Billets classés sous « usine »

L’équipe et les bénévoles qui ont mis sur pied la nouvelle médiathèque Nelly-Arcan à Lac-Mégantic ont de quoi être fiers. Après avoir tout perdu dans la tragédie du 6 juillet dernier, ils sont parvenus, grâce à la générosité des Québécois, à reconstruire une collection de livres, disques, DVD, journaux et autres collections en 10 mois à peine.

Surtout, ce lieu est un modèle à tous les points de vue. Je vais vous expliquer pourquoi. D’abord, je dois vous dire que j’ai eu le plaisir de participer à la journée « portes ouvertes » de dimanche à l’invitation de la médiathèque. J’y étais parce que je suis originaire de la région et parce que je suis, avec l’économiste François Delorme, l’auteur d’un livre sur les questions que les gens se posent sur les enjeux économiques. On a fait d’une pierre deux coups. Quelle journée, quelle formidable journée, malgré la grisaille persistante du temps.

Des centaines de personnes de Lac-Mégantic et de la région sont venues voir dimanche le fruit du labeur des gens de la médiathèque. Quand je vous dis que ce projet est un modèle à suivre, c’est que les personnes à la tête du projet ont su marier patrimoine, histoire, culture et sobriété en un même lieu, avec finesse et intelligence.

Le lieu, c’est l’ancienne usine de textile de la Canadelle à Lac-Mégantic, où ont travaillé des centaines de personnes de la région jusqu’en 2007, surtout des femmes. L’équipe de la médiathèque a su conserver les vieux planchers, où de vieilles aiguilles sont encore coincées entre les lattes de bois, ainsi que les vieux plafonds. Des photos de l’usine ont été conservées et encastrées dans les murs, en rappel de l’histoire. Et d’anciennes employées ont été invitées à l’inauguration afin de témoigner de l’histoire qui se poursuit en ce lieu.

L’aménagement est simple, efficace, aéré, surtout bien éclairé. C’est chaleureux et on a le goût d’y être et de s’y installer pour lire.

Et l’équipe a eu la brillante idée de rappeler la mémoire de Nelly Arcan, auteure partie trop vite qui aura su, en peu de temps, s’inscrire dans l’histoire littéraire du Québec. Nelly Arcan, que j’ai croisée à la polyvalente Montignac il y a plus de 20 ans, est originaire de Lac-Mégantic et a travaillé à la bibliothèque de l’endroit dans sa jeunesse.

La récupération d’un site de travail comme une usine de textile pour en faire un lieu de culture, l’hommage senti à une artiste d’exception et l’agencement de la lumière, du mobilier et de l’espace, tout y est. La médiathèque Nelly-Arcan est inspirante à plusieurs égards.

C’est malheureusement la même histoire qui se répète. Une usine qu’on n’a pas rénovée quand il le fallait, des travailleurs vieillissants, un modèle de gestion et des technologies de moins en moins adaptés aux exigences de l’économie d’aujourd’hui. Et paf, d’un coup, les propriétaires annoncent la fermeture de l’usine.

Des gens, qui y sont depuis tout le temps, qui voyaient les lueurs de la retraite à quelques pas, assistent impuissants à l’effondrement d’un monde et d’une bonne partie de leurs espoirs.

Ce genre d’événement est plus violent que n’importe quel vidéoclip ou épisode de 19-2! C’est la réalité. C’est la vraie vie. Ce sont de vraies personnes – 216 dans le cas de l’usine Old Dutch à Montréal – qui subissent la décision d’un propriétaire qui a ses raisons c’est certain, mais qui, dans le cas d’Old Dutch, manque littéralement de compassion. Le communiqué est direct et précis :

« Les Aliments Old Dutch Ltée a annoncé aujourd’hui qu’elle mettra un terme à ses activités de production et d’entreposage à son usine de Lachine (Québec) le 27 septembre 2013. L’usine a été construite en 1964 par Humpty Dumpty Inc. et a été exploitée sans interruption depuis lors comme usine de fabrication de grignotines. Humpty Dumpty a été acquise par Les Aliments Old Dutch Ltée en 2006. L’usine a atteint la fin de sa vie utile et Les Aliments Old Dutch Ltée a déterminé qu’il n’était pas faisable de rénover l’usine ou d’ouvrir une nouvelle installation de fabrication de grignotines dans la région. Cette fermeture touchera quelque 216 personnes qui sont présentement soit des employés actifs ou en statut de mise à pied. Dorénavant, le marché du Québec sera approvisionné par d’autres usines de Les Aliments Old Dutch Ltée situées au Canada. Les activités de vente se poursuivront normalement et il est prévu que les clients ne subiront aucune rupture d’approvisionnement pendant cette phase de transition. »

Un communiqué froid. Aucune forme de remerciement. Cela dit, les entreprises, comme Old Dutch, ont tout à fait le droit dans notre société de fermer une entreprise si elles jugent que ce n’est plus dans leur intérêt financier.

Quand un jeune travailleur perd son emploi, il réussit généralement à se trouver un autre emploi. Ce n’est pas sans conséquence toutefois : perdre son emploi, c’est angoissant, c’est enrageant, c’est décevant. C’est un coup dur sur le plan financier. Et, vous le savez, il y a des gens aussi qui ne se remettent pas vraiment d’une perte d’emploi.

Perdre son emploi quelque part dans la cinquantaine peut être terrorisant. Les travailleurs d’Old Dutch l’ont dit à notre caméra : comment pensez-vous qu’on va se retrouver un emploi à notre âge? Qui veut embaucher un travailleur de 57 ans aujourd’hui? Bien sûr qu’il y a des entreprises qui ont besoin de travailleurs « expérimentés ». Mais, de façon très générale, les femmes et les hommes qui approchent la soixantaine, qui ont travaillé au même endroit presque toute leur vie, ont beaucoup de difficultés à retrouver du boulot.

Alors, que faire

Comment éviter ces fermetures brutales et sans âme? Comment encourager les entreprises à trouver des solutions pour leurs employés, qui peuvent prendre la forme de transferts, d’offres de formation ou de retraites anticipées?

Pourrait-on faire mieux?

Les travailleurs de 2012

mercredi 2 mai 2012 à 13 h 13 | | Pour me joindre

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Mardi, c’était la fête des Travailleurs. Aujourd’hui, mercredi, c’est le premier anniversaire de l’élection d’un gouvernement majoritaire fédéral à Ottawa. Voilà deux événements qui nous poussent à réfléchir à la situation des travailleurs au Canada.
 
C’est important de le faire parce que la réalité socioéconomique des travailleurs change rapidement. C’est vrai surtout pour ceux qui travaillent dans les secteurs manufacturier et forestier.
 
Jeunes travailleursLes fermetures d’usines sont nombreuses, souvent expéditives, draconiennes, brutales et irréversibles. Les exemples sont nombreux : Aveos, qui a fermé du jour au lendemain en mars, laissant tomber 2400 travailleurs; Mabe en janvier, qui va fermer ses installations de Montréal en 2014, ce qui entraînera la perte de près de 740 emplois; Electrolux en 2010 a annoncé le transfert de ses activités de L’Assomption, à Memphis, au Tennessee, soit la mise à pied de 1300 travailleurs d’ici la fin de 2013.
 
Il faut ajouter White Birch et AbitibiBowater, et quantité d’autres entreprises, qui ont mis fin à des activités, qui ont fermé des usines, qui ont provoqué, par leurs décisions, un chambardement total dans la vie de milliers de travailleurs et de leur famille.
 
Les raisons pour expliquer ces fermetures sont multiples : les coûts de main-d’oeuvre sont apparemment plus bas ailleurs, la force du dollar canadien nuit à la rentabilité, les soutiens publics sont beaucoup plus alléchants aux États-Unis qu’on ne peut pratiquement plus les refuser, etc. Sur ce dernier point d’ailleurs, le gouvernement américain et les États ne cessent d’offrir des cadeaux aux entreprises depuis quelques années pour maintenir ou pour gagner des emplois. C’est une nouvelle stratégie, purement protectionniste, que les Américains ont développée pour ralentir la décroissance de leur secteur manufacturier.
 
Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement décide de mettre fin au monopole de la Commission canadienne du blé, négocie avec ardeur et conviction des accords de libre-échange bilatéraux et multilatéraux qui font craindre l’abandon de certaines protections industrielles, mise beaucoup sur la réduction des impôts des entreprises au point d’offrir à ces sociétés un régime d’imposition parmi les plus faibles du monde. La stratégie de création de richesse et de développement de l’économie à Ottawa n’est pas axée d’abord sur le travailleur, mais surtout sur la concurrence, le marché et les entreprises. C’est un constat.
 
Le Mouvement Desjardins, dans sa publication Perspectives du printemps 2012, confirme les transformations en cours : de 2015 à 2020, le nombre d’emplois dans la fabrication devrait diminuer au Québec après une très faible progression de 2010 à 2015.
 
Il faut des travailleurs en usine. Il nous en faudra toujours. Mais la redéfinition du monde manufacturier sur la planète, les lois en vigueur, le marché qui domine et l’approche libérale de plusieurs pays occidentaux obligent les travailleurs et les syndicats à une profonde réflexion sur deux choses : leur rapport de force et leur stratégie pour maintenir, sauver et contribuer à créer des emplois.

Retraites : le contrat social en jeu

jeudi 12 janvier 2012 à 15 h 25 | | Pour me joindre

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C’est le contrat social qui est en cause! On a promis à des millions de travailleurs des retraites agréables, douces et reposantes. On nous a chanté pendant des années « Liberté 55 » et, aujourd’hui, on annonce qu’il faut changer complètement les règles. La promesse d’une belle retraite ne sera pas tenue pour tout le monde.
 
Prenez les travailleurs de la papetière White Birch à Québec, qui ont refusé massivement la dernière offre de leur entreprise hier. Pour que leur usine demeure ouverte, les employés se voyaient proposer par leur employeur de mettre fin au régime en vigueur à prestations déterminées. Cela aurait entraîné une réduction de 40 % à 65 % des prestations selon le syndicat.
 
C’est une question de survie pour White Birch, mais c’est aussi un constat particulièrement navrant pour des hommes et des femmes qui ont travaillé fort toute leur vie, qui ont contribué à un régime de retraite dans des conditions précises, avantageuses et qui se voulaient rassurantes.
 
Aujourd’hui, tout s’effondre. Les revenus de retraite fondent, les règles changent, ça ne va pas plus du tout. Les actions et les obligations n’ont pas fourni les rendements attendus. Et on peut se poser des questions sur le niveau de prudence du législateur, qui a permis des congés de cotisation à une époque où tout semblait bien aller.
 
Fin des années 90, les régimes étaient surcapitalisés. Aujourd’hui, c’est tout le contraire et ça se produit au pire moment. En effet, au cours des deux prochaines décennies, des centaines de milliers de personnes vont prendre leur retraite et toucher leurs prestations. Les experts affirment qu’on n’y arrivera pas.
 
Alors, que fait-on? On remet tout sur la table? On renégocie les régimes, on ampute une partie des prestations prévues? On demande aux travailleurs actuels d’augmenter massivement, avec les employeurs, leurs cotisations aux régimes privés?
 
Déjà, la majorité des gens n’ont pas d’épargne ni de régime de retraite. La situation actuelle nous invite à une sérieuse réflexion sur les causes, les conséquences et les solutions. Le contrat social est en cause et des cas comme celui de White Birch risquent malheureusement de se multiplier.

Début d’année pénible au Québec

mardi 10 janvier 2012 à 15 h 24 | | Pour me joindre

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Vous avez 50 ans, vous travaillez dans une usine quelque part dans une région du Québec. Vous regardez les nouvelles, vous lisez votre journal, vous vous demandez si vous n’êtes pas le prochain. Depuis plusieurs semaines, les mauvaises nouvelles s’accumulent dans les secteurs de la construction et de la fabrication au Québec.