Blogue de Philippe Rezzonico

Les projets parallèles à la musique : dignes d’intérêt pour vous?

mercredi 25 juillet 2012 à 11 h 57 | | Pour me joindre

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Le gazon est toujours plus vert chez le voisin, dit-on. Ce proverbe s’applique depuis longtemps pour les artistes musicaux qui désirent que leurs oeuvres aient un rayonnement supplémentaire sur d’autres plateformes ou médiums (photo, animation, bande dessinée). Et ils prennent de plus en plus les moyens pour le faire.

Parmi les plus récents exemples, il y a Mylo Xyloto, de Coldplay. Titre de leur album de 2011 dont les compositions seront en vedette jeudi et vendredi lors de leur passage au Centre Bell, Mylo Xyloto est aussi le nom d’un personnage qui sera la figure centrale d’un projet de bande dessinée destiné à voir le jour en 2013.

Créé par les membres de Coldplay et Mark Osbourne, ce projet lié au disque tient à la fois de l’animation et de la BD. Dans l’entrevue que l’on peut lire au sein du site web de Coldplay, Osbourne (Kung Fu Panda, Bob l’éponge) explique qu’il voulait créer une sorte de Yellow Submarine d’un nouveau genre.

Monde imaginaire

L’action se passe dans une ville nommé Silencia (imaginez New York ou Londres) dénudée de couleurs vives, où Mylo Xyloto, un Silencer (un New-yorkais ou un Londonien de l’avenir), va découvrir que ce qu’il a combattu toute sa vie (les sons et les couleurs) ne sont pas les ennemis annoncés.

Les membres de Coldplay ont créé un monde imaginaire avec Mylo Xyloto. Photo courtoisie EMI.

Les couleurs en question, ce sont celles qui colorent – c’est le mot – le recto et le verso de la pochette de l’album physique de Coldplay ainsi que le livret inséré dans le boîtier. Les sons, ce sont bien évidemment les compositions du cinquième disque des Anglais. Selon Osborne, le volet visuel a été réalisé simultanément avec la création des chansons.

 

Six tomes de BD seront donc lancés en 2013, mais des éléments du concept se retrouvent dans le spectacle de Coldplay.

On sait que les bracelets électroniques qui seront remis aux spectateurs à l’entrée sont importants au plan de la lumière, sans compter les confettis aux couleurs de néons et les balles de mousse.

Reste à voir jusqu’à quel point la musique est bien servie par la production durant la prestation. Il est arrivé au cours des ans qu’un enrobage de scène « vole » en partie le spectacle à la musique : U2, au stade olympique en 1997, pour la tournée Pop Mart, par exemple.

Frontières floues

Cela dit, jusqu’à quel point ce projet (la BD à venir) est complémentaire ou parallèle au disque? Les frontières sont de plus en plus floues, rayon création, entre une oeuvre et ses dérivés. Aujourd’hui, on ne sait plus trop quel projet nourrit l’autre.

Yellow Submarine fut bien plus un film d’animation qu’une chanson en 1968. On vient d’ailleurs de lancer un DVD avec restauration numérique image par image du film.

En 1992, Madonna lançait le disque Erotica. Avec le recul, il faut admettre que l’on a parlé autant – sinon plus – du livre de photos érotiques à saveur sado-masochiste Sexe (Warner Books) qui accompagnait l’album que du disque lui-même.

Cycle créatif

En 2009, Daran a vu certaines de ses chansons transposées dans une bande dessinée (Couvert de poussière) par le dessinateur Michel Alzéal. Il s’agissait d’une adaptation de compositions existantes, mais le Français désormais installé au Québec a réenregistré ses chansons pour une compilation du même nom, puis renvoyé l’ascenseur aux artistes visuels en s’adjoignant un peintre qui reproduisait les thématiques de ses textes durant ses spectacles. De la musique à la BD, puis de la musique à la peinture : puissant cycle créatif multimédia, s’il en est un.

L’an dernier, Moby a mis en marché le disque Destroyed. Le coup d’éclat pour nombre de fans fut toutefois le bouquin massif de 128 pages mis en marché en parallèle (éditions Damiani) qui comprenait 55 photos de villes, lieux urbains ou paysages qui avaient inspiré l?auteur-compositeur et DJ pour la création de chansons.

Et, bien sûr, comment passer sous silence Gorillaz, le projet de Damon Albarn, leader de Blur, et de Jamie Hewlett, dessinateur de Tank Girl, où les membres virtuels sont représentés comme des personnages de bande dessinée. Amorcé en 2001, ce projet est peut-être l’un de ceux qui a fusionné avec le plus de succès trois médiums distincts : musique, animation et BD.

Projets parallèles, projets intégrés ou projets complémentaires? Peut-être bien que les créateurs eux-mêmes auraient du mal à le dire. Mais pour vous, amateurs de musique, ces projets connexes vous attirent-ils autant que la musique de ces artistes?