Blogue de Philippe Rezzonico

Spectacles: le phénomène de l’effet tremplin

vendredi 27 avril 2012 à 13 h 40 | | Pour me joindre

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Par Philippe Rezzonico

Au 20e siècle, quand nous voulions voir un spectacle, nous avions intérêt à ne pas le rater au moment où la tournée s’arrêtait dans notre ville. Sinon, il y avait peu de chances qu’il repasse, sauf si on annonçait une rarissime supplémentaire. Et c’était vrai pour les artistes autant locaux qu’internationaux.

Il y avait bien les obligatoires exceptions qui confirment la règle, parfois quelques résidences, mais en général, c’était le plus souvent une affaire d’un soir. Au cours de la dernière décennie, la chute vertigineuse des ventes de disques a complètement modifié la donne quant à la réalité des spectacles. Il a fallu repenser l’approche de la scène et les artistes québécois ont de plus en plus bénéficié de ce qu’on pourrait qualifier d’effet tremplin.

Depuis des années, de lancement étoffé en première, de première partie en spectacle livré en tête d’affiche, ainsi que de festival en festival, on peut mesurer la progression d’un artiste ou d’un groupe lors d’un seul et unique cycle de création.

L’effet tremplin n’a jamais été aussi évident que ces derniers temps et le récent dévoilement des grilles de spectacles en salle des FrancoFolies de Montréal et du Festival international de jazz de Montréal (FIJM) l’a démontré comme jamais. Exemples.

Toujours plus gros

Catherine Major sera en spectacle aux Francofolies cet été

Catherine Major sera en spectacle aux FrancoFolies cet été

En février, Catherine Major s’offrait deux spectacles au Club Soda durant le festival Montréal en lumière (MEL). Critiques élogieuses. En juin, c’est elle qui présentera le concert d’ouverture en salle des FrancoFolies, au théâtre Maisonneuve.

Toujours au MEL, Philippe B. et le Quatuor Molinari interprétaient deux fois le même soir l’intégralité du disque Variations fantômes au Conservatoire. Critiques dithyrambiques. Tout ce beau monde est de retour au Club Soda durant les Francos.

Cœur de pirate ? Un gros Métropolis bondé durant MEL pour sa rentrée montréalaise. Le gros Métropolis – qui sera bondé deux soirs – l’attend encore aux FrancoFolies pour ses derniers spectacles avant la pause qui lui permettra de donner naissance à son moussaillon.

Coeur de pirate sera aussi aux FrancoFolies

Coeur de pirate sera aussi aux FrancoFolies

Richard Séguin nous présentait en novembre à L’Astral son disque Appalaches lors de Coup de cœur francophone (CCF). Le roi Richard sera de retour à L’Astral deux fois durant les FrancoFolies, pour les derniers spectacles de sa tournée.

Pour sa part, Vincent Vallières livrait son spectacle Au coin de la rue à L’Astral au CCF. Aux Francos, se sera au Club Soda.

Situation similaire pour Jorane. Son concert livré au Gesù avec I Musici à MEL sera repris à la Maison symphonique durant le FIJM.

Le Rat Pack? Il a brillé durant MEL. Cette fois, deux spectacles sont prévus au FIJM en juillet.

Les lancements-spectacles

Quand elle a lancé MA cet hiver, Ariane Moffatt n’a pas fait qu’un lancement. Rien de moins que deux soirs – avec spectateurs – au Rialto. Pour elle aussi, le Métropolis durant les Francos.

Patrick Watson vient de se payer des soirées au théâtre Corona le week-end dernier, pour le lancement de Adventures in Your Own Backyard. La salle Wilfrid-Pelletier l’attend au FIJM.

Au final, tout le monde y trouve son compte. Pour l’artiste, ça permet de faire vivre son spectacle et d’y apporter des variantes créatives en raison du déplacement de la production dans des salles plus vastes. Pour le public, c’est l’occasion de voir un show qui a généralement été encensé par la critique. Pour les producteurs ou les responsables de festivals, c’est s’assurer de salles bien remplies.

Et ça ne s’applique pas qu’aux artistes québécois. The Black Keys, principale vedette du festival Osheaga en août, était au Centre Bell en mars et en sera à son quatrième passage à Montréal en trois ans. Bon Jovi s’est payé cinq spectacles au Centre Bell en 2010 et 2011. Prince est revenu à Montréal (Centre Bell) en octobre 2012 après avoir offert deux prestations de nuit au Métropolis quelques mois plus tôt, durant le FIJM.

Qu’est-ce cela démontre? Qu’une tournée de qualité peut avoir plusieurs vies et que la scène demeure encore une valeur sûre pour l’industrie musicale.