Blogue de Philippe Rezzonico

Des BD classiques à redécouvrir pendant les Fêtes

Vendredi 21 décembre 2012 à 15 h 17 | | Pour me joindre

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La BD Michel Vaillant (Photo : Dupuis 2012)

Si les célébrations de Noël et du jour de l’An sont d’ordinaire festives et propices aux retrouvailles, le temps des Fêtes est une période où l’on prend souvent un bon bouquin pour s’évader dans un autre univers. Et si l’on privilégie une bande dessinée, ce ne sont pas les séries qui manquent pour multiplier notre plaisir.

Depuis plusieurs années, un grand nombre de séries de l’âge d’or de la BD franco-belge ont été rééditées intégralement, particulièrement celles qui ont fait les beaux jours des illustrés Spirou et Tintin durant les années 1950, 1960 et 1960. Cela permet à des générations entières de lecteurs de redécouvrir des séries de leur enfance et aux nouvelles générations de découvrir les héros d’antan.

Toutes les rééditions n’ont pas eu droit aux mêmes standards de qualité. Beaucoup d’amateurs qui se procurent ces albums ont encore de vieux exemplaires amochés par le temps de ces BD lues et relues à satiété.

Comme incitation à se procurer à nouveau ces histoires connues, ce sont les suppléments comme les courtes histoires parues dans d’autres publications, les notes historiques ainsi que les dessins, croquis et reproductions inédites qui apportent une réelle valeur ajoutée à ces recueils.

Parmi la foule de rééditions de séries portant sur des personnages existant depuis plus d’un demi-siècle, un trio se révèle exemplaire. Présentation détaillée.

Le 7e tome de Michel Vaillant (Photo : Dupuis 2012)

Michel Vaillant, tome 1 à 18 : Si l’intérêt d’une réédition intégrale repose sur son contenu rare ou inédit, la série du pilote de course français est un modèle à suivre. La page de garde de chaque album réédité comporte une mise en contexte et un commentaire de l’auteur.

On apprend ainsi que l’idée pour Le pilote sans visage (1959) fut celle de Francine Graton, la femme de Jean; que le conseiller pour Les casse-cou (1962), le cascadeur Gil Delamare, s’est tué pendant la production du film Le Saint prend l’affût (1966) en doublant Jean Marais, et que le légendaire pilote Jacky Ickx a lui-même donné à Graton les précisions des révolutions tours/minutes du compteur de la F1 pour la séquence d’ouverture de Champion du monde (1975).

Les courts récits publiés en marge des albums respectent la chronologie de création, et l’on a rétabli l’ordre de parution de certains titres comme Panique à Monaco. Demeuré dans les tiroirs plus de 10 ans à cause d’un conflit entre Graton et son ancien éditeur (Le Lombard), ce titre retrouve ici sa place dans le tome 10 entre San Francisco circus (1975) et Les jeunes loups (1975).

Ajoutez à cela les pages couverture du Journal Tintin sur lesquelles Michel Vaillant apparaît, les couvertures originales comme celle de Route de nuit (1960), des dossiers complets sur l’évolution des voitures ainsi que des photos inédites, et vous avez là une réédition phénoménale.

Lectures essentielles : Les huit premiers tomes de la série qui survolent les années 1957-1974. La crème de la crème. Rien à jeter.

Le 5e tome de Buck Danny (Photo : Dupuis 2012)

Buck Danny, tome 1 à 7 : Rééditée une première fois durant les années 1980, cette nouvelle mouture des aventures du pilote d’avion de la Navy amorcée en 2010 se démarque par la qualité du papier utilisé qui a parfois des allures de manuscrit. On a reproduit les versos des albums comme ils étaient imprimés il y a 50 ou 60 ans. Splendide.

Les notes accompagnant les albums sont détaillées comme l’était la documentation de Jean-Michel Charlier touchant les avions et les porte-avions. En relisant les péripéties de Danny, Sonny Tuckson et Tumb Tumbler, on retrace l’histoire de l’aviation américaine et des coulisses de la BD européenne en parallèle.

Outre l’ajout des bandeaux de prépublication dans le journal Spirou et des couvertures d’albums en italien, on offre également croquis, histoires publiées dans l’éphémère magazine Risque-tout et des reproductions (dans le tome 6) de la correspondance entre Charlier et Albert Weinberg, le dessinateur de Dan Cooper.

Nous savions tous que Charlier scénarisait Buck Danny (dessins de Victor Hubinon) et Tanguy et Laverdure (dessins d’Albert Uderzo), mais peu de gens savaient que le prolifique Charlier avait joué au scénariste mystère avec Weinberg pour trois épisodes de Dan Cooper (Duel dans le ciel, Coup d’audace! et L’Escadrille des Jaguars).

De 1959 à 1961, Charlier a simultanément scénarisé les trois séries culte d’aviation de la BD européenne qui étaient prépubliées dans Spirou (Buck Danny), Tintin (Dan Cooper) et Pilote (Tanguy et Laverdure). Essayez d’imaginer ça aujourd’hui…

Lectures essentielles : L’intégrale 5, 1955-1956 pour les premiers épisodes avec Lady X (Menace au Nord, Buck Danny contre Lady X); L’intégrale 6, 1956-1958 et L’intégrale 7, 1958-1960 pour S.O.S Soucoupes volantes, Un prototype a disparu, Mission vers la vallée perdue et Prototype FX-13.

Le 7e tome de Spirou (Photo : Dupuis 2012)

Spirou, tome 1 à 12 : André Franquin n’a pas créé Spirou, mais c’est avec son coup de crayon que le comte Pacôme de Champignac, le Marsupilami, la journaliste Seccotine, le méchant Zantafio et l’indémodable Zorglub (imaginé par Greg, le papa d’Achille Talon) vont prendre vie.

Les premiers albums de Spirou et Fantasio de la période Franquin entre 1947 et 1950 étaient farcis d’histoires dépareillées, et cette réédition intégrale permet de redécouvrir tout le parcours de Franquin en chronologie, ce qui s’avère fascinant quant à l’évolution du trait de son dessin.

Farcies des reproductions de pages originales qui servaient aux recueils du journal Spirou, les albums sont dotés d’un graphisme magnifique. Et si, contre toute attente, Spirou a survécu à toutes les époques et est encore publié sous la plume de nouveaux auteurs et dessinateurs, son âge d’or, c’est celui de la période Franquin.

Lectures essentielles : Mystérieuses créatures, 1956-1958 qui comprend Le nid des Marsupilamis (l’origine du petit animal), Le voyageur du Mésozoïque (un dinosaure à Champignac) ainsi que La foire aux gangsters, le meilleur « polar » de Spirou, et Le mythe Zorglub, 1959-1960, qui comprend Z comme Zorglub, L’ombre du Z et La peur au bout du fil avec le comte de Champignac dément. Du bonbon.