Blogue de Philippe Rezzonico

Gala de l’ADISQ : il y a de l’espoir, mais…

lundi 29 octobre 2012 à 15 h 24 | | Pour me joindre

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Cœur de pirate est repartie avec deux Félix dimanche. (Photo : David Champagne)

L’espoir fait vivre, dit-on. Nous avons le droit d’en avoir à la lumière du 34e Gala de l’ADISQ, qui a célébré les auteurs-compositeurs, cette race de créateurs qui n’a pas toujours occupé le haut du pavé lors de la fête annuelle de la musique québécoise.

Cœur de pirate (avec trois Félix), Richard Desjardins (deux), Avec pas d’casque (deux), ainsi que Vincent Vallières, Lisa LeBlanc, Fred Pellerin et Mes Aïeux ont été honorés, tant au sein de catégories reposant sur le vote du public que de catégories reposant sur le poids des ventes de disques et le vote de jurys spécialisés. Une belle représentativité sur la forme (les genres de musique) et le fond (la diversité des artistes). Mais il faut savoir lire entre les lignes.

Je disais dans ma précédente chronique rédigée au terme de l’Autre Gala, mardi dernier, que la notoriété pesait lourd dans l’exercice du vote à l’ADISQ. Il n’y a rien dans l’identité des lauréats de dimanche qui contredit cette affirmation.

Le phénomène Béatrice

Cœur de pirate n’a que 23 ans, mais elle a remporté le Félix de la révélation en 2009 et celui de l’artiste s’étant le plus illustré hors Québec en 2010. Il était logique qu’elle remporte encore une fois ce dernier Félix en 2012, en plus de ceux de l’album pop et de l’interprète féminine de l’année. Cœur de pirate, c’est l’équivalent québécois de la Britannique Adele. LE phénomène.

Avec désormais 10 Félix depuis 1999, Richard Desjardins ne manque pas de notoriété non plus. Fred Pellerin? Je pense que Fred pourrait produire ces jours-ci un disque où il réciterait le bottin téléphonique et tout le monde trouverait ça empreint de poésie. Je blague, bien sûr, mais la notoriété de Pellerin se mesure désormais à la puissance 10.

Vincent Vallières? Sa chanson On va s’aimer encore fut couronnée titre par excellence auprès du public en 2011. Son Félix d’interprète masculin en 2012 est le résultat direct de son premier Félix. Appelons ça l’effet d’entraînement lié à la notoriété.

Quant à Mes Aïeux, ils n’ont jamais perdu le Félix remis au groupe par excellence (2009, 2010, 2012) depuis que le lauréat de cette catégorie est désigné par un vote du public. Le groupe n’était pas en nomination en 2011. Et si Mes Aïeux n’avaient pas gagné ce Félix dimanche, il aurait été décerné aux Cowboys Fringants ou aux Trois Accords, pas exactement des groupes en manque de reconnaissance.

Les percées

Lisa LeBlanc a remporté le Félix de la révélation, comme prévu. La belle affaire… La révélation est, par définition, un nouveau venu. L’exception se produit quand un artiste figure dans cette catégorie à titre d’artiste solo après avoir passé des années au sein d’un groupe, ce qui n’est pas le cas de LeBlanc en 2012. On note que Lisa a été battue dans toutes les autres catégories (4) où son nom figurait.

Le groupe Avec pas d’casque, du chanteur et cinéaste Stéphane Lafleur (Photo : David Champagne)

Avec pas d’casque a réussi un doublé étonnant, certes. Tout comme Arcade Fire remportant le Grammy de l’album par excellence alors qu’ils étaient des milliers d’Américains rivés à la télévision à ne pas connaître le groupe, dimanche, au Québec, bien des gens se disaient : « Qui? Avec pas de quoi?! » Mais les Félix remportés par Stéphane Lafleur et sa bande (choix de la critique, auteur ou compositeur) ont été décernés par les critiques dans le premier cas et par un jury spécialisé dans l’autre. Pas de ventes de disques ni de vote du public, ici.

Cela représente un superbe couronnement pour un excellent groupe qui mérite d’être connu. Mais une percée pour Avec pas d’casque auprès d’un public plus large, similaire à celle de Karkwa, disons, n’est pas assurée pour l’avenir.

Bref, on peut se réjouir du palmarès 2012, mais il ne faut pas oublier… les oubliées.

Au cours de cette année où tout le monde insistait sur le nombre colossal de mises en nomination pour les artistes féminines, bien peu seront montées sur le podium dans les catégories autres que spécialisées (album alternatif, jazz, etc.). Marie-Pierre Arthur, Catherine Major et Ingrid St-Pierre ont été ignorées, et Lisa LeBlanc n’a récolté les honneurs que dans la catégorie révélation.

Les plumes féminines

Depuis une décennie, les femmes ont marqué le paysage musical québécois avec leur plume et leur musique, ainsi qu’avec leur vision particulière de la langue et leur sensibilité. On a observé le même phénomène aux États-Unis et en Angleterre.

Mais les auteures-compositrices n’ont pas eu une reconnaissance à cette mesure dans les catégories importantes de l’ADISQ. En fait, pas ou peu de reconnaissance du tout.

Depuis le Gala de l’ADISQ 2000, Mara Tremblay (deux fois), Catherine Major (deux fois), Diane Dufresne, Ariane Moffatt, Lhasa de Sela, Louise Forestier, Jorane, Kate et Anna McGarrigle, Lisa LeBlanc et Marie-Pierre Arthur ont été en nomination pour le Félix de l’année catégorie auteur ou compositeur. Bilan : 0 en 12.

Oui, comme je le disais plus haut, il y a de l’espoir. Mais si l’on tient compte du nombre de nominations féminines cette année à l’ADISQ, le palmarès 2012 n’est pas encore en phase avec la réalité de l’industrie.

Mais bon… On progresse. C’est déjà ça de pris.