Blogue de Philippe Rezzonico

Coup de coeur francophone : programmation modèle

Vendredi 9 novembre 2012 à 12 h 12 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Le chanteur Bernard Adamus. | Grosse Boîte

L’élaboration de la programmation d’un festival repose en bonne partie sur ses spécificités. Les festivals de musique, de cinéma, de danse et de littérature ne disposent pas des mêmes plateformes de diffusion et ne s’adressent pas nécessairement au même public.

Il y a donc des paramètres à respecter afin que l’événement soit un succès. À ce sujet, la programmation mise sur pied par le Coup de cœur francophone en 2012 n’est pas loin d’être un modèle du genre. Scrutons-en de plus près le mode d’emploi.

La pierre angulaire

Richard Desjardins | Photo : Olivier Samson Arcand

Tout festival doit avoir son événement phare ou sa série essentielle. Le truc incontournable que personne ne veut rater, qui est rassembleur auprès du public et qui obtient les éloges de la critique. Cette année, ce fut la série de cinq spectacles de Richard Desjardins présentée au Club Soda.

Il est vrai que l’obtention de deux Félix par Desjardins (pour son disque L’existoire et son spectacle) à moins d’une semaine de la première tombait à point. Mais les organisateurs du CCF avaient programmé la série des mois plus tôt, preuve de leur flair. Bilan : cinq soirs à guichets fermés.

Le spectacle d’ouverture

Un peu comme une victoire lors du premier match d’une longue série d’affrontements entre deux équipes sportives, le spectacle d’ouverture donne souvent le ton à un festival. La dernière chose que désire un organisateur, c’est que sa soirée d’ouverture soit un bide. Marie-Pierre Arthur a fait chou blanc au Gala de l’ADISQ en dépit de cinq nominations, mais sa popularité est grande depuis ses débuts artistiques. Lui confier la responsabilité du spectacle d’ouverture s’est avéré un choix audacieux et judicieux.

Les retrouvailles

Gros Mené, formé de Pierre Fortin, Fred Fortin et Olivier Langevin. | Cindy Boyce

La musique, c’est comme la vie. C’est cyclique. Il y a des tas de groupes qui se séparent pour se reformer un beau jour. Cette année, le CCF se devait d’attirer Gros Mené (Fred Fortin, Olivier Langevin, Pierre Fortin), dont les retrouvailles se voulaient l’un des plus gros événements de la planète rock québécoise cette année. Le festival a bien appâté son hameçon, et Gros Mené a généré la vague de fond attendue. Un grand coup.

Le spectacle hommage

Les festivals adorent mettre sur pied des spectacles uniques à leur événement. Ces spectacles de création sont parfois tellement populaires que les organisateurs doivent le reprogrammer l’année suivante. On l’a vu avec l’hommage à Gaston Miron Douze hommes rapaillés, présenté aux FrancoFolies trois années de suite.

Au Coup de cœur, on reprend en 2012 l’hommage collectif Danse Lhasa dance (9 et 10 novembre, Théâtre Outremont). Rien de tel que le retour d’une valeur sûre pour bonifier un festival. Soit dit en passant, le CCF vient peut-être de s’en dénicher une autre.

Le spectacle hommage à Sylvain Lelièvre (Jessica Vigneault, Annie Poulain et Philippe Noireaut), présenté en collaboration avec GSI musique et la Maison de la culture Maisonneuve, a été tellement populaire qu’on a refusé du monde à l’entrée. Du jamais vu au CCF. La prestation collective sera peut-être présentée dans une salle du quartier des spectacles en 2013.

Premières et lancements

Soyons francs. Il y a 10 ou 15 ans, certains journalistes affectés à la couverture musicale – comme l’auteur de ces lignes – pestaient quand les festivals montréalais incluaient trop de premières de spectacles et de lancements de disques d’artistes du Québec dans leur programmation.

Pas par manque d’intérêt. Que non! Mais trop souvent, ces événements étaient noyés dans la masse des spectacles d’artistes internationaux. Et on voulait voir ces derniers en priorité, car leur présence sur nos terres se faisait rare.

Les temps ont bien changé. De nos jours, les rentrées locales sont parfois plus courues que certains spectacles d’artistes venus d’ailleurs. Comme celle de Bernard Adamus, le vendredi (9 novembre) au Club Soda.

L’ami Bernard aurait pu, certes, faire la rentrée montréalaise de son album No2 hors festival, d’ici deux semaines par exemple. Mais Adamus a tout à gagner à s’associer à un événement de prestige qui fera d’emblée la promotion de son spectacle, sans compter l’encadrement qui s’y rattache.

L’inverse est tout aussi vrai. Pour le CCF, Adamus est l’une des grosses prises de 2012. Dans le contexte actuel où vendre des billets de spectacle est devenu presque aussi difficile que de vendre des disques, artistes et festivals ont plus d’intérêts communs que jamais.

Adamus, donc, mais aussi Alexis HK, Alexandre Belliard, Tristan Malavoy, Lawrence Lepage, Madame Moustache et Canailles, pour ne nommer que ceux-là, auront droit à une première ou à un lancement. Au total, le CCF en compte plus d’une vingtaine cette année.

Le but? Que le centre d’attraction de la musique francophone soit logé à la même enseigne durant une période donnée, ici du 1er au 11 novembre. Il s’agit d’un élément capital pour un festival ciblé comme le CCF et pour n’importe quel festival de genre, peu importe l’art proposé.

La prise de risque

Le rockeur Xavier Caféïne a charmé en présentant ses nouvelles chansons en mode acoustique.

Il va de soi qu’un festival doit prendre des risques et demeurer fidèle à son esprit. Xavier Caféïne, le rockeur déjanté, a charmé en présentant ses nouvelles chansons à paraître en mode acoustique. Il y a eu moins de monde que prévu au spectacle Jeunesse country d’Éric Goulet, mais pas moins de plaisir. Une belle affiche n’est pas toujours garante d’une salle comble.

En revanche, on s’attend à ce que le programme double Manu Militari/Koriass (9 novembre, L’Astral) fasse trembler la rue Sainte-Catherine. Et on pourra saluer Domlebo le chanteur – peut-être bien pour une dernière fois – avec la reprise de Chercher noise (10 novembre, Lion d’Or).

Le directeur artistique Alain Chartrand et le programmateur Steve Marcoux feront le bilan du Coup de cœur francophone la semaine prochaine, mais à la lumière des derniers jours, on s’attend à ce qu’il soit plus que positif.

C’est parfois le cas quand une programmation modèle a été mise sur pied. Bien des festivals, d’ailleurs, devraient s’en inspirer.