Blogue de Philippe Rezzonico

Madonna, l’incomprise

mardi 28 août 2012 à 12 h 31 | | Pour me joindre

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Comme toutes les tournées de Madonna, la caravane MDNA qui passera à Montréal (jeudi) et à Québec (samedi) arrive dans la Belle Province précédée de son lot de controverses. Championne toutes catégories de la mise en marché à grand renfort de coups d’éclat depuis trois décennies, Madonna Louise Ciccone se pointera au Centre Bell et sur les plaines d’Abraham avec une image particulièrement amochée au plan médiatique.

Controverse avec les lobbys arabes, le parti d’extrême droite de France, les autorités écossaises, ainsi que le gouvernement et les lobbys pro et antihomosexualité russes : Madonna n’a pas fait dans le détail, s’aliénant une foule de gens, même ceux qui semblaient d’emblée acquis à ses causes, à savoir, ses fans. Un peu comme si ses positions politiques, sociales et même artistiques étaient de moins en moins rassembleuses.

Les controverses politiques

L’image de Marine Le Pen avec une croix gammée sur le front présentée dans certains concerts de Madonna

L’Américaine a symboliquement amorcé sa tournée MDNA à Tel-Aviv (Israël) le 31 mai, précisant que ce premier spectacle se voulait un concert pour la paix. Joignant le geste à la parole, elle a offert quelque 600 billets gratuits à des groupes pro-israéliens et proarabes. Pas de discrimination. Le forum de paix palestino-israélien NGO a accepté les billets, mais d’autres groupes d’allégeance arabe ont refusé la gracieuseté, dénonçant au passage l’absence de position ferme de la chanteuse dans ce conflit séculaire.

Le soir de cette première à Tel-Aviv, durant l’interprétation préenregistrée de Nobody knows me, les spectateurs ont pu voir sur grand écran l’apparition d’une croix gammée virtuelle sur le front de Marine Le Pen, chef du Front national.

En dépit des protestations officielles formulées par le parti d’extrême droite français, Madonna n’a jamais retiré l’infâme croix de la vidéo, et cette dernière était toujours bien visible lors du spectacle présenté au stade de France, le 14 juillet. Le Front national a engagé une poursuite contre la chanteuse.

Les armes à feu

En juillet, Madonna s’apprêtait à présenter son spectacle à Édimbourg (Écosse) quand les autorités policières ont fait savoir à l’artiste qu’il était préférable de ne pas brandir d’armes à feu – même factices – sur scène. Les pistolets, révolvers et les fusils mitrailleurs sont utilisés durant les numéros des chansons explicites que sont Revolver et Gang bang, ainsi que pour Girl gone wild.

L’affaire a fait grand bruit, car ce spectacle était donné au lendemain de la tuerie survenue dans un cinéma d’Aurora, au Colorado, qui a fait 12 morts.  Madonna a refusé de modifier ses numéros, prétextant qu’ils avaient été présentés de cette façon dans toutes les autres villes.

Pour avoir vu lesdits numéros lors du passage de la tournée à Amsterdam, disons que l’utilisation des armes est violente dans Girl gone wild (des vitres volent en éclats), foncièrement théâtrale durant Revolver et particulièrement réaliste dans Gang bang, où chaque tir s’accompagne d’une giclée de sang sur grand écran. Je réédite ma mise en garde : ce spectacle n’est pas destiné aux jeunes adolescentes, qui adorent Madonna.

Le bide de l’Olympia

Jusque-là, on note que ce sont des autorités, des partis politiques et des groupes de pression qui réagissaient. Le fan, lui, était le plus souvent comblé par la tournée MDNA, jusqu’à ce spectacle prévu à l’Olympia de Paris qui a tourné à la catastrophe.

Seule prestation offerte dans un club jusque-là, cette dernière s’est terminée en queue de poisson quand Madonna a quitté la scène après 45 minutes. Avec une gamme de billets allant de 89 à 276 €, ça fait cher la minute… Huées et demandes de remboursement se sont fait entendre. Pour le remboursement, les fans pourront repasser…

 

Est-ce que ce bide auprès de ses fans français a incité l’artiste à calmer le jeu? Toujours est-il que le 21 août, à Nice, lors de son troisième passage en sol français, la croix gammée qui apparaissait sur le front de Marine Le Pen a été remplacée par un point d’interrogation. Il sera intéressant de voir quelle séquence vidéo sera vue au Québec.

La controverse gaie

Au début d’août, Madonna a annoncé qu’elle allait dénoncer la loi visant à interdire la « propagation de l’homosexualité » et la « promotion du mode de vie gai »  adoptée par la Ville de Saint-Pétersbourg (Russie) en mars dernier. L’artiste a fait distribuer des bracelets roses aux spectateurs venus à sa prestation du 9 août, incitant ces derniers à les porter en guise de soutien à la communauté homosexuelle.

On s’attendait à ce que les autorités de Saint-Pétersbourg n’apprécient guère le geste et que les activistes antihomosexuels n’approuvent pas cette initiative, mais même les activistes progais  ont accusé Madonna d’opportunisme, précisant « qu’il faut plus que quelques mots entre deux chansons » pour soutenir la communauté homosexuelle russe.

De plus, des activistes russes de groupes ultranationalistes ont engagé une poursuite en justice et réclament 800 000 € à la chanteuse pour avoir fait la promotion de la cause gaie devant les adolescents qui assistaient à son spectacle. Quand ça va mal…

Ça, c’est sans compter tous les spectacles où elle a montré ses seins ou ses fesses, la présentation du spectacle en Pologne le soir du 1er août – date d’une tragédie de guerre historique dans ce pays – et l’annulation des spectacles en Australie.

Limites dépassées? 

Certains diront que Madonna a dépassé les limites, même pour une artiste de sa stature. D’autres estimeront qu’à force d’avoir joué la carte de la provocation à outrance depuis 30 ans, il vient un moment où l’on rate la cible. Plus personne n’y croit. Plus personne n’y adhère.

On verra bien si Madonna va donner une touche québécoise à ses spectacles prévus cette semaine. Depuis des mois, elle fait inscrire dans son dos des mots (Pussy Riot) ou des slogans (No fear) qui affichent ses prises de position sociales et politiques.

Qui sait? Elle pourrait s’inviter dans la campagne électorale québécoise, à moins d’une semaine du vote… Un slogan anti-gaz de schiste ou un carré rouge, ça serait bien son genre, ça. Et à en juger par les réactions qu’elle provoque de par le monde, elle laisserait d’autres mécontents dans son sillage. Incomprise, Madonna? Elle n’en doute pas une seconde.