Blogue de Philippe Rezzonico

Vers les Oscars 2013 (1): Django en furie

vendredi 11 janvier 2013 à 10 h 00 | | Pour me joindre

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Django unchained, avec Christopher Waltz et Jamie Foxx. (Columbia Pictures | The Weinstein Company)

L’Académie des arts et des sciences du cinéma a fait connaître, jeudi, les nominations en vue de la 85e cérémonie de remise des Oscars, prévue le 24 février au théâtre Dolby, à Los Angeles. D’ici là, La filière Rezzonico analysera les neuf longs-métrages en lice pour l’obtention de l’Oscar remis au meilleur film en soupesant leurs chances de repartir avec la statuette dorée. Premier volet : Django déchaîné (Django unchained).

Un esclave noir recruté par un dentiste devenu chasseur de primes s’allie à ce dernier pour libérer son épouse et faire payer la note à ses tortionnaires blancs à l’aube de la guerre de Sécession. Il n’y a que Quentin Tarantino qui pouvait accoucher d’un scénario tordu comme celui-là.

Jamie Foxx, dans le rôle de Django (Columbia Pictures | The Weinstein Company)

Comme il l’a fait avec un film de gangsters (Les enragés/Reservoir dogs) et un film de guerre (Le commando des bâtards/Inglourious basterds) dans le passé, Tarantino appose sa griffe particulière à un autre film de genre (le western) qui ressemble au fil d’arrivée à un seul genre : le sien.

Tout comme avec Le commando des bâtards, Tarantino se fiche royalement des faits historiques et revisite avec un plaisir jouissif cette période de la pré-guerre civile américaine. Vous en connaissez des esclaves noirs qui tirent plus vite que Lucky Luke et qui font la peau de Blancs en 1859? Moi non plus. Quentin n’a pas dû lire les mêmes livres d’histoire que nous.

Si le Django (Jamie Foxx) de Tarantino offre une solide composition, ce sont toutefois le chasseur de primes (l’exceptionnel Christoph Waltz), l’esclavagiste psychopathe (Leonardo DiCaprio, en grande forme) et l’oncle Tom servile par excellence (Samuel L. Jackson, presque méconnaissable) qui ont droit à des rôles étoffés et complexes.

Comme toujours avec Tarantino, le sang gicle fort lorsque quelqu’un se fait tuer, abattre, défoncer le crâne, dévorer et même exploser. Django s’offre une fusillade qui laisse à peine moins de cadavres derrière elle que la bagarre au sabre du personnage d’Uma Thurman dans Tuer Bill, volume 1. (Kill Bill, vol. 1). Avec Tarantino, hémoglobine rime toujours avec enflure.

Le cinéaste ne laisse néanmoins pas sa conscience sociale au vestiaire et il étale au grand jour un aspect répugnant de cette Amérique raciste, celui où les esclaves sont transformés en bêtes de cirque, comme le sont parfois encore les coqs et les chiens de nos jours.

Pour : Un scénario qui sort des sentiers battus, des échanges savoureux, un langage cru sans complaisance, une demi-douzaine de scènes marquantes – qu’elles soient loufoques (les masques mal perforés du Ku Klux Klan) ou bouleversantes (l’esclave dévoré par les molosses) – et le sentiment que tout peut arriver dans cet univers remodelé à la sauce Tarantino.

Contre : Peut-être l’une des réalisations les plus linéaires du cinéaste. Nous sommes à des années-lumière de Fiction pulpeuse (Pulp fiction) et du diptyque de Tuer Bill.

Un long-métrage obtient parfois l’Oscar du meilleur film sans que son créateur n’obtienne la statuette de la meilleure réalisation. C’est survenu quatre fois depuis 1990 avec Shakespeare et Juliette (Shakespeare in love, 1998), Gladiateur (Gladiator, 2000), Chicago (2002) et Crash (2005). Mais quand le réalisateur n’est pas retenu parmi les finalistes de sa catégorie, les chances du film de repartir avec les grands honneurs sont à peu près nulles.

Le dernier long-métrage couronné d’un Oscar sans que son réalisateur n’ait été en lice fut Miss Daisy et son chauffeur (Driving Miss Daisy) en 1990. Le réalisateur Bruce Beresford n’avait pas été mis en nomination et Olivier Stone avait remporté son deuxième Oscar pour Né un 4 juillet (Born on the fourth of July).

Les autres nominations d’importance

Rôle de soutien masculin (Christoph Waltz) : Lauréat de la statuette du meilleur rôle de soutien en 2010 pour son personnage de SS dans Le commando des bâtards, Waltz a tout en main pour doubler sa récolte. Sa composition juste, nuancée et cynique est sans faille. Mais il a fort à faire face : Tommy Lee Jones (Lincoln) et Philip Seymour Hoffman (Le maître/The master), ses plus sérieux concurrents. Je mise néanmoins sur lui.

Scénario (Quentin Tarantino) : Si les membres de l’Académie votent en fonction du critère d’originalité, Tarantino ne peut pas perdre. Mais on peut s’attendre à ce que les membres les plus conservateurs préfèrent le scénario d’Amour, et les plus patriotiques, celui d’Opération avant l’aube (Zero dark thirty).

À lire aussi :

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Vers les Oscars 2013 (3) : Misérables et grandioses

Vers les Oscars 2013 (4) : Otages d’un scénario hollywoodien

Vers les Oscars 2013 (5) : Amours bipolaires

Vers les Oscars 2013 (6) : Opération tonnerre