Les experts à qui j’ai parlé dans les dernières semaines semblaient croire à une sortie prochaine de la Grèce de la zone euro. Au moins 60 % des chances m’ont dit plusieurs. À la lumière des résultats électoraux de dimanche, c’est moins probable. Le parti Nouvelle démocratie, parti de centre droit en faveur de l’austérité, est arrivé en tête et tentera dans les prochains jours de former une coalition pour gouverner la Grèce.

Ça se fera sans le parti Syriza, la gauche radicale, dont la popularité a grimpé en flèche dans les dernières semaines et qui est arrivé au second rang, pas très loin de Nouvelle démocratie. Ce parti rejette l’austérité et avait prévenu que, s’il était élu, il n’allait pas mettre en oeuvre les politiques d’austérité négociées avec l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI).
Si le résultat électoral signifie que l’accord entre la Grèce, le FMI et l’UE demeure en vie, il ne veut pas dire pour autant qu’Athènes pourra maintenir un régime d’austérité encore longtemps. La population est fatiguée, l’économie pourrait bientôt ressembler aux vieilles ruines grecques qui attirent encore les touristes du monde entier, le chômage monte, les citoyens retirent massivement leur argent des banques.
« L’austérité n’a pas marché et elle ne marchera pas », disait le Nobel d’économie Joseph Stiglitz, cité par The Business Week et le Courrier international. Il a raison : trois années d’austérité n’ont fait qu’empirer les problèmes de la Grèce, des politiques menées par l’Allemagne, la banque centrale, l’UE et le FMI, qui avaient pour but de remettre de l’ordre en Grèce et d’éviter une contagion de la crise de la dette. Or, dans les derniers jours, un quatrième pays a obtenu un soutien financier des autorités européennes. Jusqu’à 100 milliards d’euros seront versés à l’Espagne pour appuyer ses banques aux prises avec de mauvaises créances hypothécaires. Les coûts d’emprunt de l’Espagne, mais aussi de l’Italie, sont à des niveaux records depuis la création de la zone euro.
La solution selon plusieurs économistes, cambistes et autres spécialistes des marchés : annuler les dettes. Dans le cas de la Grèce, les créanciers privés ont annulé l’hiver dernier 53,5 % de leurs avoirs en obligations grecques. Un expert me disait récemment qu’il faudrait aller jusqu’à l’annulation de 80 ou 90 % de la dette grecque.
Pourquoi? Pour que la Grèce s’en sorte. Et parce que les coûts engendrés par la crise qui touche la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie, et qui a plongé la zone euro dans la récession, qui ralentit toutes les économies périphériques, y compris les plus grosses comme la France et l’Allemagne, sont plus élevés que le prix à payer pour boucher correctement le trou budgétaire.
Qu’est-ce qu’on attend? La zone euro a-t-elle le choix?
Environ 800 millions d’euros sont retirés tous les jours des banques par les citoyens grecs, qui ont perdu confiance dans leurs institutions et qui pariaient sans le souhaiter, jusqu’à dimanche à tout le moins, sur la sortie de leur pays de la zone. Dans cette éventualité, plusieurs ont fait le plein de liquidités en euros, par crainte que le retour de la drachme s’accompagne d’une chute de valeur spectaculaire de leur devise retrouvée.
Que vont faire les Espagnols? On rapporte déjà des retraits importants dans les banques. Que feront les Italiens, dont le pays est le prochain sur la liste à avoir besoin de l’aide de l’UE et du FMI? Et est-ce qu’on attend que la contagion atteigne la France?
Même avec la formation d’une coalition en Grèce, tout est à faire, tout est à refaire. D’un côté, l’Allemagne a besoin des pays d’Europe aujourd’hui en difficulté. C’est eux qui achètent une bonne partie de ses produits exportés. De l’autre, les pays au coeur de la crise ont besoin de l’euro, un projet qui se doit de passer à l’étape suivante : après l’intégration politique, l’intégration économique et fiscale. Les chefs en place, souvent motivés et tiraillés par des intérêts politiques locaux, auront-ils le courage de faire ce qu’il faut pour bâtir une zone solidaire, forte et cohérente?
Le résultat en Grèce donne une nouvelle chance à la zone euro de prendre les décisions qui lui permettront de survivre et de perdurer. Peut-on dire : c’est maintenant ou jamais?