Blogue de Philippe Rezzonico

Exclusif (3 de 3) : Madonna à Amsterdam, le spectacle

lundi 9 juillet 2012 à 3 h 38 | | Pour me joindre

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@ AFP / Jack Guez | Madonna lors de la première de son spectacle MDNA à Tel Aviv.

Amsterdam – Toujours provocante, controversée, sensuelle, désormais fragile et affichant une forme physique digne d’une athlète olympique, Madonna célèbre toutes les facettes de son ADN avec sa tournée mondiale MDNA, qui passera au pays cet été. Une virée qui plaira assurément aux inconditionnels de la grande dame de la pop en raison de ses choix esthétiques et éditoriaux, mais qui est moins fédératrice et rassembleuse que les précédentes au plan musical… exactement pour les mêmes raisons.

Bâti sur une thématique durant laquelle le spectateur suit le parcours d’une femme qui s’égare sur le chemin du pêché, mais qui aura droit à la rédemption après 1 heure et 55 minutes de prestation, ce spectacle vu dimanche dans le Ziggo Dome, à Amsterdam, est découpé en 4 blocs distincts, comme tous ceux de la madone depuis une bonne décennie.

Cela facilite les changements de costumes, certes, mais cela permet surtout à l’Américaine de façonner des regroupements de chansons où ses immortelles se fusionnent avec les compositions de son plus récent disque, MDNA, qui comptent pour le tiers du concert.

Choix éditoriaux, disais-je. Pour la première demi-heure, la violence tient le haut du pavé. Arrivant sur scène juchée sur une plateforme surélevée dans un décor d’immense chapelle gothique, Madonna fracasse des vitres avec une mitraillette durant Girl gone wild, fait semblant de tirer dans la foule, et abat près d’une dizaine de cambrioleurs masqués lors de Gang bang, avant d’être ligotée et transportée à bout de bras par ce qui semble être des intégristes durant Papa don’t preach.

Pour le spectacle familial, il faudra peut-être repasser… Ou y penser deux fois avant de se pointer au Centre Bell et sur les plaines d’Abraham avec des jeunes enfants.

Même à Amsterdam, où le niveau de tolérance – pour les drogues et le sexe, notamment – est supérieur à celui de bien des villes dans le monde, nombre de spectateurs présents dans l’aréna situé à côté du stade de l’Ajax étaient stupéfaits.

Cinéma technicolor

De l’univers sombre et brutal où nous étions plongés, on a droit à un contraste frappant avec le deuxième tableau, où Madonna et sa bande de majorettes brillent comme dans un film technicolor avec le doublé formé d’Express yourself et de Give me all your luvin’. Turn up the radio n’est pas en reste, les quelque 15 000 spectateurs présents dans le Ziggo Dome battant la mesure de la chanson de façon frénétique.

On aura droit à un sympathique aparté quand Madonna annonce à la foule qu’un couple présent à l’avant-scène a une demande en mariage à formuler. Est-ce une coutume néerlandaise? Je l’ignore, mais c’est la dame qui a demandé le monsieur en mariage. Pas l’inverse ! Il a dit « oui !», mais le clou de la demande, ce sont les conseils prodigués par la chanteuse.

« Un conseil. N’allez jamais vous coucher quand vous êtes fâchés… Et puis un autre, tiens. Apprenez à dire : « J’ai tout gâché… » Et les amoureux ont eu droit à une jolie version de Masterpiece en guise de cadeau de noces.

Provocante

Un spectacle de Madonna sans sexe ni sensualité, c’est impensable. C’est le trait d’union du troisième segment qui s’amorce avec l’interprétation de Justify my love sur l’immense écran géant. L’artiste fait son entrée durant Vogue, chanson qui permettra d’apprécier les plus beaux costumes créés par Jean Paul Gaultier pour la tournée.

C’est également la portion de la soirée durant laquelle Madonna offre un strip-tease de grand cru pendant Human nature, alors qu’elle se livre à une danse poétique avec six grands miroirs. Graduellement, il ne reste que le soutien-gorge – ce qui permet de lire le slogan « No fear » sur le dos nu de la chanteuse – et le pantalon. Et à Amsterdam, comme à Rome il y a quelques jours, elle abaisse le pantalon bien en dessous des fesses pour la plus grande joie du public.

Après s’être reculottée, Madonna amorce une étonnante relecture de Like a virgin. Exempte de son tempo trépidant, la chanson est métamorphosée en une version lente qui repose uniquement sur un piano et des cordes. Couchée ou à genoux durant l’interprétation, rarement Madonna est semblée aussi fragile durant toute sa carrière. Un grand moment.

Moins de symbolisme

Forcément, la dernière étape a été la plus remuante, mais nettement moins pétaradante que par le passé. I’m addicted n’est certes pas la meilleure des chansons de Madonna. I’m a sinner était pimpante, mais rien pour faire vibrer une salle. En revanche, Like a prayer, interprétée avec une chorale digne d’une église du sud des États-Unis, était du tonnerre. Tout comme le numéro final durant Celebration, qui repose sur l’une des meilleures chorégraphies du spectacle. Mais, globalement, cette fin de parcours était un peu mince.

Un ingrédient qui semble déficitaire à cette solide production est celui d’un symbolisme fort et percutant, comme lorsque Madonna s’était présentée sur une croix il y a deux tournées (Live to tell), ou quand elle avait arraché les perruques de ses sosies lors de la précédente (She’s not me).

Rien de majeur, mais pour une artiste qui a tout fait dans sa carrière, ce sont parfois un ou deux éléments-clés qui font la différence entre un très bon spectacle et un spectacle exceptionnel.