Blogue de Philippe Rezzonico

Loi 78 : les festivals au centre-ville de Montréal compromis?

mardi 22 mai 2012 à 10 h 45 | | Pour me joindre

Pour me joindre

La loi 78 du gouvernement Charest, avec ses nouvelles dispositions touchant les manifestations au Québec, est en vigueur depuis vendredi. À la lumière des événements incendiaires qui se sont produits à Montréal ce week-end, nous avons tous constaté que la paix sociale n’est pas exactement au rendez-vous. Ce qui nous amène à cette interrogation : les festivals extérieurs tenus au centre-ville montréalais sont-ils compromis?

La question mérite d’être posée.

Depuis un mois, ce sont des milliers de personnes qui déambulent chaque soir dans les rues de Montréal lors de manifestations dont la tournure est variable. Or, dans un peu plus de deux semaines, soit le jeudi 7 juin, ce sera la soirée d’ouverture des 24e FrancoFolies de Montréal.

Dans les semaines et les mois à venir, les FrancoFolies, le Festival international de jazz de Montréal et le Festival Juste pour rire vont attirer des foules allant de 50 000 à 100 000 personnes sur une base quotidienne au cœur de la métropole.

Les représentants de la CLASSE ont annoncé lundi qu’ils refusaient de se soumettre à la loi 78 et qu’ils incitaient leurs membres à poursuivre les manifestations tout l’été. Peut-on assurer qu’aucune manif à venir n’aura de répercussions sur les événements tenus sur les sites extérieurs gratuits des festivals?

La question mérite d’être posée.

Le quadrilatère délimité par la rue De Bleury et les boulevards René-Lévesque, Maisonneuve et Saint-Laurent, désigné comme étant le Quartier des spectacles, va accueillir de cinq à dix fois le nombre de manifestants des dernières semaines, notamment sur la Place des festivals.

Qui plus est, toutes ces rues, boulevards et artères commerciales ont, un soir ou l’autre, été utilisés par des manifestants. À la lumière de ce que l’on vit en ce moment, peut-on croire que des spectacles extérieurs et des manifestations peuvent cohabiter simultanément à quelques rues de distance?

La question mérite d’être posée.

Doit-on craindre certaines formes d’associations d’idées? Le Festival Juste pour rire est commandité principalement par Vidéotron, une filiale du géant Quebecor, dont un établissement a été victime de vandalisme durant une manifestation. Juste pour rire pourrait-il être ciblé par les casseurs anticapitalistes qui s’infiltrent dans les manifs pacifiques?

La question mérite d’être posée.

Ariane Moffatt a dénoncé la loi spéciale en offrant une version aux paroles modifiées de sa chanson Jeudi 17 mai. Photo courtoisie.

Depuis le début de ce conflit, les artistes appuient en forte majorité les étudiants et s’opposent à la loi spéciale. Ariane Moffatt a modifié les paroles de sa chanson Jeudi 17 mai pour dénoncer la loi, les membres d’Arcade Fire ont porté le carré rouge à l’émission américaine Saturday Night Live et ceux qui suivent une pléiade d’artistes sur Twitter savent à quel camp la plupart d’entre eux appartiennent : à celui des étudiants et des opposants à la nouvelle loi.

Mardi après-midi, les organisateurs des FrancoFolies ont dévoilé le nom des artistes et groupes qui participeront à leur programmation extérieure. Loco Locass est du nombre. Quand le trio va chanter le 15 juin Libérez-nous des libéraux sur la place des Festivals devant 40, 000 spectateurs, incluant 28, 000 d’entre eux qui arboreront le carré rouge, parlera-t-on de manifestation culturelle ou de manifestation tout court?

La question mérite d’être posée.

Peut-être, en définitive, que je m’inquiète pour rien… Que je suis bêtement parano… Que le calme va prévaloir… Qu’il y aura des manifestations, mais pas sous haute tension… Que l’arrivée des festivals va inciter tout le monde à profiter de l’été en attendant la rentrée… Mais peut-être pas.

Je ne sais pas si les organisateurs des plus importants festivals de Montréal se sont posés la question de savoir si leurs événements pourraient être perturbés advenant des manifestations récurrentes. Bref, s’ils ont un plan B.

Je ne sais pas, mais il est temps de leur poser la question.