Blogue de Charlotte Biron

En conclusion

Vendredi 26 août 2011 à 16 h 20 |

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En attendant le train, je gribouille la conclusion de cette aventure et je réfléchis au journalisme. Je calcule mentalement une équation irréductible.

Dans la nouvelle Le nez de Gogol, le nez d’un homme devient autonome. Il prend forme (oui, oui, vie) à côté de son propriétaire. J’adore cette nouvelle. C’est très bizarre. Ça se passe à Saint-Pétersbourg, et tout le reste est normal, à la limite, banal.

Si on considère faire carrière comme journaliste, on fait un trait sur le récit du sourcil qui fonde une famille à Rivière-du-Loup. Exemple au hasard.

Et alors? Pourquoi insister sur des métaphores et des caprices d’imagination, quand il y a pire à même le réel? Difficile effectivement de ne pas se laisser phagocyter par la réalité. Les Russes, par exemple, trempent plusieurs fois par année Lénine dans le formol pour le conserver comme neuf dans un cercueil de verre. Pas sûre qu’on aurait pu inventer ça.

D’un autre côté, de quelle réalité parle-t-on? Si du réel, le journalisme ne voyait que des banalités. Par manque de temps, le monde de l’information se borne-t-il à citer des hommes politiques, à balancer des statistiques et à répéter des idées préconçues?

Est-ce qu’une carrière de journaliste pourrait se réduire à courir des conférences de presse, à parler à une caméra et à mettre du fond de teint?

Est-ce que les journalistes ont seulement le temps pour la vérité des gens?

Finit-on par tordre la vérité pour faire quelques minutes d’information?

En fin de parcours, qu’est-ce qui l’emporte entre une histoire vraie ou une histoire sincère?

Être journaliste, n’est-ce pas rien savoir à propos de tout?

Vous savez, il est tard. Je pose toutes ces questions, mais je reste une irréductible optimiste, convaincue qu’un journaliste peut donner une voix aux gens. Faire le pont entre des kilomètres d’incompréhension. Émailler les rencontres dans le monde. Apprendre tous les jours. Avoir la chance d’organiser les histoires éparpillées des gens pour leur donner du sens. Les rapporter. Sonder. Découvrir. Écrire. Photographier.  

Entre autres, grâce aux gens du bureau de Moscou.

Je pars de la Russie avec beaucoup de questions en tête (vous avez vu), mais l’esprit libre. L’esprit libre parce que toute cette histoire d’âme russe, c’est réglé. Les Russes mettent beaucoup trop d’aneth dans leur cuisine. Voilà pour leur air tourmenté.

Encore merci tout le monde (Robert Quintal, François Paulin, Alain Lebel, Ximena Sampson, Aida Zenova, Bruno Maltais, Laila Maalouf, Éric Barbeau, Éric Lereste, Hélène Nepveu et Frédérick Lavoie, dont vous lirez le livre sur l’ex-URSS, qui sera publié dans peu de temps).

Charlotte Biron