Blogue de Philippe Rezzonico

Génie et Gemini : le modèle américain?

mardi 8 mai 2012 à 14 h 42 | | Pour me joindre

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L’Académie canadienne du cinéma et de la télévision (ACCT) a annoncé la semaine dernière sans tambour ni trompette que les galas des Génie et des Gemini seront fusionnés dès l’an prochain. Dire que cette nouvelle n’a guère soulevé les passions est un euphémisme. Et pour cause.

Pas une vilaine idée en soi, cette fusion, histoire de relancer l’intérêt envers deux galas qui peinent à susciter les passions en dehors des cercles d’initiés. Le président de l’Académie, Martin Katz, a d’ailleurs précisé que la décision de réunir les deux événements a été prise à la suite de consultations dans l’industrie.

Comme on le sait, les Génie récompensent les artisans anglophones et francophones du cinéma canadien. Les Gemini, eux, soulignent l’excellence du travail des créateurs de la télévision et des médias numériques anglophones. Les Génie sont l’équivalent canadien des Jutra québécois, tandis que les Gemini sont le pendant anglophone de nos Gémeaux. Et c’est d’ailleurs une partie du problème…

Le Québec domine

Avec en lice des films tant anglophones que francophones, la soirée des Génie est souvent dominée par les films en provenance du Québec. Monsieur Lazhar (2012), Incendies (2011), Polytechnique (2010), C.R.A.Z.Y (2006), Les triplettes de Belleville (2005), Les invasions barbares (2004) et le bilingue Bon Cop Bad Cop (2007) – réalisé par un francophone (Éric Canuel) – ont tous obtenu le Génie du meilleur film lors des neuf dernières années. Sept statuettes en neuf éditions. Méchante moyenne.

Difficile, dans ce contexte, que les cinéphiles anglophones canadiens développent un sentiment d’appartenance envers leur cinéma national, hormis l’année durant laquelle un film d’Atom Egoyan ou de David Cronenberg prend l’affiche. D’ordinaire, l’eldorado du cinéphile canadien moyen se situe souvent au sud de notre frontière.

La statuette des prix Gemini

Le cas des Gemini est plus navrant. En 2010, le gala a été diffusé sur les ondes du réseau CTV… en même temps qu’un match de hockey opposant les Maple Leafs de Toronto aux Canucks de Vancouver, match diffusé à Hockey night in Canada. Bilan : une cote d’écoute de 363  000 spectateurs. Même en ajoutant les 34  000 fidèles qui ont assisté au gala par l’entremise de la chaîne câblée Bravo, nous sommes sous la barre des 400  000 téléspectateurs pour un pays de plus de 32 millions d’habitants.

Le gouffre

À titre comparatif, le gala des Gémeaux de 2010 a attiré 1, 3 million de téléspectateurs pour une population de quelque 7 millions de personnes au Québec. Plus quelques francophones hors Québec, il est vrai. Néanmoins. Mesurez le gouffre…

Si on transpose les cotes d’écoute des Gemini au prorata de la population du Québec (on divise environ par 4,5), on obtient une cote d’écoute inférieure à 90 000 téléspectateurs. Digne de la télévision communautaire, en somme.

Est-ce que ce regroupement en vue de ce gala présentement sans appellation qui sera diffusé le 3 mars 2013 constituera l’électrochoc souhaité? Pas sûr. Si, étant jeune, j’ai bien retenu mes leçons de mathématiques, une fois un, ça fait un, et zéro fois pas grand-chose, ça ne fait rien du tout.

Le format de diffusion n’est pas défini, mais ce que l’on retient surtout, c’est que ce couplage ressemble furieusement à un calque des People’s Choice Awards américains, où les prix sont remis autant à l’industrie cinématographique que télévisuelle, le concept de votation populaire en moins.

Peut-être est-ce exactement de ça que les Génie et les Gemini ont besoin : un coup de jeune, un nouveau look, une formule qui pourrait être rassembleuse. Mais en lorgnant vers le modèle américain, l’ACCT fait la démonstration que les Gémeaux et les Jutra possèdent une spécificité qui risque encore de faire défaut à ce nouveau gala sans nom.