Blogue de Philippe Rezzonico

L’année 2012 a été celle de… l’inflation des billets de spectacle en musique

Vendredi 28 décembre 2012 à 14 h 49 | | Pour me joindre

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Billet de Ticketmaster

Des billets à 2500 $ pour le spectacle caritatif (12.12.12) venant en aide aux sinistrés de Sandy, les Rolling Stones qui offrent des billets privilégiés pouvant atteindre 1800 $, Barbra Streisand qui écoule les siens dans une fourchette allant de 600 $ à 800 $ : l’année 2012 aura été celle de l’inflation des billets de spectacle dans le monde de la musique.

Notez bien que l’on parle ici de billets vendus légalement, pas de billets acquis au marché noir. Ce phénomène inflationniste n’est pas nouveau. Périodiquement, le prix des billets franchit un seuil psychologique que l’on pensait inatteignable quelques années plus tôt. Et en 2012, un billet au-dessus de la barre de 500 $ n’est plus de la fiction.

Pourtant, en 1994, nous avons été renversés quand les Eagles ont mis en vente des billets privilégiés (V.I.P.) à 135 $ pièce en vue de leur tournée de retrouvailles Hell freezes over. Petite mise en contexte : cette année-là, on pouvait voir Hole pour 15,85 $ au Métropolis, John Mellencamp pour 55 $ au Forum de Montréal et les Rolling Stones pour 50 $ au parterre du Stade olympique.

Nous nous disions que les billets à 135 $ des Eagles n’allaient jamais trouver preneur. Erreur. Ils ont été les premiers à être vendus pour chacun de leurs spectacles. Tous les artistes en ont pris bonne note.

Spirale inflationniste

Personne n’est obligé d’assister aux spectacles de vedettes internationales dont les meilleurs billets vont de 200 $ à 750 $, ce qui est
le cas des Stones, de Madonna, d’Elton John et même de U2. Cela dit, la spirale inflationniste des billets pour voir les grands de ce monde a un effet sur l’ensemble de l’industrie. Et elle pourrait même en avoir un sur l’industrie musicale québécoise.

Ce sont les artistes ayant des décennies de notoriété qui proposent des sièges à fort prix, dit-on. C’est en partie vrai. Personne ne s’étonnera du prix des meilleurs billets de Bon Jovi (177 $) ou de Rod Stewart (166,50 $), qui seront au Québec au printemps. Mais la spirale inflationniste a, comme je le disais, atteint les jeunes artistes.

Le prix des meilleurs billets pour Lady Gaga (191 $) et Rihanna (165,50 $) est largement au-dessus du budget hebdomadaire des adolescentes qui iront les applaudir dans les arénas canadiens en 2013. Et quand on pense que les billets pour Pink (114 $) et Maroon 5 (104 $) sont, eux aussi, au-dessus de 100 $, cela fait réfléchir.

La rareté

Ces artistes venus d’ailleurs ont un atout dans leur manche : la rareté de leur présence sur notre territoire. Contrairement aux artistes d’ici, qui se produisent plusieurs fois chaque année sur nos scènes, les vedettes d’ailleurs viennent tous les deux, trois ou quatre ans, selon les aléas de leurs tournées.

Voilà pourquoi le public va les voir, en dépit du prix élevé des billets. Sinon, il doit patienter parfois jusqu’à quatre ans avant de revoir l’un de ses favoris. Les statistiques annuelles de l’Observatoire de la culture et des communications du Québec montrent que l’achalandage pour les spectacles internationaux anglo-saxons est légèrement en hausse, alors que celui pour les concerts des artistes francophones a chuté de quelque 15 % depuis 2 ans.

Ne cherchez pas midi à quatorze heures. Ce n’est pas une question de désaffection à l’égard de nos artistes. Il s’agit d’un des principes de base de l’économie : la rareté engendre l’engouement. Et aussi l’inflation…

C’est pourquoi le marché haussier des billets de spectacle n’est une bonne nouvelle ni pour le consommateur en général ni pour les artistes d’ici en particulier.

Quand un adolescent ou un jeune adulte sera allé voir Lady Gaga, Rihanna et un ou deux autres contemporains internationaux du même calibre en 2013, son budget «concerts» pourrait être bien mince pour les spectacles d’ici. Heureusement que nous avons des tas de festivals qui proposent des spectacles gratuits…