Blogue de Philippe Rezzonico

FNC 2012 : de l’audace, de l’interaction et de la compétition

Mercredi 17 octobre 2012 à 11 h 06 | | Pour me joindre

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La nouvelle websérie Le Judas

L’industrie du cinéma n’a certes pas vécu la décroissance subie par l’industrie du disque depuis une décennie. N’empêche, comme celle de la musique, cette industrie culturelle cherche de nouvelles plateformes de diffusion pour son art. Le Festival du nouveau cinéma, par exemple, joue un rôle de défricheur avec sa section œuvres interactives/projets web.

De nos jours, presque tout contenu culturel passe par le web, même s’il n’est pas originalement prévu pour une diffusion sur cette plateforme désormais universelle. Musique, cinéma, télévision, arts visuels, littérature, jeux vidéo : tout fini par trouver une niche dans le cyberespace.

Depuis deux ans, le FNC innove avec un volet compétitif de ses œuvres interactives (FNC lab). Mesurez l’ironie… Le Festival des films du monde n’a plus de volet compétitif depuis longtemps, mais le FNC met l’accent sur la compétition dans une section peu orthodoxe, histoire d’attirer l’attention sur elle.

N’importe quel sportif vous le dira : un volet compétitif soulève toujours plus d’intérêt qu’un volet participatif. Pensez simplement aux matchs du calendrier régulier du hockey (ceux qui veulent dire quelque chose) par opposition aux matchs hors-concours, qui n’ont aucune signification.

Et si les artistes vous disent qu’ils sont heureux du simple fait d’être en nomination lors du gala de leur sphère d’activité, dites-vous que s’il n’y avait pas de gagnants à couronner, peu de gens regarderaient en direct le Gala de l’ADISQ, les Gémeaux et les Oscars.

Engouement

Cette année, 15 œuvres sont retenues en compétition au FNC, soit 50 % de plus qu’en 2011. Et le nombre d’œuvres soumises aux programmateurs était bien supérieur à ce nombre.

Cela va du film (Gol! Ukraine 2012) à la vidéo interactive (Sprawl II (Mountains beyond mountains) d’Arcade Fire) tout en passant par l’interface de jeux vidéo (Lives at war), le documentaire et les applications mobiles (Rivière perdues), et même le jeu en réalité alternée (Le Judas). Vous pouvez consulter la programmation complète ici.

Le Judas, justement, est une enquête policière interactive visant à découvrir parmi six suspects celui ou celle qui a commis un meurtre. Il y a 40 ans, ce concept existait déjà par l’entremise d’un jeu de société pour enfants et adolescents nommé Clue.

De nos jours, c’est une série web interactive qui sera diffusée dès le 23 octobre sur Radio-Canada.ca, et ce, pendant six semaines. On propose une conférence avec les créateurs de la série dès 13 h 15, le mercredi 17 octobre, au quartier général du FNC (175, avenue du Président-Kennedy), et le lancement du prologue avec participants est prévu à 19 h. Volet interactif est synonyme de volet participatif.

Nouveau public

Le film belge À perdre la raison

On s’entend que nombre de festivaliers vont au FNC pour voir les primeurs québécoises et internationales du cinéma d’auteur. Avec La mise à l’aveugle (Simon Galiero), La chasse (Thomas Vinterberg), Camille redouble (Noémie Lvovsky), À perdre la raison (Joachim Lafosse), The angel’s share (Ken Loach), Au-delà des collines (Christian Mungiu), Mars et Avril (Martin Villeneuve), Vous n’avez rien vu (Alain Renais) et Dans la maison (François Ozon), ce n’est pas les choix qui manquent.

Mais il est clair que le FNC dispose d’une plate-forme intéressante pour attirer le public vers de nouvelles formes de diffusion et, par ricochet, encourager les jeunes créateurs. Et c’est tout à l’honneur du FNC, dont il faut reconnaître la vitalité. Il n’y a rien de tel qu’un festival qui prend des risques afin de séduire le public.

On pourrait presque tracer un parallèle avec le bouillonnement de créativité qui prévaut ces temps-ci avec celui qu’on a connu il y a 30 ans alors que le vidéoclip était le nec plus ultra. Combien de jeunes réalisateurs de vidéoclips de naguère ont par la suite eu une carrière en qualité de réalisateurs au cinéma ou à la télévision…

C’est un peu le défi des créateurs, des programmateurs audacieux et des organismes qui offrent du financement de nos jours : trouver le véhicule, l’emballage, le contenant… Bref, trouver la meilleure façon de faire rayonner cette culture hybride, encore largement méconnue du grand public.

Du film classique aux nouvelles technologies, du documentaire à la fiction et du web au 3D, le FNC aime sortir des sentiers battus. L’industrie de la musique, passive, a été frappée de plein fouet par l’arrivée massive du web et du piratage, mais on sent que la frange audacieuse du milieu du cinéma – autre qu’Hollywoodien, cela va sans dire – veut prendre à bras le corps tous les dérivés qui existent pour créer d’autres formes de langages.

Bien sûr, on ne sait trop où cela va nous mener. Mais ne dit-on pas que le chemin à parcourir est parfois aussi intéressant que la destination?