Blogue de Mylène Briand

Saskatoon : la face cachée de la croissance

Mercredi 5 décembre 2012 à 21 h 51 | | Pour me joindre

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Née en 1984 en pleine récession, rien ne destinait la banque alimentaire de Saskatoon à la pérennité. Ses fondateurs jugeaient qu’au-delà de six mois, une autre solution devrait être imaginée. C’est pourtant en plein boom économique, 28 ans plus tard, que la population de cette ville de 222 000 habitants a plus que jamais recours à ses services.

Paradoxe? Parlons plutôt des effets secondaires d’une croissance en flèche, qui a fait grimper le coût de la vie et en contraint plusieurs à choisir entre se loger et se nourrir. C’est du moins un des éléments forts des témoignages entendus lors de ma visite de la Saskatoon Foodbank and Learning Centre.

Au cours de la dernière année, elle a servi plus de 808 000 kg de nourriture répartis dans 66 207 paniers alimentaires. Ce sont une centaine, parfois 200 personnes qui, chaque jour ouvrable, se présentent au comptoir pour requérir cette aide de dernier recours. Sachant qu’on ne peut s’en prévaloir que deux fois par mois, faites le calcul. Parmi les usagers, une grande majorité de familles : à quelque 67 000 reprises cette année, un panier devait permettre de nourrir un enfant pendant deux à trois jours.

Nécessité oblige, la banque alimentaire a toujours pignon sur rue. Elle a même fait le choix de s’ancrer davantage dans la communauté. Au fil des ans, elle s’est repensée comme centre de services intégrés de lutte à la pauvreté, afin de couvrir le problème sur tous les fronts et en mobilisant autant que faire se peut ce qu’il y a de forces vives dans le milieu. De la santé à l’éducation populaire, de la défense des droits au développement de l’employabilité, les projets sont nombreux. Parmi les derniers nés, une ferme urbaine (http://sfbgardenpatch.com/) qui a généré en trois ans quelque 55 000 livres de produits agricoles. Et un défi lancé à des personnalités publiques de la région de vivre une semaine avec un panier et de partager leurs réflexions sur un blogue (http://foodbasketchallenge.com/posts).

J’y ai croisé des gens aux parcours variés mais qui portent ce projet collectif chacun à leur manière : la directrice Laurie, qui sera mon guide;  Michelle, Graham, Melissa faisant rouler la production; Donna, Elizabeth et Sophie s’affairant dans la boutique; Jasmin, passionnée de jardinage, et Ryan, l’instructeur; Evelyn, coordonnatrice des bénévoles, qui aimerait bien en finir avec les inégalités sociales. Puis d’autres encore. Sans parler des bénévoles, qui fournissent des milliers d’heures par mois, amalgame improbable de gens aux réalités si différentes que rien, d’emblée, ne prédisposerait à réunir.

Ils m’ont bien accueillie, nouvelle recrue qui a rangé sa caméra pour relever ses manches. Une recrue moins efficace, certes, trop attentive à la composition de ses paniers. Dans l’un deux, ce jour-là, elle y a mis : des protéines en boîtes (thon, jambon, raviolis au bœuf, fèves au lard); 2 petites bouteilles de jus de pomme; 2 boîtes de soupe, l’une au poulet, l’autre aux tomates; champignons et pois verts en boîtes; 1 sachet de riz assaisonné; 3 petites boîtes de céréales; 1 sac de pommes de terre; 2 pots de yogourt; 1 sac de pains et une boîte de muffins. Et des poudings au chocolat. Tout au long de cette tâche, elle était bien tentée d’y ajouter quelques extras, se disant qu’après tout, le menu qu’elle confectionnait devrait peut-être nourrir une personne pour les deux semaines à venir…


Blogue du Food Basket Challenge : http://foodbasketchallenge.com/posts

Blogue de la ferme urbaine Garden Patch  : http://sfbgardenpatch.com/

Site de la Saskatoon Foodbank and Learning Centre : http://saskatoonfoodbank.org/