Billets classés sous « Zone euro »

Il me semble qu’avant – vous savez avant notre époque qui se définit essentiellement par l’arrivée de centaines de postes de télé, par le World Wide Web et par les médias sociaux – avant, il me semble qu’on fermait les livres à la Saint-Jean et qu’on revenait en vie le lendemain de la fête du Travail. Et, encore, en juin, on se mettait en mode de ralentissement graduel et on prenait au moins deux semaines en septembre pour reprendre un rythme normal. Vous vous souvenez de cette époque?

Aujourd’hui, on est à « ON » 12 mois par année et ce n’est pas vraiment facile de se débrancher.

Alors, puisqu’il le faut, puisque l’actualité économique ne prend pas de vacances, voici cinq enjeux clés de l’économie à surveiller cet été.

  1. Les marchés : Depuis que la Réserve fédérale laisse entendre qu’elle va bientôt cesser de faire marcher frénétiquement sa planche à billets, la bourse se dégonfle ou donne des signes d’inquiétudes. Les propos de Ben Bernanke le 18 juin ont créé de la confusion : la Fed pourrait réduire son intervention dans les marchés d’ici la fin de l’année et arrêter tout ça l’été prochain. Le printemps s’est terminé sur une glissade boursière. Tous les signaux économiques et en provenance des membres de la Réserve fédérale pourraient provoquer une certaine volatilité sur les marchés financiers cet été.
  2. L’Europe : La moitié des pays sont en récession, les taux de chômage ne cessent de monter. Mais il y a quelques éclaircies, en Espagne notamment. Les dirigeants des pays en difficulté et les grandes organisations comme le FMI ont compris que l’austérité n’est pas le bon remède pour soulager les malheurs de l’économie. À surveiller donc : les projets de croissance de la France, au moment où le président Hollande est très impopulaire et que des mesures de stimulation économique lui sont réclamées. La zone euro va-t-elle s’enfoncer un peu plus encore ou verra-t-on apparaître des indices de stabilisation puis éventuellement de reprise?
  3. La Chine : Depuis plusieurs trimestres, les indicateurs économiques de la Chine sont moins forts qu’attendu. L’activité manufacturière est à son plus bas depuis neuf mois. Chaque donnée économique moins forte en provenance de la puissance émergente qu’est la Chine a un impact immédiat sur les marchés, les cours des métaux entre autres. La croissance du PIB demeure spectaculaire à 7 ou 8 %, mais la révision à la baisse des prévisions laisse entrevoir une demande moins forte pour les ressources mondiales, dont celles du Canada. À surveiller : les indicateurs économiques de la Chine vont donner le ton quant à la solidité de la reprise économique mondiale pour les années suivantes, d’autant que le premier client des Chinois, c’est l’Europe!
  4. Chez nous, la construction, les prix des maisons, la banque centrale, le dollar : Tout est lié. Nous en avons souvent parlé. L’endettement élevé des Canadiens est le premier danger pour notre économie et le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz a été clair : la croissance doit venir des entreprises et particulièrement des exportateurs. Il sera intéressant de voir dans le communiqué de la Banque du Canada le 17 juillet si l’évocation d’une hausse éventuelle des taux d’intérêt y figurera encore. Si Stephen Poloz veut aider les exportateurs, il sera sans doute tentant pour lui de repousser le plus tard possible la hausse des taux afin de ne pas créer de pression à la hausse sur le dollar canadien. À suivre aussi : les prix des maisons, les intentions de construction, les dangers de bulle dans le secteur des condos à Toronto et à Montréal.
  5. Libre-échange : le Canada va-t-il finir par conclure un accord de libre-échange avec l’Union européenne? Et si oui, à quel prix? Quelles seront les concessions? Sinon, comment sortir de cette démarche la tête haute? À quoi pourrait ressembler un accord incomplet, mais qui serait jugé satisfaisant pour les deux parties? Il sera intéressant de surveiller aussi les premières déclarations entourant le début des négociations entre les États-Unis et l’Union européenne en juillet.

En terminant, j’ai le plaisir de partager avec vous des réflexions comme ça plusieurs fois par semaine depuis maintenant sept ans, depuis 2006. C’est un immense privilège pour deux raisons : la première, c’est de pouvoir expliquer les choses, d’avoir de la place pour le faire. Et la deuxième, c’est de pouvoir vous lire, de parler avec vous et d’échanger des idées. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes une grande partie des sujets qu’on développe au module économie. Et c’est ainsi, je pense, que l’on réussit à remplir une mission essentielle au service public : vous donner la parole.

Merci, bon été. Continuez d’écrire ici, sur ce blogue, et de partager vos idées, vos suggestions, vos réflexions.

Déficits et dettes : les chiffres

Mardi 16 avril 2013 à 17 h 05 | | Pour me joindre

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Amateurs de chiffres, bonsoir!

Voici les prévisions du FMI en matière de déficit budgétaire et de dette publique pour plusieurs États du monde pour 2013.

Pour consultations et discussions!

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Déficit budgétaire (en pourcentage du PIB)

Japon : 9,8
Inde : 8,3
Irlande : 7,5
Royaume-Uni : 7,0
Espagne : 6,6
États-Unis : 6,5
Portugal : 5,5
Grèce : 4,6
France : 3,7
Canada : 2,8
Italie : 2,6
Chine : 2,1
Brésil : 1,2
Allemagne : 0,3
Russie : 0,3

Dette publique (en pourcentage du PIB)

Japon : 245,4
Grèce : 179,5
Italie : 130,6
Portugal : 122,3
Irlande : 122,0
États-Unis : 108,1
Royaume-Uni : 93,6
France : 92,7
Espagne : 91,8
Canada : 87,0
Allemagne : 80,4
Brésil : 67,2
Inde : 66,4
Chine : 21,3
Russie : 10,4

D’une campagne à l’autre…

Lundi 6 août 2012 à 10 h 53 | | Pour me joindre

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C’est un plaisir de vous retrouver après quelques semaines de vacances, un arrêt salutaire! J’ai eu chaud, j’ai voyagé, j’ai travaillé sur mon terrain à la campagne. Et maintenant, je me sens d’attaque pour reprendre le collier sur ce blogue, ainsi qu’à RDI et dans les téléjournaux. 
 
Pour la prochaine saison, qui s’amorce plus rapidement qu’on le croyait avec la campagne électorale, je vous promets encore beaucoup d’analyses et de mises en contexte. Je souhaite que l’on continue à avoir des discussions civilisées, constructives, toutes en nuance. Réflexion et profondeur nous apportent tellement plus que les opinions à l’emporte-pièce, vous ne trouvez pas?
 
Alors, déjà, il y a plusieurs propositions économiques dans le cadre de la campagne électorale. Je vais en parler sur ce blogue et à RDI Économie. Le Parti libéral propose d’indexer le tarif des garderies à contribution réduite, promet de faire baisser le taux de chômage à 6 % en 2017 et que l’économie du Québec va créer 250 000 emplois. Le Parti québécois veut revoir le système de redevances sur les ressources extraites et créer une Banque de développement du Québec, une sorte de guichet unique pour les PME. La CAQ centre son message sur l’encadrement des processus d’attribution des contrats publics et le financement des partis politiques. Je reviendrai plus tard sur les propositions des principaux partis ainsi que sur celles de Québec solidaire et d’Option nationale.
 
Et puis, on va suivre de près l’évolution des choses dans l’économie mondiale. La situation se dégrade encore en Europe et les autorités monétaires n’ont pas jugé bon intervenir cet été pour éviter une montée des taux d’intérêt de l’Italie et de l’Espagne. Le message est encore un message d’austérité. Dans un contexte de récession et de chômage, les exigences de la Banque centrale européenne pour intervenir sont remises en question et provoquent la déception des opérateurs de marché.
 
Je pense que nous aurons beaucoup de matière à discussion. J’attends vos suggestions aussi. N’hésitez pas à m’en faire!

Été 2012, entre chaos et espoir

Vendredi 29 juin 2012 à 11 h 06 | | Pour me joindre

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La première moitié de l’année 2012 se termine sur une note d’espoir. Les dirigeants européens sont arrivés à un accord qui établit une stratégie à court et à moyen terme. D’une part, l’Espagne obtient des pays de la zone euro un engagement pour que le fonds de soutien européen aide directement les banques du pays sans endetter l’État. Et l’Italie obtient que le fonds de stabilité européen rachète des obligations de la péninsule pour faire pression à la baisse sur les taux d’intérêt et les coûts d’emprunts.

Le président français François Hollande s'entretient avec le premier ministre belge, Elio Di Rupo et le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, à l'ouverture du sommet européen à Bruxelles, jeudi.

D’autre part, l’Union européenne a convenu de mettre en place un plan de croissance de 120 milliards d’euros. Il aura notamment pour objectif d’investir dans des projets d’infrastructures. Un plan de stimulation économique, finalement! Et ce plan a obtenu l’aval de Madrid et de Rome parce qu’une stratégie à court terme, pour réduire la pression des marchés, a été adoptée.

 

Voilà pour les bonnes nouvelles. Pour le reste, soyons bien honnêtes, l’été s’annonce difficile sur plusieurs plans :

  • L’économie mondiale ralentit. La plupart des pays de la zone euro sont en récession, l’économie américaine ralentit, la confiance des consommateurs est en baisse.
  • Les défis à long terme de la zone euro sont immenses. Il faut une meilleure intégration de la zone, une union fiscale, monétaire et économique qui fonctionne. On est encore à se demander si la zone euro va résister aux turbulences qu’elle connaît. Est-ce que Berlin va plier pour mettre en commun les dettes des pays de l’ensemble? Est-ce que Paris et les autres grandes capitales de la région vont accepter de céder de leur souveraineté pour donner plus de pouvoir aux entités centrales de l’Union et de la zone, peut-être un peu plus de poids à l’économie « modèle » de l’Europe, c’est-à-dire l’Allemagne?
  • La Chine ralentit. La Chine demeure en forte croissance, mais l’un des gros moteurs du monde économique a perdu de sa force dans les derniers mois. Son secteur manufacturier fonctionne, de mois en mois, à un rythme toujours un peu plus modéré. La banque centrale réduit ses taux d’intérêt pour stimuler la consommation. Pékin a beaucoup misé sur le développement du pays, sur une augmentation de sa capacité de production, mais, pour l’instant, des quartiers entiers sont peuplés d’appartements vides et d’usines immobiles. En 2012, on ne peut pas négliger une réduction de 2, 3 ou 4 points de pourcentage de croissance du PIB en Chine et dans les pays émergents du monde.
  • Le Canada n’est pas à l’abri. Si Jim Flaherty et Stephen Harper parlent beaucoup des troubles européens pour nous avertir d’un ralentissement possible au Canada, il faut savoir que deux autres menaces planent au-dessus de l’économie canadienne : le ralentissement de la Chine qui a provoqué une chute de plus de 20 % des cours du pétrole depuis deux mois et l’endettement des ménages canadiens, qui obligent le gouvernement à resserrer l’accès au crédit hypothécaire.
  • Et, je terminerai là-dessus : comme en 2008, nous devons encore aujourd’hui poser le diagnostic que notre modèle économique, qui repose sur la consommation, le crédit et l’endettement, est fatigué. Cet endettement, des États et des particuliers, étouffe les perspectives normales de croissance. Les entreprises, surtout les sociétés financières, ont engrangé des profits et des milliards au fil du temps, ont pris des risques inconsidérés avec l’argent des épargnants et nous nous retrouvons aujourd’hui dans un total déséquilibre qui menace nos économies. Faudra-t-il annuler des dettes? Faudra-t-il effacer l’ardoise?

Et surtout, avons-nous d’autres façons de croître, d’améliorer notre niveau de vie, notre qualité de vie, tout en cessant d’épuiser notre capital écologique? Si les défis des prochains mois sont importants, les défis fondamentaux du capitalisme des années 2000 le sont encore plus. L’espoir de Bruxelles aujourd’hui nous conduira-t-il à une plus large réflexion sur la croissance, sur la richesse, sur la création et la répartition de la richesse, sur l’avenir de notre planète?

Je vous souhaite un bon été. Avec les odeurs d’élections qui planent au Québec, je vous retrouve en août, mais pas très tard en août…

Les experts à qui j’ai parlé dans les dernières semaines semblaient croire à une sortie prochaine de la Grèce de la zone euro. Au moins 60 % des chances m’ont dit plusieurs. À la lumière des résultats électoraux de dimanche, c’est moins probable. Le parti Nouvelle démocratie, parti de centre droit en faveur de l’austérité, est arrivé en tête et tentera dans les prochains jours de former une coalition pour gouverner la Grèce.

Antonis Samaras, chef du parti Nouvelle démocratie.

Ça se fera sans le parti Syriza, la gauche radicale, dont la popularité a grimpé en flèche dans les dernières semaines et qui est arrivé au second rang, pas très loin de Nouvelle démocratie. Ce parti rejette l’austérité et avait prévenu que, s’il était élu, il n’allait pas mettre en oeuvre les politiques d’austérité négociées avec l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI).

Si le résultat électoral signifie que l’accord entre la Grèce, le FMI et l’UE demeure en vie, il ne veut pas dire pour autant qu’Athènes pourra maintenir un régime d’austérité encore longtemps. La population est fatiguée, l’économie pourrait bientôt ressembler aux vieilles ruines grecques qui attirent encore les touristes du monde entier, le chômage monte, les citoyens retirent massivement leur argent des banques.

« L’austérité n’a pas marché et elle ne marchera pas », disait le Nobel d’économie Joseph Stiglitz, cité par The Business Week et le Courrier international. Il a raison : trois années d’austérité n’ont fait qu’empirer les problèmes de la Grèce, des politiques menées par l’Allemagne, la banque centrale, l’UE et le FMI, qui avaient pour but de remettre de l’ordre en Grèce et d’éviter une contagion de la crise de la dette. Or, dans les derniers jours, un quatrième pays a obtenu un soutien financier des autorités européennes. Jusqu’à 100 milliards d’euros seront versés à l’Espagne pour appuyer ses banques aux prises avec de mauvaises créances hypothécaires. Les coûts d’emprunt de l’Espagne, mais aussi de l’Italie, sont à des niveaux records depuis la création de la zone euro.

La solution selon plusieurs économistes, cambistes et autres spécialistes des marchés : annuler les dettes. Dans le cas de la Grèce, les créanciers privés ont annulé l’hiver dernier 53,5 % de leurs avoirs en obligations grecques. Un expert me disait récemment qu’il faudrait aller jusqu’à l’annulation de 80 ou 90 % de la dette grecque.

Pourquoi? Pour que la Grèce s’en sorte. Et parce que les coûts engendrés par la crise qui touche la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie, et qui a plongé la zone euro dans la récession, qui ralentit toutes les économies périphériques, y compris les plus grosses comme la France et l’Allemagne, sont plus élevés que le prix à payer pour boucher correctement le trou budgétaire.

Qu’est-ce qu’on attend? La zone euro a-t-elle le choix?

Environ 800 millions d’euros sont retirés tous les jours des banques par les citoyens grecs, qui ont perdu confiance dans leurs institutions et qui pariaient sans le souhaiter, jusqu’à dimanche à tout le moins, sur la sortie de leur pays de la zone. Dans cette éventualité, plusieurs ont fait le plein de liquidités en euros, par crainte que le retour de la drachme s’accompagne d’une chute de valeur spectaculaire de leur devise retrouvée.

Que vont faire les Espagnols? On rapporte déjà des retraits importants dans les banques. Que feront les Italiens, dont le pays est le prochain sur la liste à avoir besoin de l’aide de l’UE et du FMI? Et est-ce qu’on attend que la contagion atteigne la France?

Même avec la formation d’une coalition en Grèce, tout est à faire, tout est à refaire. D’un côté, l’Allemagne a besoin des pays d’Europe aujourd’hui en difficulté. C’est eux qui achètent une bonne partie de ses produits exportés. De l’autre, les pays au coeur de la crise ont besoin de l’euro, un projet qui se doit de passer à l’étape suivante : après l’intégration politique, l’intégration économique et fiscale. Les chefs en place, souvent motivés et tiraillés par des intérêts politiques locaux, auront-ils le courage de faire ce qu’il faut pour bâtir une zone solidaire, forte et cohérente?

Le résultat en Grèce donne une nouvelle chance à la zone euro de prendre les décisions qui lui permettront de survivre et de perdurer. Peut-on dire : c’est maintenant ou jamais?

Le Canada est-il arrogant?

Vendredi 8 juin 2012 à 11 h 31 | | Pour me joindre

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Ce n’est pas la première fois qu’on le constate, mais le gouvernement Harper adopte depuis quelques années un ton qui frise la condescendance face à la zone euro. 

Au moment où des négociations sont en cours pour la création d’une zone de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, le premier ministre Harper et son ministre des Finances Jim Flaherty se sont permis, à plusieurs reprises, d’exprimer exaspération et conseils pressants à l’endroit des chefs de la zone euro.

Le premier ministre Stephen Harper a rencontré le président français François Hollande à Paris. Encore cette semaine, en visite en France, le premier ministre Stephen Harper a déclaré que la situation ne pouvait plus durer, les dirigeants de la zone euro doivent trouver des solutions maintenant. À l’antenne de la CBC, il a déclaré qu’on ne pouvait pas attendre l’élection grecque qui aura lieu dans moins de 10 jours pour décider du sort de la zone euro.

Et surtout, le Canada a décidé de ne pas soutenir l’effort financier que le FMI réclame aux pays du G20 pour créer un fonds de 430 milliards de dollars pour venir en aide aux pays en difficulté, on pense de plus en plus à la possibilité que l’Espagne ait besoin du FMI dans un proche avenir. Avec les États-Unis, le Canada est le seul pays à ne pas contribuer à la cagnotte.

Exprimant la position du gouvernement en Chambre à Ottawa, le député et secrétaire parlementaire conservateur Pierre Poilievre a déclaré ceci à propos des pays de la zone euro en difficulté : « Ils ont imposé leurs contribuables au maximum et emprunté jusqu’à la limite, et ils veulent maintenant se renflouer en continuant de dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas. Ils ne recevront aucune aide du Canada. Le premier ministre n’obligera pas les contribuables canadiens, qui travaillent tous très dur, à renflouer les États providences européens ou les riches banquiers qui leur ont prêté de l’argent. »

Ces propos sont probablement ceux qui décrivent le plus clairement la position du Canada dans ce dossier. Est-ce du mépris? Est-ce de la condescendance? Ou est-ce que le Canada peut se permettre de faire la leçon aux Européens compte tenu de son bilan exceptionnel en matière de finances publiques, de croissance économique et de stabilité bancaire?

Aujourd’hui, le Canada est vu comme un lieu d’investissement sûr, comme un géant de l’énergie qui détient une ressource pour laquelle la demande ne faiblit pas et sa gestion du déficit, surtout le retour au déficit zéro sous Paul Martin, a été citée maintes fois en exemple partout dans le monde. Le Canada ne cache pas son irritation face à la situation européenne et craint même des répercussions sur l’économie du pays si la situation se dégrade encore.

Cela dit, le Canada a aussi ses propres défis. Endettement des ménages excessifs, possibles bulles immobilières dans certains marchés du pays, banques très exposées à l’endettement hypothécaire des Canadiens, notre marché demeure profondément lié à celui des États-Unis, économie à deux vitesses (croissance forte dans l’Ouest, croissance faible dans l’Est) et j’en passe.

Le gouvernement Harper a-t-il la bonne attitude face aux problèmes européens?

Pour une troisième année de suite, la Banque du Canada doit appliquer les freins. Bien engagée sur la voie de droite, persuadée de pouvoir dépasser tout le monde en augmentant ses taux d’intérêt bien avant ses pairs occidentaux, la Banque du Canada doit se ranger encore une fois et attendre.

Attendre qu’une nouvelle tempête économique passe, tempête qu’on ne veut pas voir devenir un cyclone ou un ouragan comme en 2008. La Banque du Canada, s’appuyant sur une économie solide et des finances publiques en ordre, et sur un système bancaire qui paraît inébranlable, voyait, il y a à peine quelque semaines, une éclaircie pour augmenter ses taux d’intérêt et calmer l’accès facile au crédit, qui est en train de provoquer un emballement de l’endettement au Canada.

Mark CarneyÀ tel point que plusieurs organismes ont exprimé des inquiétudes sur la situation canadienne. L’agence Fitch s’est dite préoccupée par la valeur du portefeuille de prêts hypothécaires des 6 grandes banques du pays, qui s’élève à 730 milliards de dollars, en plus des marges hypothécaires, évaluées à 182 milliards de dollars.

Encore, ce printemps, la Banque du Canada et son gouverneur Mark Carney doivent revoir leurs plans. Le 17 avril, la Banque écrivait que « le profil de croissance de l’économie mondiale s’est amélioré ». Aujourd’hui, 5 juin, sa position a considérablement changé : « Les perspectives de croissance de l’économie mondiale se sont affaiblies ces dernières semaines. »

La situation s’est détériorée tant aux États-Unis qu’en Europe, mais aussi dans les pays émergents. Il y a un mois et demi, la Banque du Canada prévoyait un ralentissement dans les pays émergents tout en considérant que le rythme allait demeurer « robuste ». Maintenant, la Banque écrit que « l’activité économique dans les pays émergents ralentit un peu plus rapidement et de façon un peu plus généralisée qu’on ne l’avait anticipé ».

On pense principalement à la Chine, dont la croissance annuelle ne devrait plus dépasser les 10 %, mais se situer quelque part entre 7 et 8 %. Ce niveau de croissance demeure considérable, mais c’est quand même 2 ou 3 points de pourcentage de moins que ce qu’on a connu. Ça aussi, c’est considérable! La croissance canadienne repose beaucoup sur la demande en ressources de la Chine et sur l’impact de sa demande mondiale sur les prix des métaux, des matériaux, du pétrole, du gaz, du cuivre, etc.

La banque centrale maintient tout de même sa position qui est celle de signaler une éventuelle hausse de taux. Ses mots sont les suivants : « Il se peut qu’une réduction modeste de la détente monétaire considérable actuellement en place au Canada devienne appropriée. »

La Banque du Canada lie cette possibilité à la condition que l’économie progresse, « dans la mesure où l’expansion économique se poursuit ». Ça nous mène probablement à 2013 avant que la Banque du Canada puisse songer, de nouveau, à relever ses taux.

Tout en demeurant sur ses gardes, compte tenu de la situation économique internationale qui s’est dégradée rapidement et qui a fait chuter les indices boursiers en correction dans les derniers jours, la Banque du Canada sent qu’elle n’a pas le choix de maintenir la pression. Ce qui ne cesse de croître au pays en ce moment, c’est l’endettement des ménages. Les gens profitent des bas taux d’intérêt et bien des familles s’endettent beaucoup trop. « Les ménages continuent d’accroître le fardeau de leur dette dans un contexte de faible progression des revenus », écrit la Banque.

C’est, franchement, de plus en plus compliqué pour Mark Carney et son équipe…

L’impasse partout…

Lundi 14 mai 2012 à 14 h 01 | | Pour me joindre

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C’est l’impasse dans l’affrontement que se livrent pour une quatorzième semaine les étudiants et le gouvernement du Québec. Et il ne semble pas y avoir l’ombre du début d’une sortie de crise dans ce dossier. On a discuté de plusieurs choses sur ce blogue à propos du conflit étudiant dans les derniers mois. Et quelques solutions ont émergé : recul, moratoire, négociation, médiation, états généraux, élection. Lundi soir, on poursuit la discussion avec le ministre des Finances Raymond Bachand, qui vient nous parler de l’économie et de l’emploi au Québec, et à qui on demandera si l’affrontement actuel nuit à l’économie du Québec. Ce soir 18 h 30 (HAE) à RDI.
 
Le président Carolos PapouliasPar ailleurs, c’est aussi l’impasse en Grèce. Et, dans ce cas-ci, l’impact est beaucoup plus large, sur les Grecs, sur la zone euro, sur l’économie mondiale, sur les marchés boursiers et financiers. Il ne semble pas possible pour les partis en place de s’unir pour former un gouvernement d’union nationale. Et, de toute évidence, le président sera obligé de convoquer la population aux urnes, une fois de plus, probablement le 17 juin prochain.
 
La Grèce pourrait donc ne pas respecter ses obligations envers ses créanciers, suspendre certaines mesures d’austérité annoncées, ne plus recevoir le soutien financier du FMI et de l’UE et s’éjecter en bout de piste de la zone euro. Ce n’est pas le scénario souhaité par les Grecs, mais la population est fatiguée et déprimée par plusieurs années de récession et d’austérité. Les acteurs, les observateurs et les experts évaluent avec sérieux la possibilité que la Grèce sorte de la zone rapidement.
 
En fait, soyons francs, tout le travail effectué en Europe dans les dernières années a permis de calmer de façon très temporaire la crise de la dette. Mais le résultat de l’élection du 6 mai en Grèce, l’élection du socialiste François Hollande en France et la baisse du soutien pour le parti CDU d’Angela Merkel en Allemagne obligent les dirigeants de la zone euro à revoir et à repenser leur plan d’action pour sortir de la crise. Ces votes sont l’expression claire d’un désaveu des mesures d’austérité, quoi qu’en disent les chefs européens et les opérateurs de marché.
 
La chancelière Angela Merkel est entourée des députés allemands lors du vote sur le deuxième plan d'aide à la GrèceEn attendant, justement, les marchés chutent depuis près de deux semaines, tout comme l’euro et le pétrole. Les taux d’emprunt de l’Italie et de l’Espagne grimpent. Une annonce en provenance d’Athènes d’une sortie de la Grèce de la zone euro entraînerait, selon les experts, une poussée à la hausse des coûts d’emprunts des pays en difficultés. De nouvelles négociations seront sans doute nécessaires. On risque d’en parler, encore…

Sarkozy ou Hollande?

Lundi 23 avril 2012 à 14 h 23 | | Pour me joindre

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Le choix des Français, le 6 mai, aura un impact sur l’économie mondiale. Le président de la République a un rôle clé à jouer dans les décisions de la zone euro, et les troubles européens sont au coeur des incertitudes économiques actuelles.
 
C’est important pour nous aussi parce que la France est un partenaire économique important, au coeur des négociations de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Selon le ministère des Relations internationales, « la France est le deuxième investisseur étranger au Québec. Les entreprises françaises au Québec embaucheraient environ 30 000 personnes au sein de leurs 283 filiales. [...] Environ 140 entreprises québécoises sont établies en France, employant quelque 11 000 personnes.
 
La France est le cinquième marché d’exportation du Québec, valeur de 1,1 milliard de dollars, soit 1,9 % du total des exportations. La France est, par ailleurs, le huitième marché d’importation du Québec, pour une valeur totale de 2,4 milliards en 2010. C’est 3,1 % du total des importations québécoises.  
 
Nicolas Sarkozy a établi un contact serré avec le premier ministre du Québec Jean Charest et a une certaine proximité de vue avec le premier ministre du Canada Stephen Harper, étant tous les deux conservateurs avec quelques différences tout de même. Nicolas Sarkozy a conclu une entente avec le Québec sur la mobilité de la main-d’oeuvre et Jean Charest est celui qui a lancé le projet de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Les liens entre le Québec et la France s’appuient davantage aujourd’hui sur des intérêts économiques avec Jean Charest et Nicolas Sarkozy en place.
 
L’économiste Martial Foucault, notre invité ce soir à RDI Économie, m’a fourni une liste des principales propositions économiques des deux candidats qui passent au deuxième tour présidentiel, François Hollande et Nicolas Sarkozy.
 
François Hollande et Nicolas Sarkozy
François Hollande et Nicolas Sarkozy
 
François Hollande :
 
  • projet de création d’emplois axé sur les jeunes; 
  • rémunération des cadres : maximum 20 fois le salaire des employés;
  • réajustement de l’âge de la retraite; 
  • réduction des cadeaux fiscaux et niches fiscales;
  • rémunération de 1 million d’euros et plus : taux d’impôt à 75 %;
  • banques : interdiction d’exercer dans les paradis fiscaux;
  • taxe sur les transactions financières; 
  • favorable aux obligations européennes.
 
Nicolas Sarkozy :
 
  • crédit fiscal pour les entreprises qui embauchent des chômeurs de 55 ans et plus;
  • aide sociale : obligation de travailler au moins 7 heures par semaine;
  • hausse de la TVA sociale accompagnée d’une réduction des cotisations patronales;
  • resserrement des prestations de vieillesse pour les étrangers : 5 ans de cotisations, 10 ans de vie en France;
  • mise en place du « Buy European Act », comparable au « Buy American Act »;
  • taxe sur les transactions financières;
  • révision des accords de Schengen pour, par exemple, exclure un État défaillant;
  • règle d’or d’ici la fin 2012 – interdiction des déficits.
 
Ce soir 18 h 30 (HAE), le professeur Martial Foucault nous explique ces points.

La Grèce pourra-t-elle se relever?

Mardi 21 février 2012 à 13 h 08 | | Pour me joindre

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Malgré une entente à l’arrachée sur la restructuration de la dette grecque, il est loin, très loin d’être acquis que la Grèce est sur la bonne voie pour se sortir d’affaires. Le gouvernement devra encore réduire ses dépenses, imposer des mesures d’austérité qui ont pour conséquence d’accentuer la grave crise sociale et économique que connaît le pays.
 
Tout ça dans l’objectif de faire passer son niveau d’endettement de 164 % par rapport au PIB aujourd’hui à 120,5 % en 2020 et d’éviter un défaut de paiement dans un mois.
 
Drapeaux grec et européen
Or, le pays ne cesse de s’enfoncer dans la récession, les coûts d’emprunts sur les marchés demeurent prohibitifs et les exigences du FMI et de l’UE ne permettront pas au gouvernement d’investir dans son économie et de tenter de relancer l’emploi et la croissance. L’essentiel de l’aide à la Grèce ira au remboursement de la dette et le gouvernement devra se soumettre à une surveillance accrue de la part de ses créanciers. Des rumeurs commencent déjà à circuler quant à la possibilité qu’un troisième plan d’aide soit nécessaire pour soutenir la Grèce.
 
En fait, la réalité, c’est qu’on maintient le patient en vie, mais on ne fait rien de concret pour le remettre sur pied. Et les coûts ne cessent d’augmenter. Bloomberg calcule que les soutiens financiers de l’Europe à la Grèce, au Portugal et à l’Irlande s’élèvent jusqu’à maintenant à 386 milliards d’euros, soit 507 milliards de dollars canadiens. La survie de la jeune zone euro coûte une fortune.
 
J’ai vu un film en fin de semaine qu’on m’a recommandé : Debtocracy, un pamphlet de Katerina Kitidi et d’Aris Hatzistefanou, très critiqué du fait qu’il ne présente qu’une seule solution : la Grèce doit cesser de payer sa dette. Plutôt que de choisir les banques, le gouvernement doit choisir son peuple et cesser de le faire souffrir.
 
Des comparaisons sont faites avec l’Équateur et l’Argentine. L’Équateur, parce que son président Rafael Correa a nettement fait le choix de ne pas faire souffrir son peuple aux profits des créanciers. L’Argentine, parce que le pays a connu une grave crise en 2001.
 
Les experts interrogés appuient leur conclusion sur le concept de « dette odieuse », une dette qui a été contractée et qui n’était pas dans l’intérêt des citoyens du pays. Dans le cas de la Grèce, la dette prétendument odieuse serait associée aux dépenses pour les Jeux olympiques de 2004 et la sécurité.
 
Je n’irai pas plus loin sur ce point. Je ne m’y connais pas assez. Toutefois, posons la question : même en restructurant sa dette comme elle le fait, la Grèce sera-t-elle vraiment capable de se remettre sur pied, de retrouver une croissance normale et de retrouver des finances publiques soutenables? Tout ce qui est demandé aux Grecs nous conduira à quel résultat?