Blogue de Philippe Rezzonico

Controversée, Amélie Veille? Ben voyons…

mercredi 20 juin 2012 à 14 h 52 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Par Philippe Rezzonico

Qu’est-ce qui est permis à l’écran? Un peu comme un parent responsable qui est un filtre pour ses enfants quand vient le temps de déterminer ce à quoi ils peuvent être exposés, il y a des paramètres. À la télé, une chaîne publique et une chaîne privée n’ont pas nécessairement les mêmes balises. Un réseau généraliste et un réseau spécialisé non plus. Le degré d’audace et de frilosité varie, même s’il y a des règles de base similaires pour tous. De là à refuser la diffusion du clip de la chanson Mon cœur pour te garder, d’Amélie Veille, tourné lors du mouvement Occupons Montréal, c’est à n’y rien comprendre.

Ce refus initial, c’est celui de MusiMax qui remonte aussi loin qu’au 4 avril dernier, alors que le conflit étudiant et les manifestations à répétitions étaient amorcés au Québec. Le diffuseur a avisé la gérance d’Amélie Veille qu’il n’allait pas mettre le clip en ondes « pour ne pas susciter de controverse ».

La raison? Parce que le tournage avait été fait au parc Victoria en novembre 2011 avec les indignés d’Occupons Montréal. Cette histoire n’a été ébruitée sur les réseaux sociaux que ces derniers jours par mon collègue Jean-François Brassard, d’Échos Vedettes.

Controversée, Amélie Veille? Elle est bonne, celle-là… Il faut voir le clip de cette reprise de Mon cœur pour te garder, chanson popularisée en 1977 par Noëlle Cordier pour mesurer l’intention : solidarité partagée, amours de jeunesse et quête d’un monde meilleur.

Évidemment, maintenant que l’affaire est ébruitée et que les journalistes ont commencé à poser des questions, MusiMax a changé son fusil d’épaule. Jean-François Lisée, de L’actualité, en a notamment parlé sur son blogue. Le clip sera en rotation dès jeudi sur MusiMax, nous a confirmé la gérance d’Amélie Veille.

Ce n’est pas d’hier que certains clips sont mis à l’index avant leur diffusion initiale. Mais le plus souvent, il s’agit de clips à trop forte teneur sexuelle, faisant preuve de violence indue ou d’incitation à la violence. Ce n’est pas le cas ici avec Amélie Veille.

Interrogations légitimes

Cela dit, il est normal qu’on se pose des questions avant une diffusion. Prenons un clip tout récent, celui de la chanson Garde à vous, du groupe québécois Hôtel Morphée, qui sera sur le disque Histoire de fantômes, à paraître en septembre.

On y voit deux femmes maculées de sang se prendre à bras le corps, l’une d’entre elles baignant dans une mare de sang, visiblement morte. La tension sexuelle est palpable et il y a une notion de brutalité évidente. Au-delà des paroles, du sous-texte, du non-verbal, de la création artistique et de l’intention, je comprends qu’un diffuseur à qui on proposerait ce clip s’interroge. Surtout lorsque l’affaire de Rocco Magnotta – présumé meurtrier et dépeceur d’un étudiant montréalais – est sur toutes les lèvres.

Évidemment, à l’ère du web, vous aurez toujours l’occasion d’aller voir n’importe quel clip dans le cyberespace si ça vous chante, mais un télédiffuseur a des responsabilités qu’un site Internet n’a pas.

Tempête dans un verre d’eau, direz-vous, maintenant que la chanson d’Amélie Veille qu’on entend à profusion sur les radios commerciales depuis plus de deux mois va trouver sa niche à la télévision. Au contraire, c’est préoccupant.

Si un tel clip – totalement inoffensif à mes yeux – a été temporairement interdit des ondes télévisuelles, qu’est-ce qu’on va bientôt proscrire? Qu’on soit plus prudent quand le contexte social est explosif, je veux bien, mais il ne faudrait pas qu’on profite d’un climat instable pour filtrer ce qui n’a pas à l’être, pas plus qu’un bon père de famille ne doit enfermer ses enfants dans une tour d’ivoire.