Billets classés sous « UPA »

Si vous fréquentez un marché public ou si vous habitez une région peuplée de producteurs de toutes sortes (et que vous les fréquentez!), vous achetez probablement une bonne quantité d’aliments produits localement. Mais, si vous allez à l’épicerie, il y a de grandes possibilités que vous tombiez sur des aliments importés, qui ont été entreposés et achetés en gros afin de vous faire payer un prix moins élevé.

emballage quebec souverainete alimentaireQuand même, il y a de nombreux épiciers qui sont plus sensibilisés que d’autres à la production locale et qui vous offrent une bonne sélection en magasin. Mais il y en a d’autres qui s’en moquent comme de la dernière pluie!

Manger local, bien des gens l’affirment et le croient, ça goûte bon et c’est souvent meilleur! Manger bio, c’est peut-être encore meilleur.  Le nombre d’agriculteurs bio a quadruplé depuis le début des années 2000 au Québec.

Toutefois, la critique la plus fréquente, c’est que ça coûte plus cher aussi. Le problème, c’est la quantité et les coûts de production. Une ferme qui produit de petites quantités, dans de bonnes conditions économiques, vend nécessairement ses fruits, ses légumes et ses viandes plus chers qu’un gros producteur industriel, qui a des contrats avec les plus grosses chaînes et dont les coûts de production sont très bas.

Pour la majorité des gens, c’est le prix qui compte d’abord et avant tout. Un sondage Ipsos Reid, réalisée pour la Banque Royale, nous apprend que  57 % des Canadiens cherchent les aubaines, comparent les prix, les épiceries, magasinent. Cette dernière statistique est très révélatrice.

Politique de souveraineté alimentaire du QuébecQuand on parle de prix, de quoi parle-t-on? On parle certainement du prix du produit à l’épicerie, le plus facile à voir et à comparer. Mais, acheter local, c’est faire tourner une roue de stimulation économique indéniable. Acheter chez son voisin, c’est nourrir sa propre communauté, sa propre économie. Et on peut, personnellement, en bénéficier.

Bref, c’est dans ce contexte que le gouvernement du Québec vient de publier sa politique de souveraineté alimentaire. Bonne nouvelle, nous disait notre invité jeudi soir à RDI économie, le professeur de l’Université Laval Daniel-Mercier Gouin. Il y a longtemps qu’on promettait une telle politique au Québec. On est à l’heure des principes et des intentions. On attend les actions, leur mise en application et la vérification de leur efficacité.

Plusieurs intervenants se réjouissent déjà de la politique du gouvernement, qui a pour objectif d’encourager la consommation de produits québécois. Le gouvernement veut mettre en place des incitatifs pour que les grands distributeurs s’approvisionnent davantage au Québec. Et il veut encourager, voire obliger, les institutions publiques comme les hôpitaux à offrir de la nourriture achetée au Québec. La SAQ, notamment, serait appelée aussi à mettre davantage en valeur les produits québécois.

D’autres groupes critiquent la politique du gouvernement Marois, affirmant qu’on s’éloigne trop du rapport Pronovost d’il y a cinq ans, qu’on n’en fait pas assez pour aider les agriculteurs dont les revenus sont en baisse et pour stimuler davantage l’agriculture biologique.

Cet enjeu de la consommation de produits alimentaires fabriqués au Québec est fondamental pour l’économie. Il y a 475 000 emplois dans le secteur bioalimentaire au Québec. C’est 12 % de l’emploi total, selon les données du ministère de l’Agriculture. À 21,8 milliards de dollars de PIB, c’est 7 % de l’économie.

Le gouvernement a-t-il raison de vouloir mettre en place une politique pour stimuler la consommation de produits québécois? Va-t-il assez loin? Ou doit-on laisser le marché agir et laisser les multinationales contrôler les étalages des épiceries à des prix qui nous paraissent plus concurrentiels?

Depuis 1941, le nombre de fermes au Québec a dramatiquement chuté, passant de 155 000 à 29 335 en 2011, selon les dernières données de l’UPA, l’Union des producteurs agricoles. C’est une baisse de 81 %, attribuable au développement des villes et aux déplacements des populations, à l’empiétement urbain constant sur les territoires agricoles et à des changements fondamentaux dans la structure financière de l’industrie et notre façon de nous alimenter.

Depuis 2007, l’UPA affirme que c’est au Québec, mis à part la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique, que le rythme de réduction du nombre de fermes est le plus lent. Depuis 2007, c’est environ 2,5 fermes qui disparaissent chaque semaine. Si on prend 2006, la moyenne est plutôt de 5,1. Il y a donc eu une certaine amélioration, mais la chute se poursuit tout de même.

On ne réécrira pas le rapport Pronovost ici, les causes, les conséquences, les recommandations, mais il est clair que nous sommes toujours dans un processus visant à trouver des solutions durables pour rendre le modèle agricole accessible et prospère.

L’une des avenues possibles pour les agriculteurs, les enfants de fermier ou ceux qui veulent se lancer dans ce secteur, c’est l’agriculture biologique. Ce n’est pas la seule option, mais le rapport Pronovost recommandait, en 2006, « que le gouvernement se dote d’une stratégie de soutien à la production biologique afin de répondre aux attentes des citoyens et des consommateurs québécois de remplacer les importations par des produits biologiques cultivés au Québec. » Le rapport recommandait aussi qu’on soutienne les producteurs ou le groupe d’agriculteurs actuels qui veulent procéder à une « reconversion vers la production biologique. »

Jean-Martin Fortier Jean-Martin Fortier se dit «fermier de famille». Il était l’invité de RDI Économie vendredi pour parler d’un manuel qu’il vient de publier, Le jardinier-maraîcher (Écosociété), qui s’adresse au professionnel comme à l’amateur. Son objectif : expliquer qu’on peut bien vivre d’une agriculture biologique et locale, non mécanisée, efficace sur une petite surface.

En se basant sur ses études universitaires, ses propres recherches et plusieurs visites à l’étranger, Jean-Martin Fortier a développé avec sa conjointe une méthode très productive d’exploitation du sol. Sur un hectare et demi, il parvient à produire plus de 200 paniers de légumes par semaine, d’une valeur d’environ 25 $ chacun, vendus à des ménages désireux d’encourager un producteur local et biologique. Et qui veulent bien manger!

C’est un modèle d’entrepreneuriat, un modèle d’affaires, mais aussi un mode de vie et un choix idéologique. Jean-Martin Fortier, en publiant son manuel, a le désir profond de partager l’idée que l’agriculture bio, c’est une « bonne affaire »! La démarche, la philosophie, les outils, les techniques, les méthodes, tout est expliqué clairement, avec de multiples détails et beaucoup de chiffres, dans ce livre qui offre, en plus, pour le jardinier amateur, une description des légumes à cultiver, qui offrent un bon rendement agricole et financier.

Il faut de la rigueur et de la discipline pour faire fonctionner avec autant de résultats une petite terre, comme celle cultivée par Jean-Martin Fortier dans les Cantons-de-l’Est. Il faut prendre des notes, beaucoup de notes, et se rappeler qu’il faut une excellente préparation avant de passer à l’action. Il y croit, et Le jardinier-maraîcher pourrait vous donner le goût de foncer à votre tour. En tous cas, notre agriculture a bien besoin de gens engagés et créatifs comme Jean-Martin Fortier…