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Le premier ministre grec Alexis Tsipras
Les derniers événements en Europe nous rapprochent de ce qui semblait, encore il y a quelques jours, impensable. Un défaut de paiement se profile à l’horizon et un scénario de sortie de la Grèce de la zone euro se dessine. Il restera toujours du temps pour une entente dans la mesure où les parties veulent vraiment conclure un accord. Mais, à ce point-ci, il semble évident que, de part et d’autre, on se prépare au divorce.

Mais, au fait, encore là, jusqu’à quel point sommes-nous proches de ce divorce? On ne connaît pas très bien le code de la dimension dans laquelle nous sommes entrés : un pays est sur le point d’être en défaut de paiement, l’Europe est en train de lui couper les vivres, les banques sont fermées et les parties campent sur leurs positions. Qui a raison? Qui a tort?

La Grèce est seule dans sa position

Les pays qui ont eu besoin du soutien du FMI et de l’Europe sont revenus sur les rails, tant bien que mal, grâce à l’austérité diront certains, malgré elle selon plusieurs autres. La Grèce, elle, n’a rien gagné des mesures d’austérité. Ses problèmes structurels se sont amplifiés, son PIB a chuté de 30 %, le chômage est élevé, le niveau de vie de sa population glisse. Athènes est coincée entre la résistance et la soumission.

La Grèce peut-elle se passer de l’euro? Peut-elle connaître pire en sortant de la zone euro? Et l’euro peut-il survivre sans la Grèce? La zone est-elle assez forte pour éjecter un membre? Nous ne le savons pas. C’est de l’inconnu.

Mais, bien des analystes affirment que la remontée de l’Italie, du Portugal et de l’Espagne rend l’euro plus fort aujourd’hui, plus imperméable aux secousses que pourrait engendrer un divorce avec la Grèce. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, est d’avis que le défaut de paiement, à tout le moins, aura très peu d’impact sur la zone.

Inquiétudes sur les marchés, mais pas de panique

Est-ce vrai? L’indice de volatilité, sur les marchés, est en forte hausse. Les grandes places boursières européennes ont chuté de 3 à 5 %. Les coûts d’emprunt de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal sont en hausse, dans la foulée de la forte montée des obligations grecques. Mais l’euro, après un début de semaine en chute, a repris ses pertes en cours de journée. La nervosité se fait sentir sur les marchés, mais nous ne sommes pas plongés dans une grande panique.

Le FMI, l’Allemagne, la France, la Commission européenne et la Banque centrale européenne sont-ils prêts à prendre le risque de voir la Grèce sortir de la zone euro? La réponse, à ce point-ci, semble oui. Et, puisque le tango se danse à deux, la Grèce semble envisager le même scénario. Le temps est-il venu de choisir le précédent, celui de l’exclusion d’un pays qui ne veut pas céder aux exigences de ses créanciers et celui, du point de vue grec, de se sortir d’un étau qui l’empêche de retrouver confiance et croissance? Sommes-nous à la croisée des chemins?

La signification d’un « oui » ou d’un « non »

Se pourrait-il, en retour, que le premier ministre grec Alexis Tsipras encourage sa population à rejeter le plan européen en référendum le 5 juillet tout en maintenant un discours favorable au maintien de la Grèce dans la zone euro? Un « non » au référendum serait une victoire pour le gouvernement Tsipras, qui obligerait finalement la Banque centrale européenne et le FMI à retourner à la table des négociations. Mais le risque est grand. Un ministre allemand a déclaré qu’un « non » est un vote favorable à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Et un « oui » obligerait possiblement le gouvernement grec à démissionner et à déclencher de nouvelles élections. N’est-ce pas ce qu’espère la chancelière allemande Angela Merkel en disant qu’elle souhaite attendre les résultats du référendum avant d’envisager de nouvelles négociations?

Assiste-t-on au divorce entre la Grèce et la zone euro? Ce divorce peut-il se faire sans trop de dégâts?

La manière Schäuble

mercredi 15 avril 2015 à 12 h 53 | | Pour me joindre

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Le ministre allemand des Finances en est convaincu et il assume pleinement ses décisions et sa vision des choses : l’austérité est le bon remède pour l’économie européenne et les pays de la zone euro. Il fallait choisir l’austérité et il faut continuer dans cette direction, laisse entendre Wolfgang Schäuble dans une lettre qu’il publie dans le New York Times mercredi matin, à deux jours de la réunion annuelle du printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington.

« Comme en médecine, écrit-il, pour prescrire le bon traitement, il est essentiel de faire le bon diagnostic. » Et affirmer que l’Allemagne a imposé des mesures qui ont « poussé la zone euro encore plus profondément dans la crise » est faux, selon le ministre.

C’est un mythe, dit Wolfgang Schäuble.

Ce que vit l’Europe, dit-il, c’est une crise de confiance. Les investisseurs ont réalisé que plusieurs pays d’Europe n’étaient pas compétitifs du point de vue économique ou trop fragiles sur le plan financier. Les craintes du marché ont mené à une hausse des coûts d’emprunt pour certains pays.

Et la seule façon de rétablir les choses pour ces membres de la zone euro, écrit le ministre allemand des Finances, c’est d’adopter « des réformes ciblées pour reconstruire la confiance dans les finances des pays, dans leur économie respective et dans l’architecture de l’Union européenne. Dépenser simplement plus d’argent public n’aurait pas fonctionné et ne fonctionnerait pas plus aujourd’hui».

« Il ne s’agit pas d’austérité aveugle, selon lui. Il s’agit plutôt de préparer nos sociétés vieillissantes pour l’avenir et améliorer la qualité des finances publiques. » L’approche allemande a fonctionné, selon Wolfgang Schäuble. La reprise économique de son pays s’est amorcée dès 2009, les investissements publics et privés sont en hausse et la réduction de la dette de l’Allemagne s’accélère. D’autres pays ont choisi la même voie et en tirent des bénéfices, affirme-t-il, citant l’Irlande et l’Espagne.

Il écrit aussi que les pays doivent se préparer, du point de vue budgétaire, à la normalisation des taux d’intérêt. Il s’en prend à la manière américaine : « Le débat sur la réduction de la stimulation aux États-Unis – la fin de la période extraordinaire d’assouplissement quantitatif par la Réserve fédérale pour stimuler la croissance économique en rachetant des quantités phénoménales d’obligations – montre combien il est difficile de retirer ce stimulant une fois que les gouvernements et les marchés s’y sont habitués. »

Ce que Wolfgang Schäuble oublie de dire, c’est que les États-Unis représentent encore en 2015 la locomotive et la puissance de l’économie mondiale. Sa croissance s’accélère, son chômage est retombé sous les 6 % après une série d’interventions de l’État et de la banque centrale : sauvetage des banques et de l’industrie automobile, deux lois pour stimuler le travail aux États-Unis (le Buy America et le Buy American), ainsi que des milliers de milliards injectés par la Réserve fédérale. En parallèle, le déficit américain ne cesse de baisser et la dette par rapport au PIB se stabilise.

Les deux premiers graphiques illustrent clairement que la tendance de croissance économique des États-Unis double celle de l’Allemagne.

croissanceusageramnandUn dernier tableau illustre que le PIB par habitant tend à baisser dans la zone euro, alors qu’il tend à grandir aux États-Unis. Américains et Européens ne vont plus dans la même direction.

pibparhabitant

Wolfgang Schäuble assume et insiste sur sa vision de la gestion des finances publiques. Il faudra encore du temps pour analyser la période que nous connaissons en ce moment pour tirer de vrais enseignements des choix politiques qui ont été faits dans les années suivant cette crise exceptionnelle. Pour l’instant, toutefois, force est de constater que la manière américaine a connu plus de succès que celle de M. Schäuble.