Comme d’habitude ici, cette journée électorale s’est déroulée dans le désordre. Mais ce n’était pas un désordre joyeux comme en 2006 lors de l’élection de René Préval. À l’époque, si la pagaille et les bousculades étaient le lot d’à peu près tous les bureaux de vote, il régnait une bonne humeur, une sorte d’allégresse, car pour la première fois depuis le départ de Jean-Bertrand Aristide, les Haïtiens se donnaient eux-mêmes un nouveau gouvernement. Rappelons que de février 2004, date du départ d’Aristide, à février 2006, année où René Préval obtint le pouvoir, pendant deux ans donc, Haïti fut dirigé par un gouvernement de transition qui avait été imposé par la communauté internationale aux citoyens du pays.
René Préval représentait une certaine continuité par rapport à Jean-Bertrand Aristide, il avait été son premier ministre et lui avait déjà succédé comme président. Élire Préval en 2006 c’était un peu réélire Aristide et c’était surtout s’assurer la tranquillité des partisans du président déchu. Jusqu’au 12 janvier 2010, la présidence de René Préval fut relativement tranquille, mais tout changea après le tremblement de terre.
Les Haïtiens lui reprochaient d’être invisible, de ne pas parler au peuple, de ne pas le rassurer. Et c’est vrai que pour les étrangers, présents dans les heures qui suivirent le séisme, ce silence paraissait étrange. Je me suis souvent posé la question sur la réaction qu’aurait eue un dirigeant d’un État riche si son pays avait vécu la même catastrophe. Imaginez : plus de 200 000 morts, 1,5 million de sans-abri dans une capitale qui en comptait déjà beaucoup, et la grande majorité des infrastructures détruites.. Comment aurait réagit, dans la même situation, un premier ministre ou un président d’un pays développé ?
Bien sûr le gouvernement de René Préval n’était en rien responsable du tremblement de terre, mais ce dont la population haïtienne se souvient aujourd’hui c’est surtout le manque de réactions, d’initiatives de ses dirigeants pendant les jours, les semaines et les mois qui suivirent le séisme. Les candidats de l’opposition ont tablé sur ce sentiment pendant cette campagne électorale. Le mot d’ordre : changement ! René Martelly, un chanteur populaire reconverti dans la politique, parle de changement dans tous ses discours. Même chose pour Mirlande Manigat, ancienne première dame du pays. La question donc est la suivante : ce changement représente-t-il la fin d’une période, celle inaugurée par le premier président élu démocratiquement du pays, Jean-Bertrand Aristide ? Réponse dans quelques semaines…


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