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Est-ce bien 3 %?

Mardi 26 février 2013 à 11 h 01 | | Pour me joindre

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Petite vérification des faits pour rendre les choses plus claires. Au Sommet sur l’Enseignement supérieur, le ministre Pierre Duchesne et la première ministre Pauline Marois ont franchement campé leur position : tout converge vers une hausse des droits de scolarité indexée à environ 3 %. Sur le site du ministère, il est écrit que la proposition « prévoit notamment l’indexation des droits de scolarité selon le taux de croissance du revenu disponible des familles, soit environ 3 %, et l’inclusion des frais afférents dans le périmètre de cette indexation ».

En se basant sur les calculs assez complexes de l’Institut de la statistique du Québec, le revenu disponible des familles augmente, en effet, d’environ 3 % par année. De 3,3 % pour être exact si on prend la fourchette 2007-2011, les dernières données disponibles. Appréciez vous-mêmes les savants calculs de l’ISQ ici.

Ainsi, le revenu disponible des ménages totalisait :

en 2007 : 180,493 milliards
en 2008 : 188,701 milliards
en 2009 : 192,562 milliards
en 2010 : 197,531 milliards
en 2011 : 204,604 milliards

Il s’agit d’une hausse de :

en 2008 : +4,5 %
en 2009 : +2,0 %
en 2010 : +2,6 %
en 2011 : +3,6 %

Autrement dit, en temps de croissance économique, le taux de progression du revenu disponible augmente plus rapidement qu’en temps de récession. De 2007 à 2008, juste avant la récession, la croissance du revenu disponible a été marquée, soit 4,5 %. Puis, année de récession, la croissance n’a été que de 2,0 % en 2009. Et, avec la reprise, la croissance des revenus s’est accélérée en 2010 et en 2011.

Prenons donc les deux extrêmes pour évaluer la hausse possible des droits de scolarité :

  • À partir du niveau actuel moyen des droits à 2168 $ par année, une hausse de 2 %, donc indexée à la croissance du revenu disponible des ménages en 2009, signifierait une augmentation de 43 $ des droits;
  • Toujours en se basant sur le niveau actuel moyen de 2168 $, une hausse de 4,5 %, donc indexée à la croissance du revenu disponible des ménages en 2008, signifierait une augmentation de 98 $.

Je crois comprendre dans le vocabulaire du communiqué du ministère que le gouvernement projette d’indexer les droits de scolarité à la croissance du revenu disponible des ménages et non pas d’augmenter d’un niveau fixe, annuellement, de 3 %. Est-ce bien le cas? Si c’est ça, la hausse des droits sera donc variable. En se fiant aux données historiques, d’une année à l’autre, la hausse pourrait être coupée de moitié ou encore pourrait doubler.

Jacques Parizeau affirme que la gratuité scolaire est possible au Québec. Je vous laisse débattre. Voici des faits et des chiffres.

Selon le professeur d’économie Pierre Fortin, la gratuité scolaire entraînerait une hausse de la clientèle. À terme, il faudrait prévoir un ajout de 22 000 à 27 000 étudiants dans le réseau universitaire du Québec, selon lui.

À la base, selon les chiffres de l’Association canadienne du personnel administratif universitaire, cités par l’IRIS récemment, les revenus des universités provenant des droits de scolarité et des autres frais ont atteint en 2010-2011 la somme de 825 millions de dollars. « C’est donc dire, selon le chercheur Philippe Hurteau, que la gratuité scolaire, soit l’élimination de toute forme de tarification à l’université, coûterait cette somme. » L’ajout de clientèle signifierait un coût total de 1,1 milliard de dollars selon les calculs de Pierre Fortin. Cet argent ne comprend pas les sommes nécessaires pour combler ce que les recteurs considèrent comme un sous-financement des universités au Québec. Ils évaluent le tout à 850 millions de dollars. Pierre Fortin parle de 300 millions.

Alors, comment remplacer ces sommes?

La solution privilégiée par plusieurs, c’est de recommencer à taxer le capital des institutions financières, une formule jugée stable de taxation. Instaurée en 1947 au Québec, elle a été abandonnée en 2011. Taxer le capital, c’est taxer les actifs d’une entreprise (moins le passif) ainsi que les emprunts à court et à long terme. Si une entreprise ajoute 500 000 $ à la valeur de ses actifs, même par emprunt, une taxe s’appliquait sur ce capital.

Le problème avec cette taxe, c’est qu’elle décourageait l’investissement et l’amélioration de la productivité, en particulier pour le secteur manufacturier. Aujourd’hui, la proposition, c’est de la ramener pour les institutions financières, mais pas pour les entreprises de fabrication. Les sommes recueillies auprès des banques notamment permettraient de combler en tout ou en partie les coûts associés à la gratuité scolaire.

En 2006, les sociétés financières ont payé 737 millions de dollars en taxe sur le capital. La taxe était alors de 1,05 % pour les banques et de 0,525 % pour les autres entreprises du secteur des finances. Le printemps dernier, la CLASSE, inspirée par l’IREC, proposait d’instaurer sur quatre ans une taxe sur le capital des sociétés financières qui aurait atteint 0,7 % en 2016. Ça aurait permis de récupérer 410 millions de dollars. Selon l’Union des consommateurs, un taux de 1,2 % pour les entreprises financières entraînerait des revenus annuels de 800 millions de dollars.

Qu’en pensez-vous?

Comme c’est le cas en fin d’année, depuis plusieurs saisons déjà, on aime bien à RDI économie vous proposer des suggestions de lecture pour le temps des fêtes et les prochains mois. C’est ce que nous avons fait le jeudi 20 décembre à l’émission.

Voici donc les suggestions de lecture de nos journalistes et les miennes!

Et joyeuses fêtes!

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Dorison, Xavier (scénario) et Thomas Allard (dessin). 2012. HSE, Human stock exchange (tome 1). Dargaud Édition, 56 p. (proposé par Andrée-Anne Saint-Arnaud)

Francq, Philippe et Jean Van Hamme. 2012. Colère rouge (tome 18). 2012. Dupuis, 56 p. (proposé par Andrée-Anne Saint-Arnaud)

Bourguignon, François. 2012. La mondialisation de l’inégalité. Coll. « La République des idées ». Seuil, 112 p. (proposé par Jean-Sébastien Bernatchez)

Acemoglu, Daron et James Robinson. 2012 Why nations fail. Crown Business, 546 p. (proposé par Jean-Sébastien Bernatchez)

Latynina, Julia. 2012. La trilogie du Caucase (2) : Gangrène. Actes Sud / Leméac, 516 p. (proposé par Daniel Bordeleau)

Musolino, Michel. 2012. La crise pour les nuls. Coll. Poche pour les nuls. Éditions First, 297 p. (proposé par Jean-Philippe Robillard)

Jérôme-Forget, Monique. 2012. Les femmes au secours de l’économie. Éditions Stanké, 192 p. (proposé par Maxime Bertrand)

Marron, Donald. 2012. Théories économiques en 30 secondes. Coll. Livres pratiques. Éditions Hurtubise, 160 p. (proposé par Maxime Bertrand)

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Pour ma part, voici quelques livres lus cette année, dont on a parlé à RDI économie :

Rubin, Jeff. 2012. La fin de la croissance. Éditions Hurtubise, 373 p.

  • La fin de la croissance ne signifie pas le début de la décroissance. C’est plutôt un rappel que notre planète ne peut plus en prendre plus. Nous consommons un pétrole cher, qui sera toujours plus cher. Il faut repenser notre modèle de production et de consommation.

Duhamel, Pierre. 2012. Les entrepreneurs à la rescousse. Éditions La Presse, 237 p.

  • C’est un cri du cœur de Pierre Duhamel pour nous rappeler que l’économie n’existe pas sans ces gens, les entrepreneurs, qui prennent des risques, qui créent de la richesse et qui donnent de l’emploi à des millions de personnes. C’est très fouillé.

Castonguay, Claude. 2012. Santé, l’heure des choix. Éditions du Boréal, 206 p.

  • Sortir l’hôpital du cœur de notre système, c’est ce que nous dit Claude Castonguay. La chaîne de prévention et d’intervention est totalement défaillante et on devrait avoir honte de notre système de santé, affirme l’ancien ministre. Des tonnes de solutions pour le nouveau ministre de la Santé au Québec, qui doit gérer le système avec une vision à long terme.

Mousseau, Normand. 2012. Le défi des ressources minières. Éditions MultiMondes, 260 p.

  • Livre à la fois technique et analytique. Livre de référence sur les mines, ressources et métaux du Québec. Normand Mousseau nous rappelle que ce secteur demeure modeste à l’échelle de l’économie du Québec et que le développement du nord ne va pas enrichir le Québec pour toujours.

Fortier, Jean-Martin. 2012. Le jardinier-maraîcher. Écosociété, 198 p.

  • Pour le jardinier-maraîcher expert ou le jardinier maison, ou pour l’amoureux de la nature et du vrai, il faut lire le livre du fermier Jean-Martin Fortier. C’est unique, c’est précis, sans prétention, simple, accessible et réaliste.

Martin, Éric et Maxime Ouellet. 2012. Université inc. Lux Éditions, 147 p.

  • Il n’y aura pas de hausse de droits de scolarité finalement au Québec. Et certains militent pour la gratuité. Ici, tous les arguments pour ceux qui ont porté le carré rouge. Le débat se poursuit.

Robichaud, David et Patrick Turmel. 2012. La juste part. Documents. Atelier 10, 97 p.

  • Avec le magazine Nouveau projet, Atelier 10 publie des essais sociaux, économiques, politiques. Jocelyn Maclure et Nicolas Langelier nous offrent une nouvelle publication tous les six mois remplie de bons et longs textes, dans une mise en page sublime et léchée. L’un des petits essais, qui se lit sur le bord du feu à la campagne ou dans le salon de votre condo, c’est celui-ci!

Voilà! Là-dessus, joyeuses fêtes, amusez-vous, faites attention à vous et à vos proches… et à l’an prochain. Et merci de faire vivre ce blogue depuis maintenant plus de six ans. Merci!

Quantité d’entreprises manufacturières ont fermé leurs installations au Québec pour déménager dans des villes où les subventions publiques sont plus qu’alléchantes ou pour s’installer là où les coûts de main-d’oeuvre sont bas.

On pense à Electrolux, qui va quitter L’Assomption pour Memphis en retour d’un soutien de la ville et de l’État du Tennessee de plus de 130 millions de dollars. On pense aussi à Mabe, qui va mettre la clé sous la porte de son usine de Montréal au profit de ses installations américaine et mexicaine. Et puis, il y a quelques jours, BRP annonçait que ses motomarines ne seraient plus produites à Valcourt, mais au Mexique.

On peut tenir les discours qu’on voudra, oui, le secteur manufacturier est en déclin. Au cours de la première décennie des années 2000, la part du manufacturier dans le PIB du Québec est passée de 23 à 16 %.

Productivité + éducation

La présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins Monique LerouxCela dit, dans un discours prononcé il y a un peu plus d’un mois, la présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, expliquait que ce secteur est toujours bien en vie chez nous et qu’on a tout intérêt à miser sur l’industrie manufacturière, qui représente toujours 90 % de nos exportations. Pour stopper le déclin et assurer la vitalité d’un secteur névralgique à l’économie du Québec, Monique Leroux affirme qu’il faut miser sur la productivité. « Il faut investir pour se repositionner et aller chercher sa part de succès dans une économie mondiale dont les pays émergents sont aujourd’hui la locomotive. »

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain a rendu publique une étude effectuée auprès de 103 dirigeants d’entreprises d’au moins 50 employés de la région métropolitaine de Montréal. Ces entreprises disent vouloir investir, mais elles disent avoir du mal à avoir accès à une main-d’oeuvre qualifiée. Il faut tout faire, maintenant, plus que jamais, selon les dirigeants, pour réduire le décrochage et augmenter le taux de diplômés universitaires. Ces gens-là ont confiance dans les capacités et les possibilités de leur ville. Mais il faut passer à l’action et stimuler davantage l’économie montréalaise.

L’OCDE a aussi publié un rapport la semaine dernière pour rappeler à tout le Canada que ses lacunes en matière de productivité pourraient nuire à son économie au cours des prochaines années. Et ça, les États-Unis de Barack Obama semblent l’avoir compris. D’abord, sa productivité est exemplaire. Et ses stratégies pour retenir et ramener des entreprises manufacturières sont agressives.

Délocalisation + soutien public

Le président américain, Barack Obama

Une étude publiée en mars par le Boston Consulting Group nous apprend qu’un virage est en train de s’amorcer chez nos voisins du sud. Un phénomène de « relocalisation vers les États-Unis » s’est amorcé écrivait Alternatives économiques dans son édition de mai 2012. « Depuis début 2010, le secteur manufacturier a créé 300 000 emplois nets, pour la première fois depuis 1990. »

 

Il y a cinq raisons principales qui expliquent ce phénomène :

  • la productivité des Américains demeure plus forte qu’en Chine, plus forte que partout ailleurs il faut le dire, beaucoup plus élevée qu’au Canada;
  • les salaires des ouvriers chinois augmentent de 15 à 20 % par année, sont passés de 50 ¢ l’heure en 2000 à 4,50 $ projetés en 2015;
  • les coûts de l’énergie – électricité et pétrole – augmentent en Chine et dépassent, en certains endroits, les coûts constatés aux États-Unis;
  • l’appréciation du yuan réduit la compétitivité des entreprises chinoises;
  • la qualité de la main-d’oeuvre est meilleure aux États-Unis qu’en Chine.

Une fois pris en compte tous ces facteurs, on constate que les coûts de production en Chine ne seront plus que 10 % inférieurs aux États-Unis en 2015. Le Boston Consulting Group affirme que dans trois ans, le Mexique sera moins cher que la Chine, mais le pays doit composer avec une main-d’oeuvre moins qualifiée, des infrastructures de faible qualité et un risque élevé lié à la sécurité.

Dans les circonstances, le secteur manufacturier américain demeure en vie et espère même un retour de croissance parce que le gouvernement fédéral, les États et les villes soutiennent leurs entreprises et ajoutent les sommes nécessaires pour faire pencher la balance en leur faveur.

Le Québec évolue dans le même marché et la même réalité. L’approche américaine peut certainement nous inspirer.

Sources : CCMM, Desjardins, BCG, Alternatives économiques, OCDE

 

Ceux qui croyaient que le gouvernement comptait sur l’essoufflement de la contestation étudiante pour mettre fin au conflit qui dure depuis février ont peut-être l’impression que Québec a eu raison d’adopter une telle stratégie. L’entente conclue samedi est loin d’atteindre les objectifs pour lesquels se sont battus les chefs étudiants : pas de gratuité, pas de gel des droits de scolarité.

En réalité, les faits sont les suivants : la hausse est certaine, la compensation est incertaine. La hausse prévue et maintenue est de 1779 $ sur 7 ans en incluant dans le calcul total un niveau d’inflation de 2 ou de 2,1 %. En retour, un comité sera formé pour analyser les économies potentielles qui permettraient de réduire les frais afférents obligatoires. Ces frais atteignent en moyenne 800 $ selon le gouvernement en ce moment.

Le comité pourrait trouver des économies pour réduire les frais afférents payés actuellement ou même les annuler complètement. Ça pourrait aller jusqu’à couvrir la hausse des droits. C’est à voir…

Les fédérations étudiantes ont déterminé des économies potentielles de 189 millions de dollars. La hausse des droits d’ici 7 ans dépassera les 350 millions de dollars.

Le président de la Conférence des recteurs et des principaux du Québec Daniel Zizian a dit, pour sa part, qu’il n’y avait pas grand-chose à couper dans les universités. Et qu’il sera difficile de trouver des économies substantielles. Faut-il le rappeler : les universités se considèrent comme sous-financées. Accepter de faire des économies de 200, 500, 1000 $ ou plus dans les frais afférents ferait revenir les universités au point de départ, ou presque, d’un point de vue financier.

Cela dit, les étudiants vont sans doute faire le bilan de ce qu’ils ont obtenu durant le conflit : bonification des prêts et bourses, accessibles à un plus grand nombre de familles et étudiants, étalement de la hausse sur sept ans au lieu de cinq, comité de réflexion sur la gestion des universités, réduction à déterminer des frais afférents.

De plus, la hausse de septembre est annulée par le report de 125 $ en frais afférents à la session suivante. Sachant que des élections auront lieu au Québec d’ici l’automne 2013, il y a fort à parier que le mouvement étudiant, en acceptant l’entente de samedi, pourrait faire le calcul qu’il lui est possible de reprendre éventuellement son credo pour un gel ou la gratuité après avoir gagné un peu de temps.

Que décideront les étudiants?

Hausse de 82 % sur 7 ans : le calcul

Vendredi 27 avril 2012 à 13 h 19 | | Pour me joindre

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La nouvelle proposition du gouvernement Charest pour les étudiants prévoit une hausse des droits de scolarité sur 7 ans plutôt que sur 5 ans. La hausse, qui avait été annoncée, tenait compte d’un taux d’inflation de 2 % et se situait donc au total à 1625 $ sur 5 ans, à raison de 325 $ par année. Le nouveau calcul, s’établissant sur 7 ans, tient donc compte de l’inflation également, et totalise ainsi 1779 $. C’est 254 $ par année.
 
Voici donc le calcul :
 
- droits de scolarité aujourd’hui : 2168 $
- droits de scolarité après la hausse de 1625 $ : 3793 $
- indexation de l’année 6 : 3793 x 1,02 (2 % d’inflation) = 3869 $
- indexation de l’année 7 : 3869 x 1,02 (2 % d’inflation) = 3947 $
 
Donc, la hausse est de 1779 $ (3947 – 2168), soit 82 % sur 7 ans en prenant en compte un taux d’inflation à 2 %.
 
Sur 5 ans, la hausse prévue était de 75 %, soit :
- 2012 : +15 %
- 2013 : +13 %
- 2014 : +11,5 %
- 2015 : +10,3 %
- 2016 : +9,4 %
 
Sur 7 ans, la hausse prévue est de 82 %, soit :
- 2012 : +11,7 %
- 2013 : +10,5 %
- 2014 : +9,5 %
- 2015 : +8,7 %
- 2016 : +8,0 %
- 2017 : +7,4 %
- 2018 : +6,9 %
 
Voilà. Faites vos jeux. Bonne fin de semaine…

Quelle université voulons-nous?

Mardi 10 avril 2012 à 11 h 12 | | Pour me joindre

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Après deux mois de grève dans de nombreux cégeps et universités du Québec, l’impact du mouvement de contestation sur les finances des étudiants, celles des universités, de l’État et de la société en général ne doit pas nous faire oublier l’enjeu fondamental qui émerge de cette longue grève : quel système d’éducation voulons-nous? Voulons-nous miser sur ce système qu’on a bâti ou le transformer en profondeur?

Le débat actuel dépasse maintenant l’enjeu des droits de scolarité. Deux visions s’affrontent : l’une s’appuie sur le principe de l’utilisateur-payeur. C’est la vision du gouvernement qui s’appliquera avec la hausse de 75 % des droits sur cinq ans, faisant passer la part du financement universitaire par les étudiants de 12 % à 17 % de l’enveloppe budgétaire. Cette vision s’exprime aussi par la bonification du programme de prêts étudiants, annoncée jeudi dernier, qui individualise le coût des études, qui responsabilise davantage l’individu qui choisit d’aller à l’université.

L’autre vision, c’est celle des associations étudiantes : le financement de l’éducation doit être public, collectif et massif. Bien que plusieurs sont convaincus que c’est la gratuité scolaire qu’on devrait annoncer au Québec pour aller au bout de cette logique, ils sont nombreux à croire maintenant que, dans le contexte actuel, il faut au moins protéger le minimum, soit le gel des droits.

Mais, à 2000 $ ou à 3500 $ par année de droits de scolarité, la réalité demeure la même. Une grande majorité de la population ne va pas à l’université et la situation ne s’améliore pas ou peu pour les classes les plus pauvres et les moins scolarisées. La question fondamentale est la suivante. Comment amener des jeunes de milieux sociaux démunis et peu scolarisés à entrer à l’université?

Il est normal qu’on veuille investir davantage dans nos universités. Mais, pourquoi? Et pour qui? Pour améliorer les fonds de recherche? Pour améliorer la compétitivité des universités et leur donner plus de moyens pour attirer les meilleurs candidats et les étudiants étrangers, qui paient des droits beaucoup plus élevés au Québec que les personnes nées ici?

Ces objectifs sont louables. Mais, qu’en est-il des jeunes issus des groupes sociaux les moins fortunés, qui forment la majorité des ménages québécois? Qu’en est-il des jeunes qui sont nés dans des familles où les parents n’ont jamais atteint l’université, soit la moitié des adultes au Québec? Que fait-on pour les amener à considérer l’université comme étant un chemin fréquentable? Ce n’est pas le seul, loin de là. Mais c’est une route qui doit sembler disponible, accessible, possible…

L’enjeu de base n’est pas que financier finalement. Il est aussi philosophique. Que doivent considérer les étudiants et leurs parents avant d’envisager une inscription à l’université? La première question qu’ils doivent se poser, est-ce : « Avons-nous les moyens financiers? » Ou encore : « Mon garçon, ma fille, as-tu les notes pour entrer à l’université? »

À court terme, les menaces financières qui planent vont probablement faire bouger les choses. Les étudiants pourraient perdre leur session et des revenus de travail, ce qui pourrait ralentir sérieusement le mouvement de grève. Les recteurs et les directions de cégep, de leur côté, voient leurs coûts augmenter sensiblement, ce qui pousse certains à faire pression sur le gouvernement pour un dénouement prochain. On verra ce qui va se passer.

Surtout, à moyen et à long terme, que restera-t-il du mouvement de protestation qu’on connaît présentement? Et quel signal enverra la hausse de 75 % en cinq ans? Nos universités seront-elles meilleures et plus compétitives? Surtout, l’accessibilité sera-t-elle plus grande?