Blogue de Philippe Rezzonico

Comiccon : le festival du collectionneur de l’univers parallèle

samedi 15 septembre 2012 à 12 h 44 | | Pour me joindre

Pour me joindre

 Faut-il acheter le numéro 79 de l’illustré Green Lantern/Green Arrow paru en 1970 et disponible à l’état presque neuf, attendre plus d’une heure pour obtenir l’autographe de Brent Spiner – Data, de la série Star Trek : the Next Generation -, ou débourser 10 $ afin de se faire photographier à côté de la Batmobile du film de 1989? Ce sont les interrogations existentielles qui meublent le quotidien des amateurs qui assistent au Comiccon de Montréal jusqu’à dimanche soir au Palais des congrès.

Véritable foire du super-héros et univers parallèle de la science-fiction, cet événement annuel  est pour certains l’équivalent de ce que représente le Salon du livre, celui de l’automobile ou de la mariée pour d’autres. Dans les faits, il est un peu les trois à la fois, quand on observe l’échantillonnage de ce que l’on y trouve.

A priori, l’objet qui donne son nom à l’événement, soit des dizaines de milliers d’illustrés américains. Ces comics dont les personnages-phares comme Superman, Batman et Spider-Man ont défini un pan considérable de la culture populaire nord-américaine.

Pour l’amateur, ces foires sont l’occasion rêvée de trouver l’illustré rarissime que l’on cherche depuis des années pour compléter une collection ou assouvir un désir immédiat de nostalgie quand on revoit un petit bouquin offert par son père il y a quatre ou cinq décennies. C’est également l’endroit idéal pour pulvériser son budget annuel de vacances.

Illustrés de prestige

Comme la monnaie et les timbres, les vieux comics qui remontent à la fin des années 1930 et 1940 ont pris une valeur phénoménale avec le temps. Chez plusieurs commerçants présents, on peut voir alignés sur des présentoirs des illustrés de Batman, Detective Comics et Actions Comics parus du temps de la Deuxième guerre mondiale qui valent plus de 1000 $ pièce.

Un commerçant s’est targué d’avoir pour plus de 300, 000 $ d’illustrés sur le plancher. Pas de doute là-dessus. Et ce n’était pas celui qui disposait des exemplaires les plus rares ni les plus coûteux. Au moins deux autres, dont le célèbre Harley Yee, qui vend des comics depuis la nuit des temps, le battaient de plusieurs longueurs. La valeur marchande combinée des illustrés regroupés au Palais des congrès ce week-end fracasse largement le million de dollars.

C’est sans compter les livres de prestige à couverture rigide, les recueils et l’interminable kyrielle des produits dérivés : statuettes, bustes et figurines de super-héros, de vedettes de la musique et du sport, affiches de cinéma, DVD, jeux vidéos, ainsi que tous les jouets liés à des séries-télévisées et à des films cultes. On peut facilement remplir son sous-sol de tout ce qui est disponible uniquement avec les produits des franchises de Star Trek et de Star Wars.

C’est renversant de voir qu’il y a une Barbie et un Ken « Star Trek » et de tomber sur des figurines de Kurt Cobain, le chanteur disparu de Nirvana, qui détestait la célébrité. Mais le jouet le plus remarqué est sans contredit le bouclier en métal du Capitaine America qui se décline en format junior et adulte. Si le Comiccon avait eu lieu en avril, les manifestants du printemps érable auraient pu en faire provision, tiens…

Les célébrités

Pour une tranche d’amateurs présents à ces foires, rien ne vaut le contact humain et le plaisir de rencontrer l’acteur ou l’actrice qui a campé un rôle dans une série culte. Deux heures après l’ouverture, vendredi,  la file d’attente pour faire autographier quoi que ce soit par le trio de Star Trek formé de Brent Spiner, John De Lancie et Will Wheaton était telle que le champion du monde du 100 mètres Usain Bolt aurait mis plus d’une minute à la dépasser. Oui, oui… Longue comme ça.

Je n’ose imaginer ce que ça va être samedi avec la présence commune des capitaines Kirk (William Shatner) et  Picard (Patrick Stewart). D’autant plus que les deux acteurs de Star Trek vont donner une conférence commune en soirée au cinquième étage du Palais des congrès, où rencontres et conférences s’enchaînent tout le week-end.

Ce sont ces rencontres qui attirent un flot d’amateurs toujours plus nombreux et qui font que le Comiccon va fracasser ce week-end son record de 22, 000 personnes établi l’an dernier. Désormais étalé sur trois jours, l’événement devrait accueillir de 35, 000 à 40, 000 visiteurs.

Si on peut se faire prendre en photo aux côtés de la mystérieuse machine de Scooby-Doo ou la Gran Torino de Starsky and Hutch, les visiteurs s’intègrent eux-mêmes à ce que l’on pourrait désigner comme étant le volet participatif.

Impossible de se promener dans les allées sans croiser Obi-Wan Kenobi, Batgirl, Batwoman, Phoenix, Robin, Spider-Man ou les soldats de l’empire du mal. Tiens, il y avait même les Ghostbusters…  Une chance que le règlement municipal de Montréal n’est pas appliqué au Comiccon car il y a une foule de gens masqués et des tas d’attroupements de plus de 50 personnes.

Le commerce

Les commerçants ont saisi le message. Un magasin spécialisé en costumes d’halloween figure au nombre des exposants. Clientèle cible, dites-vous? Et si maman cherche des vêtements originaux pour toute la famille, c’est l’endroit rêvé avec les tuques de Spider-Man, Batman et autres X-Men.

Si cela fait longtemps que les t-shirts de super-héros existent pour les tout-petits, il faut avouer qu’on a eu un choc en voyant des robes de chambre pour adultes aux couleurs des uniformes de Superman, Wonder Woman, Spider-Man et consorts.  Même le Joker…  Il faut croire que le commerce n’a jamais de limites.

Indépendamment de leur champ d’intérêt, des milliers de gens retourneront chez eux en ayant discuté avec William Shatner, obtenu l’autographe du dessinateur George Pérez ou pris une photo avec Jean-Pierre Talbot (le Tintin au cinéma) en compagnie de la fusée de On a marché sur la lune, histoire de plonger dans leurs souvenirs liés à cet univers parallèle et d’oublier leur boulot d’avocat ou de camionneur.

A chacun son salon, sa foire, son festival de prédilection et ses souvenirs. Moi aussi, tiens… Je n’ai pas pu résister au numéro 79 de Green Lantern/Green Arrow.