Blogue de Philippe Rezzonico

Des Gémeaux pour tout le monde… ou presque

mercredi 12 septembre 2012 à 12 h 37 | | Pour me joindre

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Pas moins de 93 prix Gémeaux seront remis en 2012. Quatre-vingt-dix-sept, en fait, en comptant les quatre prix spéciaux, incluant le Gémeaux attribué par le public pour son émission préférée. Évidemment, toutes ces statuettes ne seront pas décernées durant le 27e gala du genre, qui sera diffusé sur les ondes de Radio-Canada le dimanche 16 septembre. Cela dit, n’est-ce pas trop?

Certes, l’Association canadienne du cinéma et de la télévision (ACCT), qui régit les prix Gémeaux et Génie, regroupe un nombre colossal d’artisans. Les remises de prix sont divisées en trois événements distincts : la soirée des artisans et du documentaire (le 13 septembre), l’avant-première (le 16 septembre, ARTV, 15 h) et le gala en soirée (le 16 septembre, Radio-Canada, 19 h 30). Le modèle est le même que celui de l’ADISQ, qui remet, elle aussi, ses Félix en trois temps.

Sauf que l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo comptait 56 catégories à son gala de 2011. Ce nombre passera à 57 aujourd’hui (le 12 septembre) quand l’ADISQ dévoilera ses nominations en fin d’après-midi à Montréal. Les Gémeaux remettent 40 statuettes de plus. Est-ce justifié? Voyons ça de plus près.

Les nominations sont regroupées en quatre blocs : émissions, métiers, interprétation et, enfin, Internet et nouveaux médias. Dans le bloc émissions, on remet un Gémeaux pour la meilleure série dramatique et le meilleur téléroman, mais il existe également des prix pour les catégories suivantes : comédie, spécial humoristique, série humoristique, ainsi que série ou spécial de variétés ou des arts de la scène.

Aucune émission ou série n’est mise en nomination deux fois, preuve du nombre de productions de qualité et de leurs variantes (séries hebdomadaires, émissions spéciales annuelles), mais ça fait quand même quatre catégories où le rire est prédominant.

Il y a trois catégories pour les magazines : magazine culturel, d’intérêt social et de services. Le ton de ces émissions n’est forcément pas le même, mais les paramètres qui servent à les départager sont-ils si différents? Situation identique pour les documentaires : on y trouve les catégories culture, société et nature et science. À quand une catégorie téléréalité?

Dans la section métiers (les artisans), il y a 10 catégories pour la réalisation et cinq pour le montage. Il me semble qu’on pourrait regrouper la meilleure réalisation pour un magazine et une émission d’affaires publiques, non?

Quant au montage, on remet une statuette pour les dramatiques, une pour l’humour et les variétés toutes catégories, une autre pour les magazines, et d’autres pour les affaires publiques documentaires – émission et les affaires publiques documentaires – série. Ouf! Pourtant, les coiffeurs/maquilleurs et les créateurs de costumes n’ont droit qu’à une seule catégorie. Si j’étais eux, je me plaindrais…

Treize catégories d’interprétation

Pour l’interprétation, vous avez droit aux premiers rôles et aux rôles de soutien pour les deux sexes dans trois catégories (dramatique, téléroman, comédie). Et il y a l’humour – interprétation. Treize catégories au total. Aux Oscars, il y en a quatre…  Premier rôle et rôle de soutien hommes/femmes. C’est tout.

L’effet de rareté : c’est probablement la raison pour laquelle on se souvient plus souvent du gagnant de l’Oscar pour un premier rôle que de celui d’un Gémeaux.

Il y a trop de statuettes remises aux grands galas américains. Mais quelques catégories de pointe aux Oscars (meilleurs interprètes, film, réalisation, scénario original) et aux Grammys (meilleurs album, chanson, enregistrement) ont la particularité de mettre en compétition des films (drame, comédie, suspense) et des disques (pop, rock, rap, country) de différents genres. Ces catégories représentent le combat ultime. Le réel couronnement. La coupe Stanley. Le Super Bowl.

Pourquoi les Gémeaux n’auraient-ils pas une catégorie du meilleur acteur, indépendante du genre de l’émission, où Claude Legault (19-2) pourrait faire face à Antoine Bertrand (Les enfants de la télé), quitte à en sacrifier quelques autres en chemin? Dites-vous que les Américains qui n’avaient aucune idée de l’identité des membres d’Arcade Fire savent désormais qui est ce groupe. C’est ce qui arrive quand tu remportes la statuette de l’album de l’année, plutôt que de remporter uniquement le Grammy de l’album alternatif.

Vitrine et compétition

Il faut, bien sûr, comprendre à quoi servent les galas, sinon à présenter un bon divertissement à la télévision : à faire rayonner la culture et le talent d’ici (productions, musique, cinéma, humour) et à permettre, par la bande, à tous les artisans de négocier de meilleures conditions de travail.

Ces statuettes de prestige permettent souvent de négocier de meilleurs contrats, parfois, d’en obtenir un autre, et de proposer des projets phares selon sa spécialité (acteur, monteur, producteur).

Aucune intention ici de dénigrer l’excellent travail de tous les gens de talent en nomination aux Gémeaux, loin de là, mais on a l’impression que l’ACCT multiplie les catégories afin de permettre à un maximum d’artisans de rentrer à la maison avec le sourire.

Je ne peux m’empêcher de penser à un vieux proverbe militaire : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. » Quand on remet 97 statuettes en quatre jours, je me dis qu’en définitive, on amenuise le prestige d’un bon nombre d’entre elles.