né à Taïwan est un habitué des Oscars. Tigre et dragon (Crouching tiger, hidden dragon), qu’il a produit et réalisé, a remporté la statuette du meilleur film en langue étrangère, et Ang Lee a récolté un Oscar en qualité de réalisateur pour Souvenirs de Brokeback mountain (Brokeback mountain). Si quelqu’un peut gagner l’Oscar de la meilleure réalisation sans que son long métrage soit nécessairement couronné meilleur film, c’est bien lui.

La tâche titanesque de transposer au grand écran ce roman supposément «inadaptable» milite en sa faveur. À l’inverse, l’utilisation considérable d’effets spéciaux peut jouer contre lui.  Je pense que Lee va être doublé par Steven Spielberg (Lincoln) sur sa droite et par Michael Haneke (Amour) sur sa gauche.

Adaptation du scénario (David McGee) : Il est difficile de trancher quand certains concurrents adaptent des ouvrages littéraires, et d’autres, des événements historiques. C’est comme comparer des pommes et des oranges.

Le roman de Yann Martel est universellement connu, et on n’a qu’à le lire pour en connaître les moindres détails. À mes yeux, cela représente un désavantage. Le scénario adapté de McGee prête davantage le flanc aux comparaisons que ceux d’Argo ou de Lincoln, par exemple, car ceux-ci s’inspirent d’éléments historiques plus flous.

Trame sonore (Mychael Danna) : Ce compositeur, qui a remporté une statuette aux Golden Globes dimanche soir, pourrait être le vainqueur dans sa catégorie. Cela dit, le lauréat importe peu selon moi, pourvu que l’Académie ne décerne pas un autre Oscar à John Williams pour la musique pompeuse de Lincoln.

Chanson (Pi’s lullaby) : Elle est jolie, cette chanson aux sonorités indiennes qu’on entend dans le film, mais elle n’a aucune chance devant Suddenly (Les misérables) et Skyfall (007 Skyfall/Skyfall). Comme Prince (Purple rain), Bruce Springsteen (Streets of Philadelphia) et Eminem (Lose yourself) avant elle, Adele va remporter un Oscar.

Effets spéciaux (Bill Westenhofer, Guillaume Rocheron, Erik-Jan De Boer et Donald R. Elliott) : Ça va se jouer entre les représentants de L’histoire de Pi et ceux des Avengers (Marvel’s the avengers). Subtilité, magie et tigre d’un réalisme fou contre explosions, force brute et Hulk monstrueux. Mmm…  Mieux vaut donner la récompense aux super-héros, sinon Hulk va tordre le cou du tigre.

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