Blogue de Philippe Rezzonico

FrancoFolies : une décennie de Pierre Lapointe…vue par Pierre Lapointe

mardi 5 juin 2012 à 12 h 39 | | Pour me joindre

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Par Philippe Rezzonico

Dix ans. Dix années sans interruption. Une décennie complète durant laquelle Pierre Lapointe a participé aux FrancoFolies de Montréal. Quand il montera sur la scène extérieure en face de l’esplanade de la Place des Arts, jeudi soir, Lapointe amorcera sa deuxième décennie de spectacles au festival montréalais de chanson francophone. Beau bilan, à tout juste 31 ans…

De la scène extérieure du Complexe Desjardins au Métropolis, en passant par le Monument-National, la salle Wilfrid-Pelletier et le Spectrum, Lapointe aura, de 2002 à 2012, participé à presque toutes les séries des Francos dans pratiquement toutes les salles: des séries thématiques, des programmes doubles, des productions exclusives, des spectacles de groupe, des participations à des collectifs… En tout, 10 spectacles différents en tant que tête d’affiche répartis sur 20 représentations, ainsi que 2 spectacles collectifs et une apparition lors d’une première partie. Qui dit mieux?

Artiste fonçant résolument droit devant lui, pas nostalgique pour un sou, Pierre Lapointe a accepté pour une rare fois, à notre demande, de regarder dans le rétroviseur, histoire de commenter a posteriori son parcours épique. Regard de l’intérieur, coup d’œil privilégié de celui dont des tas de spectacles – marquants – auront jalonné l’histoire des FrancoFolies de Montréal.

2002

Scène extérieure, Complexe Desjardins (25 juillet)

Je sortais de Granby. Je me souviens de la scène rose et turquoise [rires]. C’était probablement un de mes tout premiers shows. Je stressais beaucoup. Même s’il n’y avait pas Facebook pour mesurer l’impact après un spectacle, je me souviens qu’on avait ramassé pas mal de monde. J’étais avec Josiane Hébert à l’accordéon, et c’était la toute première présence de Philippe B à mes côtés. Je lui avais fait passer une fausse audition quelques jours avant, où il m’avait joué une toune de Tom Waits. Je lui avais dit de venir jouer avec nous. C’était le début de ce qui allait devenir la tournée Petites chansons laides.

2003

Scène extérieure, rue Jeanne-Mance (24 juillet)

Ma maquette – le CD maison Pierre Lapointe – venait de sortir. On réalisait qu’il y avait une masse de gens de plus en plus grosse devant nos scènes cet été-là. J’étais en jeans, avec un t-shirt de David Bowie, et je portais un bracelet noir. Je m’en souviens parce que c’est une des images qui sort le plus souvent quand on tape « Pierre Lapointe » sur Google. J’étais très, très stressé… C’était intense. Je me souviens qu’après le show, je suis rentré chez moi prendre un long bain chaud. Je n’étais pas loin de la crise d’apoplexie. Dis donc… Je ne suis pas sûr que c’est une bonne idée de parler de tout ça [rires]…

2004

Monument-National (du 29 juillet au 1er août)

Je m’en souviens comme d’une expérience très agréable. Tout commençait à s’installer. J’étais content du spectacle et de l’éclairage. Philippe Brault, à la contrebasse, venait de se joindre à nous. Partir de chez nous en métro ou en taxi pour aller s’installer en résidence dans un théâtre et se l’approprier, c’était une belle expérience. Je venais de sortir mon premier disque (Pierre Lapointe) et j’avais l’impression de faire de vrais shows pour la première fois. Nous étions sur le point d’amorcer les premiers spectacles de La forêt des mal-aimés. Un beau souvenir.

2005

Théâtre Maisonneuve (5 et 6 août)

Pépiphonique a montré au public où Pierre Lapointe voulait aller. À un moment donné, ça prend les moyens et le contexte. Les FrancoFolies m’ont toujours appuyé, et là, les gens ont pu voir ce que j’avais toujours voulu faire. Geneviève Lizotte, qui avait travaillé sur tous mes clips, était de l’aventure. Il y avait Philippe Brault, Guido Del Fabbro. On cassait sur scène les chansons à venir du disque La forêt des mal-aimés. J’avais même écrit une chanson, Le roi se meurt, expressément pour le spectacle. Ça a été le début d’un réel plaisir sur scène pour moi. On montait toujours des shows en très peu de temps, mais c’est là que j’ai réalisé que je pouvais fournir rapidement dans un contexte stressant et que mon corps pouvait assurer. C’est là le vrai début de Pierre Lapointe.

2006

Spectrum, Pierre Lapointe voit bleu (14 juin)

Métropolis, Pierre Lapointe voit rouge (15 juin)

Deux gros partys. Il y avait plein d’invités : Albin de la Simone, Geneviève et Mathieu, Dany Placard, Damien Robitaille, Malajube… C’était des spectacles collectifs qui me permettaient de montrer au public ce qui m’intéressait au plan musical, même si ce n’était pas ce à quoi les gens s’attendaient de ma part. Et l’aspect décontracté de ces shows cassait un peu l’image que je m’étais donnée jusque-là.

2007

Scène extérieure, rue Sainte-Catherine, Pierre Lapointe et l’Orchestre métropolitain (5 août)

Pierre Lapointe, aux Francofolies en 2007. (©Francofolies de Montréal, Jean-François Leblanc)

Ça fait déjà cinq ans? Je travaillais avec l’un des plus grands chefs de notre époque (Yannick Nézet-Séguin) et un formidable orchestre de 80 musiciens, mais j’avais peur qu’il n’y ait pas de monde. En après-midi, je regardais dehors toutes les heures et j’appelais ma sœur pour lui dire qu’il n’y avait pas tant de monde que ça. Elle me disait que non, non… qu’elle était sur le site et qu’il y avait bien du monde.

Il y avait aussi du stress à cause du risque de pluie. S’il pleuvait : pas de show et pas de disque du spectacle. Tout tombait à l’eau. Mais quand je suis arrivé sous la scène, quelqu’un m’a dit qu’il avait rarement vu tant de monde. Curieusement, ça m’a rassuré.

Durant le show, un spot de lumière a brûlé au-dessus de moi pendant que je chantais L’endomètre rebelle. J’ai demandé à un technicien : « Vais-je mourir? » Il m’a répondu : « On ne sait pas, mais on me dit de continuer » Avoir tant de spectateurs devant moi, avoir tant de musiciens derrière moi, ce fut un grand moment de ma vie.

2008

Salle Wilfrid-Pelletier (du 31 juillet au 1er août, quatre représentations)

Mutantès, ça a été un an de création absolument extraordinaire. Je dis que c’est mon spectacle expérimental à grand déploiement. Mais une semaine avant la première, alors que j’étais en train d’essayer des costumes, quelqu’un dans l’équipe m’a fait remarquer qu’il n’avait « jamais vu une couverture de presse comme ça. Tout le monde dit que ça va être le show du siècle. » Et là, j’ai dit à tout le monde : « Gang, je n’ai plus de fun. »

Dans ma petite tête, j’avais oublié qu’on avait vendu 12 000 billets pour les quatre spectacles. J’avais oublié l’investissement financier des Francos… Je ne pensais plus à ça. Ça a été assez difficile, mais je suis fier d’avoir travaillé sur un projet de cette envergure. Ça a été pas mal le climax de ce qu’on peut faire avec un show.

Pierre Lapointe en 2009. (©FrancoFolies de Montréal, Jean-François Leblanc)

2009

Métropolis (2 août)

Les débuts de la tournée Sentiments humains et les retrouvailles avec ma famille musicale. Ce soir-là, j’ai trouvé le Métropolis plus difficile qu’avant. Peut-être parce qu’on présentait tout simplement notre show de tournée, contrairement à un spectacle fait spécifiquement pour les Francos.

Place des festivals (3 août)

J’ai été très heureux de cette participation avec Les Colocs (Poussières d’étoiles). Il y a des affinités entre nous. Tout le long de cette représentation, je me suis dit que j’aurais aimé rencontrer Dédé. On aurait eu des choses à se dire.

2010

Club Soda (15 et 16 juin)

La fin de la tournée Sentiments humains. Random Recipe était venu jouer avec nous. Ça a quand même été un moment assez triste parce que c’était la fin de la tournée. Il y a eu un gros party à l’hôtel avec quelque 200 personnes après le dernier spectacle. Et comme je ne bois pas, j’avais promis à tout le monde que j’irais me coucher le dernier. Ce que j’ai fait, à 5 h 30 du matin. Un moment mélancolique.

Théâtre Maisonneuve (19 juin)

La tournée Pierre Lapointe seul au piano s’amorçait pour de bon. J’étais un peu stressé. C’est grand, le Théâtre Maisonneuve quand on est tout seul sur scène…

Pierre Lapointe en 2011. (©FrancoFolies de Montréal, Victor Diaz Lamich)

2011

Salle Wilfrid-Pelletier (première partie de Jeanne Moreau et Étienne Daho) (11 juin)

Rien à voir avec le spectacle de l’année d’avant. Rendu là, j’avais 80 représentations derrière moi et j’étais dans des pantoufles.

2012 (à venir)

Scène extérieure, rue Sainte-Catherine (7 juin)

Ça va être les hits de Pierre Lapointe, de retour avec son band avant des retrouvailles en studio la semaine d’après. Pas de temps mort. Je me souviens des shows de Jean Leloup quand il jouait ses succès en cascade. Ça va être un spectacle accessible où tous les fans de Pierre Lapointe vont se retrouver. Il va y avoir des guitares et des basses électriques. J’ai quand même des chansons assez agressives : L’endomètre rebelle, L’enfant de ma mère… Ça va réveiller tout le monde. Et s’il y a des casseroles, elles joueront avec nous.