Y a-t-il de « l’eau dans le gaz » dans le projet d’union libre du Canada et de l’Union européenne? À quelques semaines du début des négociations de libre-échange entre les États-Unis et l’Union européenne, on peut sérieusement se demander si les relations canado-européennes ne sont pas en train de dérailler. Les signaux envoyés sont tous au jaune. Et les irritants se multiplient.

Ce qui achoppe, ce sont les questions agricoles. Le Canada veut exporter plus de bœuf vers l’Europe. L’Union refuse et exige un accès plus grand au marché des produits laitiers du Canada. La plupart des autres points seraient réglés ou sur le point de l’être. Mais cette question bloquerait toutes les avancées supplémentaires.
Ce problème survient au moment où l’administration Obama est sur le point de lancer des négociations avec l’Union européenne. Si le Canada n’a pas conclu d’entente avec les Européens avant le début des discussions entre Washington et Bruxelles, comment pourrait-on prétendre à Ottawa que l’Union européenne a encore beaucoup d’énergie à mettre sur une entente. Le réel intérêt pour l’Europe, ce sont les États-Unis. Et ils sont sur le point de pouvoir y aller directement, sans passer par le nord.
Les relations commerciales entre l’Union européenne et les États-Unis représentent le tiers des échanges commerciaux mondiaux. Total de 645 milliards de dollars en 2012. Barack Obama sera en Allemagne les 18 et 19 juin prochain.
Dans l’urgence, le Canada devra-t-il plier sur des points cruciaux?
Il faut ajouter qu’il y a deux dossiers qui nuisent aux relations canado-européennes : le phoque et les sables bitumineux. Le boycottage des produits du phoque canadien a été confirmé, il y a quelques jours, une fois de plus. Et ça agace le Canada.
Et l’Europe est allergique au pétrole issu des sables bitumineux. Même si les Européens ne sont pas vraiment appelés à consommer de ce pétrole, ils continuent de mener une campagne contre ce type d’énergie. Le ministre fédéral des Ressources naturelles Joe Oliver affirme que les directives européennes sont discriminatoires et ne s’appuient pas sur la science. En notant les types de pétrole, les Européens minimisent les émissions de gaz à effet de serre (GES) émises par le Venezuela, selon Joe Oliver.
La Commission européenne pourrait bientôt conclure que les émissions de GES du pétrole des sables bitumineux sont 22 % plus élevées que le pétrole conventionnel. Le Canada pourrait saisir l’Organisation mondiale du commerce (OMC) du dossier.
L’enthousiasme qui a régné pendant un certain dans l’avenue d’une entente sur un libre-échange entre le Canada et l’Union européenne a disparu. Les yeux sont tournés vers Washington aujourd’hui. Et ce qui apparaissait récemment comme des petits détails à régler entre le Canada et l’Union européenne ressemblent de plus en plus à des cadenas difficiles à déverrouiller.
En Europe, tous les yeux sont tournés sur ces gouvernements qui ont du mal à contrôler leurs finances publiques, qui plongent un peu plus chaque trimestre dans la récession et qui provoquent de vifs débats sur l’avenir de la zone euro.
Encore cette semaine, en visite en France, le premier ministre Stephen Harper a déclaré que la situation ne pouvait plus durer, les dirigeants de la zone euro doivent trouver des solutions maintenant. À l’antenne de la CBC, il a déclaré qu’on ne pouvait pas attendre l’élection grecque qui aura lieu dans moins de 10 jours pour décider du sort de la zone euro.

