Billets classés sous « vieillissement »

Nos dirigeants politiques sont-ils à l’écoute? Une quantité de chercheurs, professeurs, entrepreneurs, acteurs de l’économie font, tous les jours, des propositions, nous interpellent sur l’économie de demain et nous demandent de faire des choix pour améliorer notre économie à moyen et à long terme.

Bien sûr, on peut stimuler l’économie à court terme avec un crédit d’impôt rénovation ou un investissement dans les infrastructures. Mais comment relever les défis démographiques, écologiques, structurels de notre économie à long terme? Serons-nous encore coincés à 1 ou 2 % de croissance du PIB en 2020, en 2025, en 2030 parce que les choix qui s’imposent aujourd’hui n’auront pas été faits?

Je veux seulement vous donner trois exemples générés durant la seule journée de lundi dans le grand tout de notre actualité. Trois exemples de solutions qui demandent de la vision, de l’ambition et qui exigent de nos décideurs qu’ils laissent de côté la vision électoraliste et partisane à court terme. Trois exemples d’une économie à développer pour créer de la richesse, des emplois et une croissance durable : une stratégie d’innovation, un investissement massif en éducation et un virage vers le transport collectif.

  1. À RDI économie lundi soir, le nouveau président de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), Frédéric Bouchard, a lancé un appel pour une stratégie de l’innovation au Québec. L’actuel gouvernement a mis de côté la stratégie déployée en 2013 par le gouvernement Marois. Et les secteurs innovation et recherche ont été séparés, alors qu’ils étaient ensemble depuis 10 ans. Or, l’avenir passe par des liens plus serrés entre la recherche universitaire et l’innovation en entreprises, selon Frédéric Bouchard. Et il est nécessaire d’appuyer sur l’accélérateur, selon lui, parce que nos défis sont colossaux : vieillissement de la population, changements climatiques, dématérialisation de l’économie, etc.
  2. Dans une étude publiée lundi, le Centre sur la productivité et la prospérité (CPP) affirme que le Québec n’investit pas assez en éducation. « La proportion des jeunes Québécois de 15 à 19 ans qui évoluent en marge du système d’éducation est plus importante que dans une majorité de pays et le taux de diplomation universitaire y est aussi plus faible », écrit le CPP. C’est une évidence, c’est clair, c’est factuel. Comment une société peut-elle espérer s’enrichir sans un investissement conséquent en éducation, en formation, dans ses jeunes? Le ministre des Finances a promis un « réinvestissement » en éducation dans le prochain budget. Mais, en réalité, la croissance des dépenses en éducation ne dépassera même pas le niveau d’inflation.
  3. Puis, l’alliance Switch, qui regroupe des écologistes et des membres du patronat et des entreprises, invite le gouvernement à adopter une stratégie audacieuse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, qui ont augmenté de 26 % au Québec de 1990 à 2012. Trois propositions : appuyer les municipalités dans l’aménagement durable de leur territoire et le développement du transport collectif, financer davantage le transport collectif pour en augmenter l’offre et miser sur l’aluminium dans la fabrication de véhicules, les biocarburants de deuxième génération ou le gaz naturel pour le transport routier.

Trop simple, vous allez dire. Je vous répondrai : trop compliqué dans les faits pour les décideurs politiques abonnés au court terme. Le ministre Leitao préfère nous dire que les exportations ne sont pas assez élevées, mais il évite de nous présenter une stratégie qui permettrait de placer les entreprises du Québec parmi les meneurs du monde en matière d’innovation.

Comme l’expliquait Frédéric Bouchard lundi soir, innover, c’est transformer un savoir, une connaissance en un outil utile et créateur de richesse. Si on veut l’exporter, il faut l’inventer, le créer, le développer. Il faut une stratégie, nous a-t-il dit, pour soutenir les Serge Godin et Alexandre Taillefer de demain. Les idées doivent avoir des ailes.

Or, où en sommes-nous sur ce plan? Loin. Loin des meilleurs. Une étude américaine nous apprenait lundi que le Canada se positionne au 25e rang sur 56 pays développés du monde en matière d’innovation et de leur effet sur la croissance mondiale. Loin des premiers, la Finlande, la Suède, le Royaume-Uni, loin des États-Unis et de la France, aux 10e et 11e rangs.

À Davos, le premier ministre Justin Trudeau a dit qu’il fallait investir dans le savoir au Canada, pas seulement dans les ressources. Cette déclaration suscite un certain espoir chez les chercheurs et les innovateurs. Mais tout reste à faire.

Dans les faits, en ce moment, on parle d’infrastructures sans savoir dans quoi l’argent sera investi et jusqu’à quel point ça va stimuler l’innovation. Et surtout, on se chicane sur l’oléoduc Énergie Est, qu’on politise au maximum pour des points partisans. De plus, le Canada s’apprête à signer le Partenariat transpacifique sans en valider les répercussions sur l’économie et l’emploi.

Une autre étude, d’ailleurs, vient d’être publiée aux États-Unis pour dire que le PIB va progresser plus rapidement avec cet accord de libre-échange, mais qu’aucun emploi ne sera créé. Et au Canada? Aucune idée!

Des idées, de la créativité, il y en a. Ce qu’il faut, c’est de la vision.

Repousser la rente à 67 ans?

lundi 15 juin 2015 à 15 h 08 | | Pour me joindre

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La commission politique du PLQ a présenté plusieurs résolutions en fin de semaine au congrès du parti. L’une d’entre elles a provoqué de vives discussions. Voici la résolution :

« Que le gouvernement du Québec soutienne les aînés qui désirent demeurer actifs et qu’il s’assure d’une retraite équitable pour toutes les générations en :

2.5.1  Adaptant les régimes de retraite du gouvernement (RRQ et RREGOP) à travers :

a. Une augmentation graduelle de l’âge de la retraite pour les rentes de la Régie des rentes du Québec (RRQ), compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés au cours des dernières années;

b. Une augmentation graduelle, dans le cadre des négociations de conventions collectives, de l’âge de la retraite des employés de l’État (RREGOP), compte tenu de l’évolution de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés au cours des dernières années;

c. La mise en place, à la suite de l’augmentation graduelle de l’âge de la retraite, de mécanismes d’ajustements périodiques de l’âge de la retraite en fonction de l’évolution dans le temps de l’espérance de vie et de la qualité de vie active des aînés. »

Alors…

1- Quand on dit la retraite à 67 ans, que veut-on dire exactement?

Il y a trois étages dans l’édifice de la retraite au Canada : la sécurité de la vieillesse payée à partir des impôts de tous les Canadiens, versée à tous les Canadiens à partir de 65 ans. Ensuite, deuxième étage, il y a les rentes qui sont versées à partir des cotisations des travailleurs et des employeurs en fonction du nombre d’années travaillées. Au Québec, c’est la Régie des rentes du Québec qui est responsable de l’administration des rentes. Puis, dernier étage, ce sont les épargnes additionnelles que nous accumulons pour la retraite dans un REER et/ou dans un régime de retraite complémentaire.

Aujourd’hui, ce que les membres du PLQ ont exploré, c’est la possibilité de faire passer la pleine rente de la RRQ, de 65 à 67 ans. Il est possible, en ce moment, de toucher sa rente dès l’âge de 60 ans, mais avec une pénalité. Si vous attendez après 65 ans, on bonifie votre rente.

2- La situation est-elle aussi périlleuse qu’on le laisse croire? 

Réponse courte : non. La Régie des rentes est en mesure de respecter tous ses engagements à long terme pour trois grandes raisons :

  • les rendements sont supérieurs aux attentes, alors que les prévisions de la RRQ s’appuient sur un taux de rendement moyen sur 50 ans de 4,1 %, tandis que le taux historique est de 8,7 %;
  • la population ne décroît pas, contrairement à ce qu’on prévoyait il y a 12 ans;
  • et les cotisations des travailleurs et des employeurs augmentent : elles atteindront 10,8 % en 2017.

L’équilibre demeure tout de même fragile. Les pressions financières demeurent importantes, alors que les prestations versées aux bénéficiaires seront supérieures aux cotisations annuelles à partir de 2019. Toutefois, le rendement du marché permettra de maintenir l’équilibre (tableau 1). De plus, le nombre de citoyens de 20 à 64 ans pour chaque citoyen de 65 ans et plus va passer de 3,7 en 2013 à 2,1 en 2031 (tableau 2). Tout de même, le nombre de citoyens au Québec va continuer de grandir. On prévoyait, en 2003, une baisse de la population à l’horizon 2051. On a révisé à la hausse dans les deux dernières études de l’ISQ (tableau 3).

TABLEAU 1

TABLEAU 2

TABLEAU 3

population2051

3- Cela dit, augmenter l’âge de la retraite est une tendance.

Oui.

TABLEAU 4

4- Mais le problème fondamental de la retraite demeure le même!

La moitié des gens ne sont pas préparés à la retraite. Les rentes et la sécurité de la vieillesse ne sont pas suffisantes pour offrir une retraite décente. Il faut d’autres revenus. Sur ce point, à part encourager les gens à travailler et à épargner par eux-mêmes, les élus ont fait bien peu.

2051 : projections moins alarmantes!

lundi 22 septembre 2014 à 16 h 36 | | Pour me joindre

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C’est passé inaperçu, mais l’Institut de la statistique du Québec vient de revoir ses prévisions démographiques. Et l’impact du vieillissement de la population sera moins grand qu’attendu. C’est important d’en parler parce qu’une bonne partie des inquiétudes qui sont soulevées sur la pérennité des finances publiques du Québec sont liées au vieillissement de la population et à la réduction attendue des personnes en âge de travailler.

Disons tout de suite que le défi démographique demeure entier et que les prévisions des experts peuvent encore évoluer dans le temps. Mais, pour l’instant, les craintes de décroissance démographique se sont atténuées au point tel que l’ISQ reporte au siècle prochain les possibilités de baisse de population. Et encore là, on verra!

Ainsi…

  • la prévision pour le taux de fécondité au Québec est passée de 1,5 en 2003 à 1,65 en 2009, puis à 1,7 dans l’édition de 2014;
  • la prévision d’immigration internationale est passée de 28 000 en 2003 à 40 000 en 2009, puis à 44 000 en 2014;
  • et dans le solde des gens des autres provinces qui arrivent ici et des gens qui quittent le Québec pour d’autres provinces, la perte nette prévue pour le Québec était de 9000 par année en 2003, de 10 000 en 2009 et aujourd’hui, de 7500.

Sur les trois facteurs, la situation s’est améliorée par rapport aux projections de 2003 et 2009, ce qui fait en sorte que la population totale du Québec va augmenter un peu plus rapidement qu’attendu.

En 2003, on s’attendait à ce que la population du Québec se mette à décroître après 2031 pour tomber à 7,832 millions de personnes en 2051.

En 2009, on a coupé court au scénario de décroissance démographique. La population totale allait continuer d’augmenter pour atteindre 9,17 millions de personnes en 2051.

Dans l’étude qui vient d’être publiée, on porte le nombre de personnes pour 2051 à 9,84 millions de personnes.

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« La baisse des effectifs de la population en âge de travailler, les 20-64 ans, est repoussée d’une année, en 2017. Son léger déclin se poursuivra jusqu’en 2030, mais il sera ensuite suivi d’une remontée qui se stabilisera finalement autour de 5,2 millions de personnes à partir de 2046. Combinée à la hausse plus marquée des autres groupes d’âge, qui pourrait générer une demande supplémentaire en services de toute sorte, la relative stabilité des 20-64 ans accroît l’importance des enjeux associés au renouvellement de la main-d’œuvre. » — l’ISQ

On ne peut que se réjouir de ces informations, sans crier victoire. Le défi des finances publiques demeure entier au Québec et le vieillissement de la population et son impact sur les dépenses en santé particulièrement sont indéniables. Le commissaire à la santé nous rappelait il y a quelques jours que les visites à l’hôpital des personnes de plus de 75 ans avaient augmenté de 30 % depuis 10 ans, un taux comparable à ce groupe d’âge dans la population.

(le document de l’ISQ est ici + merci à ce blogue d’avoir bien vu les changements dans les prévisions)

Depuis jeudi soir, l’analyse du débat porte essentiellement sur les gains et les pertes des chefs lors des échanges. Il est clair qu’à deux semaines du scrutin, il est plus qu’important de mesurer l’efficacité des messages des chefs et la perception des électeurs. Mais si la stratégie de vente et de marketing d’un produit est névralgique, ce qu’il y a dans la canette compte aussi!

Et si l’on s’intéresse à la substantielle moelle du projet politique des Marois, Couillard, Legault et David, on est resté sur notre faim. Les chiffres de l’emploi, le salaire des médecins ou la date d’un éventuel référendum ne sont certainement pas des sujets à la marge. Néanmoins, derrière chaque affrontement, il y a un enjeu fondamental dont on doit discuter : l’état de l’économie, la gestion des coûts en santé et l’avenir du Québec.

Mais je reviens à mon souhait de début de campagne. C’est un projet sur 10, 15, 20 ans qu’il nous faut pour :

  1. améliorer notre productivité, et donc notre richesse, notre capacité à payer pour nos services publics, pour créer de l’emploi… et du bonheur;
  2. gérer la transformation démographique qui s’amorce avec le départ à la retraite des baby-boomers au cours des 20 prochaines années, ce qui aura un impact important sur l’économie. L’économiste Marc Van Audenrode nous disait jeudi soir à RDI économie que, dans les années passées, l’ajout naturel d’environ 45 000 à 50 000 emplois annuellement augmentait d’un point de pourcentage le PIB. Or, la réduction de la population active dans les prochaines décennies va réduire le PIB de 0,5 point annuellement. Ce n’est quand même pas rien!

Alors, qui a parlé du vieillissement de la population jeudi soir? Qui a proposé un vaste projet misant sur les talents, la créativité, les bonnes idées, les technologies, l’innovation, la productivité? L’électrification des transports de Pauline Marois, le Projet Saint-Laurent de François Legault, le chantier des technologies vertes de Françoise David et le développement du Nord que veut poursuivre Philippe Couillard sont toutes des idées créatrices de richesse. Mises ensemble, elles feraient tout un projet, vous ne trouvez pas?

Je ne sais pas sur quoi vous allez voter le 7 avril prochain. Et je ne sais pas si vous trouvez les réponses à vos questions ou à vos attentes durant cette campagne. Je ne sais pas non plus si c’est moi qui ai un peu de mal à saisir les messages politiques ou qui demeure idéaliste. Mais il me semble que, si l’on s’intéresse à l’évolution socioéconomique du Québec à long terme, il nous en faudrait un peu plus. Beaucoup plus. Vraiment plus.

Et vous, qu’en pensez-vous?

Si j’étais à la place de Philippe Couillard, Françoise David, François Legault et Pauline Marois, je récupérerais un vieux truc de la communication politique : un programme en 5 points simples et clairs. Un programme économique en 5 points, qui pourrait avoir l’air de ceci :

  1. Améliorer la productivité et les exportations.
  2. Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population.
  3. Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables.
  4. Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités.
  5. Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population.

En fait, ces 5 points représentent, je pense, les défis économiques du Québec, ceux dont les partis devraient parler et qu’ils vont probablement aborder. Ce sont des enjeux fondamentaux, qui exigent des engagements à long terme. Les politiciens, qui solliciteront votre vote le 7 avril prochain, en sont-ils capables?

Améliorer la productivité et les exportations

La productivité, c’est le niveau de production par heure travaillée. Ce n’est pas travailler plus pour moins. C’est travailler mieux, avec des technologies utiles, avancées, qui permettent d’être plus efficace. Qui a un plan pour améliorer la productivité et aider les entreprises à produire et exporter davantage? Le Québec importe plus qu’il n’exporte. Et le déficit ne fait que grandir. Qui a un projet à long terme pour améliorer ce bilan?

Regardez ces chiffres de HEC Montréal. L’apport à l’économie par heure travaillée au Québec est plus faible qu’ailleurs.

Productivité du travail – 2012

PIB/nombre d’heures travaillées

  • Norvège : 106,24 $
  • France : 72,97 $
  • États-Unis : 72,62 $
  • Allemagne : 71,47 $
  • Canada : 59,56 $
  • Québec : 54,95 $
  • Japon : 49,17 $

source : HEC

Établir un plan réaliste pour faire face au vieillissement de la population

Pour la première fois en plusieurs décennies, il y aura plus de sorties que d’entrées dans la catégorie des 15-64 ans. C’est clair : la population vieillit, la population active va baisser, les coûts de santé ne cesseront d’augmenter. Et donc, la soutenabilité des finances publiques est en jeu. Alors, que faire?

Faut-il générer plus de richesse, plus de revenus, pour éponger les coûts qui augmentent? Est-il possible de trouver de nouvelles sources d’efficacité dans l’appareil public? Ou faut-il penser à revoir le panier de services offerts à la population?

D’autres chiffres, ceux de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques :

Nombre de personnes de 15-64 ans pour chaque personne de 65 ans et plus :

  • 1971 : 9,4
  • 2013 : 4,1
  • 2050 : 2,1

source : Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques

Lancer un signal aux familles, aux consommateurs, aux contribuables

Les Québécois paient beaucoup d’impôts et de taxes. Mais, en retour, ils ont de généreux services et des programmes uniques comme les garderies à tarif réduit, l’assurance médicaments, les congés parentaux, etc.

Faut-il repenser la fiscalité au Québec?

Faut-il baisser les impôts, baisser les taxes?

Ou, au contraire, faut-il poursuivre la hausse de la taxation des mieux nantis?

Et pour les entreprises, doit-on repenser également la fiscalité?

Nos finances publiques permettent-elles de proposer un allègement fiscal aux individus et aux entreprises? En avons-nous les moyens?

Créer de la richesse tout en réduisant les inégalités

Créer de la richesse est un concept bien relatif. Qu’est-ce que ça veut dire exactement? Est-ce que c’est d’exploiter les ressources du Québec? De baisser les impôts afin que les consommateurs aient plus d’argent à dépenser? D’investir dans l’économie du Québec à l’aide d’incitatifs fiscaux?

Il sera intéressant de lire les propositions des partis pour créer de la richesse. Et comment vont-ils faire pour que l’ensemble de la population profite de cette création de richesse? Nos sociétés occidentales se sont beaucoup enrichies depuis 35 ans, mais les inégalités ont considérablement grandi en parallèle. Est-ce que cette création de richesse est la bonne?

Le Québec est considéré comme l’un des endroits en Amérique du Nord parmi les moins inégalitaires et où la qualité de vie est particulièrement élevée. Comment conserver ces palmes tout en augmentant la richesse des individus, des entreprises et de la collectivité?

Assurer une retraite décente à l’ensemble de la population

Près de la moitié des personnes de 65 ans et plus ont besoin du supplément de revenu garanti pour arriver à joindre les deux bouts. C’est un signal de pauvreté. Pourquoi? Parce que le Canada est l’un des endroits dans les pays avancés où le remplacement du revenu de travail est le plus faible à la retraite.

Environ le tiers des gens n’ont pas de REER ou d’épargne pour la retraite. Et quatre travailleurs sur cinq dans le secteur privé n’ont pas de régime de retraite complémentaire.

Deux enjeux sur cette question :

  1. Comment améliorer la protection des personnes à la retraite? REER obligatoire? RRQ plus généreux, donc hausse des cotisations?
  2. Et jusqu’où doit-on repenser la capitalisation des régimes de retraite à prestations déterminées? Faut-il poursuivre dans la voie annoncée, qui est celle de demander aux travailleurs du secteur public de contribuer à 50 % de leur régime de retraite et d’abaisser ainsi la contribution de l’employeur? Vaut-il mieux partager les risques?

Le défi de cette élection ne réside pas dans des mesures à court terme, qui pourraient s’apparenter à des bonbons électoraux. Les Québécois attendent des propositions réalistes, structurantes, innovantes. Pour y arriver, il faudra du courage.

« Des informations plus détaillées »

mercredi 19 février 2014 à 11 h 42 | | Pour me joindre

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Quand le ministre des Finances Nicolas Marceau affirme qu’il y aura beaucoup de lecture dans le budget 2014-2015 – c’est ce qu’il a déclaré mardi –, j’ose le croire! J’espère, 18 mois après son premier budget, que ce document essentiel et important sera étayé, touffu et complet, même s’il n’est pas déposé, débattu, ni adopté. Qu’il y ait des élections prochainement ou pas, et peu importe qui est au pouvoir, le Québec fait face à des défis de taille : la productivité, la croissance des dépenses en matière de santé et le vieillissement de la population.

Il nous faut un plan de match générateur de revenus récurrents et qui permet un contrôle serré et sérieux des dépenses. Le ministre Marceau affirme qu’il maîtrise les dépenses, ce que réfute l’opposition. On peut en débattre longtemps, mais je vous dirais que l’état des lieux se résume en bonne partie à un paragraphe essentiel dans le rapport du vérificateur général sur l’analyse de la mise à jour économique du gouvernement Marois.

Page 70 :

« Le contrôle rigoureux et responsable des dépenses est l’une des mesures importantes définies par le gouvernement pour atteindre le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016. Toutefois, Le Point [ la mise à jour de novembre] ne contient pas d’information permettant de voir comment les dépenses seront contrôlées et quels sont les risques associés à l’objectif ambitieux de faible croissance des dépenses. Compte tenu de l’ampleur des montants en cause, il aurait été pertinent que le gouvernement produise des informations plus détaillées. »

Voilà : « des informations plus détaillées », c’est ce qu’on attend du deuxième budget du ministre Marceau. Il nous faut beaucoup d’informations sur les quatre enjeux suivants :

  1. Contrôle des dépenses : Le gouvernement veut réduire la croissance des dépenses à 2 % par année. Pour l’exercice qui se termine, le ministre vise 2,5 %. Pour les sept premiers mois de cet exercice, nous sommes à 3,1 %. C’est ambitieux de croire qu’on va arriver à limiter la croissance des dépenses à 2 %. Il faut faire des efforts d’économies. Souhaitons que le ministre nous dise comment il va y parvenir, quels seront les moyens adoptés.
  2. Création de richesse : Le gouvernement mise sur une fiscalité active et dynamique pour stimuler les investissements au Québec. Est-ce une bonne stratégie pour créer de la richesse et générer de nouveaux revenus pour le gouvernement? Faut-il baisser les charges fiscales des entreprises pour les pousser à investir davantage? Faut-il taxer davantage certains services?
  3. Vieillissement de la population : Pour la première fois depuis des décennies, il y a plus de gens qui sortent de la catégorie des 15-64 ans qu’il en entre. La population active va baisser, les baby-boomers partiront massivement à la retraite dans les prochaines années. Il y a longtemps qu’il faut un plan de match chiffré et prévisible à ce sujet.
  4. Productivité : Le Canada est en retard sur les États-Unis en matière de productivité, et le Québec est en retard sur le reste du pays sur ce point. Comment stimuler les investissements des entreprises dans du matériel et des technologies innovantes? Faut-il en faire plus pour arrimer la recherche avec les besoins du marché du travail et des entreprises? Comment améliorer la productivité dans la fonction publique?

Et vous, quelles sont vos attentes?

À jeudi 16 h (HNE)!

Les 5 grands défis de Pauline Marois

mercredi 5 septembre 2012 à 12 h 53 | | Pour me joindre

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La soirée électorale s’est terminée tragiquement la nuit dernière au rassemblement du Parti québécois à Montréal. L’enquête nous en dira plus long sur les circonstances de cet événement. J’offre mes plus sincères condoléances à la famille de l’homme qui a perdu la vie.

La nouvelle première ministre du Québec, Pauline MaroisPour la suite des choses, les défis qui se présentent à la nouvelle chef du gouvernement du Québec sont de taille. Et ils le seront encore plus dans un gouvernement minoritaire, qui détient seulement une avance de quatre sièges sur la nouvelle opposition officielle du Parti libéral.

Qui aurait cru en janvier que Pauline Marois allait être première ministre neuf mois plus tard, alors que ses appuis à l’interne et dans l’ensemble du Québec fondaient comme neige au soleil? Qui aurait cru que le Parti libéral allait revenir si fort dans l’opposition après neuf ans de pouvoir et quantité d’allégations de corruption?

Le résultat, c’est un gouvernement qui n’aura pas du tout les coudées franches pour mettre en œuvre son plan de match socioéconomique. Mais souhaitons que les partis d’opposition et le nouveau gouvernement collaborent sainement et sincèrement pour faire avancer l’économie du Québec dans le bon sens, une économie qui, je vous le rappelle, ralentit sérieusement.

Alors, les cinq grands défis économiques de Pauline Marois, première ministre, sont les suivants :

  • Continuer à viser le déficit zéro afin de ne pas alimenter les craintes exprimées par certains quant au maintien de la note de crédit du Québec au niveau actuel. Cet objectif doit tenir malgré l’annulation des hausses de tarifs prévues (électricité, scolarité, contribution santé) et dans un contexte de ralentissement économique;
  • revoir le pacte entre employés et municipalités, entre les Québécois et la RRQ, afin d’assurer la viabilité des régimes de retraite;
  • préciser la politique du gouvernement sur le Plan Nord et le régime des redevances, la protection des sièges sociaux et le rôle de la Caisse de dépôt et placement, ce sont des changements majeurs qui étaient prévus dans la plateforme du Parti québécois;
  • à plus long terme, établir une stratégie réaliste pour faire face au vieillissement de la population : combler le manque à venir de main-d’œuvre, prolonger la vie au travail des Québécois, améliorer la productivité et surtout favoriser l’éducation des Québécois en misant sur la formation continue et la diplomation;
  • revoir le pacte fiscal avec Montréal pour lui donner une structure plus simple, stimuler son économie, faire baisser le chômage et redonner à la ville centre un attrait qui s’étiole au profit des banlieues.

En marge de ces défis, le futur ministre des Finances, probablement Nicolas Marceau, doit préparer un plan de relance économique, comme le gouvernement du Canada le fait en ce moment aux dires du ministre des Finances Jim Flaherty, en cas de ralentissement marqué de l’économie mondiale et de l’économie québécoise.

Compte tenu du contexte économique et politique, je crois qu’on peut dire que la tâche sera ardue.

Quand la bulle électorale aura éclaté au petit matin du 5 septembre, on constatera que la réalité économique du Québec, du Canada, des États-Unis, de l’Europe et de la Chine n’a rien à voir avec les milliards de dollars en promesses de notre campagne électorale.

Le défi budgétaire du Québec, celui qui se dressera devant nous au cours des deux prochaines décennies avec le vieillissement de la population, le poids des régimes de retraite et l’absence d’amélioration de notre productivité, ce défi à relever n’a pas trouvé de réponses convaincantes lors de cette campagne. Ou bien les partis ont peu de vision, ou bien ils n’ont pas voulu nous dire la vérité!

Au lieu de promesses, de cadeaux et de cadres financiers parfois douteux, les partis politiques auraient mieux fait de nous offrir un programme axé sur la prudence et le réalisme.

Que nous réserve l'avenir, en économie?
Le savent-ils que l’économie et l’emploi stagnent depuis plusieurs mois au Québec?

Réalisent-ils que les prix des minéraux, qui sont censés nous aider à rembourser notre dette, sont en chute de 15 à 25 % depuis leur dernier sommet et que plusieurs entreprises commencent à revoir leurs projets?

Sont-ils conscients que la Chine ne cesse de décélérer et que l’économie de l’Europe, des États-Unis, du Canada, l’économie mondiale finalement, dépend de sa demande, d’abord et avant tout?

Entendent-ils les appels de Mark Carney et de Jim Flaherty, qui demandent aux entreprises de redonner de l’argent aux actionnaires, d’investir dans l’économie, de la stimuler et de cesser de s’appuyer sur leurs 525 milliards de dollars en liquidités? En passant, peut-on leur en vouloir si l’économie mondiale ralentit?

Ont-ils lu le rapport du Bureau du budget du Congrès américain, qui s’inquiète d’un retour en récession en 2013 aux États-Unis avec les compressions prévues l’an prochain et l’expiration d’allégements fiscaux? Cette crainte est justifiée compte tenu du blocage politique en cours aux États-Unis, blocage qui va perdurer au moins jusqu’en janvier, au moment où sera investi le prochain président des États-Unis (Romney ou Obama). La croissance est déjà faible aux États-Unis et demeure largement appuyée sur la consommation.

Sont-ils au fait de l’impact négatif potentiel des cours élevés du pétrole, alimentés par les craintes d’un conflit armé avec l’un des plus gros producteurs de pétrole du monde, l’Iran?

Savent-ils que l’enjeu principal en ce moment, c’est de savoir si la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale d’Europe vont de nouveau intervenir pour soutenir les marchés financiers, par l’achat d’obligations et de bons du Trésor?

Je sais que les Christian Dubé, Nicolas Marceau, Raymond Bachand, Jean-Martin Aussant et les leaders économiques des partis sont au courant de cette situation. N’auraient-ils pas dû en tenir compte dans leur plan de match et dans leur cadre financier? Et tout au long de la campagne? Tout cela peut sembler conjoncturel. Mais ça fait plus de quatre ans que la crise financière est en cours. Ses effets se font toujours sentir et on ne sait absolument pas quand tout cela va se terminer.