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Pendant que la Réserve fédérale des États-Unis annonce une première hausse de son taux directeur en neuf ans, la Banque du Canada, elle, parle de taux négatif et de ménages trop endettés, de marchés surévalués et de « pockets of risk », des zones à risque de surchauffe, essentiellement à Toronto et à Vancouver.

Comment expliquer que l’économie américaine puisse absorber une hausse de taux d’intérêt, alors que le Canada semble s’engluer dans une lente croissance économique et une banque centrale de plus en plus accommodante?

Quelques réflexions sur le sujet…

1- L’économie américaine est beaucoup plus diversifiée que la nôtre. La chute des ressources nous a bien fait voir la fragilité de l’économie canadienne. C’est pas moins de 20 % du PIB canadien qui s’appuie sur les ressources naturelles. Ce seul secteur a rapporté, en moyenne, par année, entre 2009 et 2013, 26 milliards de dollars aux différents paliers de gouvernement.

2- Le gouvernement américain a largement soutenu son économie de 2008 à 2011 pour assurer la reprise. La croissance des dépenses a recommencé à s’accélérer en 2014. Certains économistes sont d’avis que le gouvernement aurait dû en faire plus. D’autres ont reproché à l’administration Obama d’avoir alourdi la dette du pays. Au Canada, le gouvernement Harper a ralenti sensiblement la croissance des dépenses publiques de 2011 à 2015. Le graphique suivant montre que la croissance américaine a été parmi les plus fortes des pays riches entre 2011 et 2014.

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3- Le marché du travail aux États-Unis est jugé plus « flexible » qu’au Canada. Le salaire minimum est plus faible, le niveau de productivité est plus élevé. Ces caractéristiques du marché américain ont peut-être favorisé la baisse du chômage et la reprise économique. Toutefois, l’envers de la médaille, c’est que les États-Unis sont le pays riche le plus inégalitaire de la planète. Ce pays est puissant, c’est la première économie du monde. Mais, les écarts de richesse sont grands. Des dizaines de millions de personnes vivent dans la pauvreté. Plusieurs doivent occuper deux ou trois emplois pour espérer joindre les deux bouts. Tous les indices sociaux laissent voir un niveau d’inégalité élevé aux États-Unis, si bien qu’on peut se demander si la façon de faire des Américains en terme de croissance de la richesse est un modèle à suivre.

L’incertitude plane au Canada

Quoi qu’il en soit, la réalité aujourd’hui, c’est que les États-Unis sont en croissance, le niveau de chômage est faible et la banque centrale juge qu’elle peut recommencer à hausser ses taux d’intérêt. Elle fera, sans doute, preuve de prudence en évitant une succession rapide de hausses de taux. Au Canada, le niveau d’endettement des ménages est élevé, on craint l’éclatement de bulles immobilières dans certains marchés et la croissance économique tout comme les finances publiques sont malmenées par la chute des cours des ressources, surtout du pétrole.

Plusieurs économistes affirment que la Banque du Canada pourrait songer à une baisse de taux en 2016 et attendra certainement 2017 avant d’envisager une hausse de taux. L’écart entre les taux américains et canadiens est donc appelé à grandir, ce qui pourrait faire chuter davantage le dollar canadien. Une telle situation pourrait finir par stimuler davantage les exportateurs canadiens. Mais, sur d’autres plans, le Canada est désavantagé, notamment pour ce qui est des importations alimentaires, car 80 % des fruits et légumes, par exemple, sont importés.

L’économiste Jean-Pierre Aubry me fait remarquer que Statistiques Canada a rapporté mardi une baisse importante de la valeur du patrimoine national, soit la valeur des actifs non financiers au Canada. En raison de la chute des prix des ressources naturelles, la valeur des actifs a chuté de 190 milliards de dollars, l’équivalent de 9,5 % du PIB canadien.

« La baisse de la valeur de notre monnaie reflète également la baisse de notre richesse collective, selon Jean-Pierre Aubry. La valeur de nos importations est proche de 30 % de notre PIB. Si ces biens et services importés coûtent 33 % plus cher en raison de la dépréciation du dollar, cela implique un coût supplémentaire d’une valeur de 10 % de notre PIB. […] Le choc que nous subissons est important. »

Stimuler la croissance

Dans les circonstances, plusieurs experts soulignent que les investissements publics prévus par le nouveau gouvernement à Ottawa seront certainement bénéfiques à l’économie. S’il est vrai que les déficits seront plus importants que prévu, peut-être à 0,8 % du PIB au lieu de 0,5 %, il faut espérer que l’économie s’en portera mieux et que les nouvelles richesses créées produiront de nouveaux revenus pour les citoyens et l’État.

N’oublions pas que le gouvernement Trudeau a prévu un retour à l’équilibre budgétaire en 2019. Pour y arriver, il faudra que la croissance économique soit plus forte. Sinon, ce sont des compressions budgétaires qui devront être ramenées sur la table et peut-être une hausse de taxation.

Déjà, mardi, le ministre des Finances Bill Morneau a laissé planer la possibilité que le gouvernement puisse augmenter la TPS. Il est clair, en tout cas, que la réduction des taxes et des impôts depuis 10 ans au pays a largement amputé la marge de manoeuvre du gouvernement.

Investir dans les infrastructures stimule l’emploi et l’économie. C’est une équation assez simple, normale et reconnue. Les gouvernements doivent bâtir des routes, entretenir les viaducs, installer des ponceaux, refaire des canalisations. Ils doivent mettre des milliards de dollars chaque année dans la construction et la réfection d’infrastructures.

Dans la campagne électorale en cours, les partis en présence font des promesses d’investissements dans les infrastructures. Les conservateurs ont proposé dans leur dernier budget d’ajouter 750 millions de dollars de plus aux investissements en infrastructures au pays à partir de l’exercice 2017-2018. Le NPD promet d’ajouter 1,5 milliard avant la fin d’un éventuel premier mandat gouvernemental. Et les libéraux proposent de doubler les sommes prévues sur 10 ans, pour les faire passer de 65 à 125 milliards de dollars.

Quel est l’effet d’une hausse des investissements dans les infrastructures sur la situation budgétaire du gouvernement?

Pour financer les infrastructures, le gouvernement emprunte sur les marchés financiers. Par le truchement des obligations qui sont émises et que, vous, concitoyens, vous pouvez acheter pour épargner, le gouvernement finance ses investissements. Ainsi, la dette totale du gouvernement augmente lorsque l’État injecte des milliards dans ses infrastructures. Dans le budget, si la dette augmente, les coûts en intérêt vont augmenter, à moins que les coûts d’emprunt soient en baisse, ce qui pourrait amoindrir les coûts d’intérêt. Alors, oui, la dette augmente, mais sur le plan budgétaire, l’incidence est modeste.

Est-ce que d’investir dans les infrastructures stimule vraiment l’économie?

C’est une vieille recette pour les gouvernements. Quand ça va mal, l’État injecte plus d’argent dans les infrastructures pour soutenir l’économie. On peut inscrire cette façon de faire dans une approche keynésienne de l’économie : l’État investit, agit, intervient pour soutenir l’économie et pour suppléer au manque d’investissements privés. Barack Obama l’a fait dans la foulée de la Grande Récession. Jean Charest l’a fait aussi, dans un contexte différent toutefois : le Québec avait bien besoin en 2008-2009 d’investissements dans ses infrastructures croulantes!

Pour le Canada, est-ce la solution?

Dans la mesure où le Canada glisse possiblement en récession, investir dans les infrastructures est sans doute une solution économique éprouvée. De plus, augmenter la dette au Canada n’est pas un enjeu névralgique parce que le ratio dette/PIB du Canada est parmi les plus bas du G7. Et bien que le surplus annoncé dans le dernier budget Oliver ne tienne qu’à un fil, un déficit de 2,5 ou 10 milliards à ce moment-ci ne représente que de la petite monnaie comparativement à une économie de plus de 2000 milliards de dollars de PIB!

Si on s’endette davantage pour investir dans les infrastructures, ça change quoi pour le Canada sur le plan économique?

À court terme, ça stimule l’économie. Mais, à moyen et à long terme, on peut se demander ce que ça change aux problèmes fondamentaux de l’économie canadienne que nous avons commencé à aborder dans mon billet de mercredi dernier. La croissance du Canada est lente depuis plusieurs années, que le pétrole soit élevé ou non. Et les revenus budgétaires du Canada dépendent trop des ressources, dont les prix sont en baisse et dont la hausse n’est pas prévisible à court terme.

La productivité, c’est-à-dire l’amélioration de la valeur de production par heure de travail, stagne au pays. L’enjeu fondamental, c’est de rendre notre économie plus compétitive, plus concurrentielle, plus efficace et diversifiée, plus verte aussi, peut-être moins dépendante des aléas internationaux. Ces enjeux-là sont les vraies priorités du Canada.

Dans un texte qu’ils nous ont fait parvenir ce matin, le gestionnaire de placements Benoit Durocher et l’économiste Richard Beaulieu, d’Addenda Capital, citent le professeur d’économie Richard Thaler, de l’Université de Chicago, qui prononçait un discours à Montréal en mai dernier : « C’est une tragédie de voir les gouvernements ne pas emprunter à des taux d’intérêt en ce moment négatifs pour financer des projets d’infrastructures. » Benoit Durocher et Richard Beaulieu ajoutent qu’on devrait profiter des taux faibles pour investir dans les infrastructures qui génèrent de nouvelles innovations et qui stimulent la productivité.

Et donc…

Si le prochain gouvernement du Canada veut retrouver un équilibre budgétaire durable, non seulement il devra éviter d’amputer ses revenus en réduisant les taxes et les impôts, mais il devra travailler à une plus grande stabilisation de ses revenus budgétaires. Depuis plus d’une décennie au Canada, on se comporte comme si le prix du pétrole allait toujours augmenter.

Alors, comment générer une nouvelle croissance économique et plus de revenus pour l’État? Si la dette augmente parce qu’on investit, il faut nécessairement plus de croissance et plus de revenus. Espérons que les partis qui veulent notre confiance nous présenteront bientôt un cadre fiscal à long terme crédible.

 

D’influence et de puissance…

mercredi 9 octobre 2013 à 13 h 35 | | Pour me joindre

Pour me joindre

On ne peut pas parler du succès d’affaires de Paul Desmarais père sans faire mention des liens politiques qu’il a tissé tout au long de sa vie. Des années 50, où il a redressé l’entreprise d’autobus de son père, aux années 2000, Paul Desmarais a bâti un empire puissant, efficace, tentaculaire et très rentable, dans l’assurance, l’investissement  et, dans une certaine mesure, dans le secteur des médias avec les journaux de la division Gesca.

Pour arriver à ses fins, il a construit un réseau exceptionnel de contacts et de liens dans le monde des affaires, de la politique et de la culture, partout dans le monde, en Europe comme en Asie. Au fil des décennies, il n’a cessé de rapprocher ses décisions d’affaires du monde politique, de Trudeau à Charest, avec des liens particulièrement serrés avec Brian Mulroney et Jean Chrétien. D’allégeance conservatrice, il se disait idéologiquement près de Ronald Reagan, président des États-Unis de 1980 à 1988.

Même scénario en Europe, où il a fait des affaires avec les Bettancourt, Arnaud, Dassault et surtout Albert Frère, grand patron de la sidérurgie belge. Avec lui, il a investi dans plusieurs entreprises, GDF Suez, Total, Pernod Ricard et Lafarge, notamment. C’est Albert Frère qui lui a présenté en 1995 le politicien Nicolas Sarkozy. Devenu président de la France en 2007, Nicolas Sarkozy a clairement exprimé sa reconnaissance envers Paul Desmarais en le décorant du grade le plus élevé de la Légion d’honneur, la Grand-Croix. Nicolas Sarkozy l’a alors chaleureusement remercié : « Si je suis président aujourd’hui, c’est grâce en grande partie aux conseils, à l’amitié et à la loyauté de Paul Desmarais. »

Aujourd’hui, Power Corporation est présente dans votre vie. C’est LE géant de l’assurance au Canada, avec entre autres la Great-West, la London Life, la Canada-Vie. C’est aussi LE géant de l’investissement avec le Groupe Investors et Placements Mackenzie, notamment. C’est un acteur important dans le paysage médiatique québécois avec La Presse, Le Soleil et d’autres quotidiens. Et c’est aussi un investisseur important dans plusieurs entreprises en Europe : Lafarge, GDF Suez, Total et Pernod Ricard pour ne nommer que celles-là.

Paul Desmarais père est l’homme le plus riche du Québec, une des 300 personnes les plus riches du monde. On ne bâtit pas un tel empire sans casser des œufs. Ce lien très puissant qu’il a toujours entretenu entre le monde politique et le développement des affaires de Power Corporation a suscité de nombreuses critiques, qui courent encore aujourd’hui, même au jour de son décès. Les images de son domaine dans Charlevoix, avec les dignitaires invités pour de grandes fêtes, ont provoqué la plupart du temps des réactions négatives dans le grand public.

Et c’est important de souligner cet aspect important de la personnalité de Paul Desmarais père. Ceux qui l’ont connu, et qui faisaient partie des privilégiés, l’ont beaucoup aimé et apprécié. Les commentaires louangeurs de gens d’affaires et d’artistes affluent depuis l’annonce de son décès.

Mais l’homme a bâti une entreprise qui n’a jamais voulu s’exposer au grand public. Power Corporation a, depuis longtemps, une image froide et austère, refermée sur elle-même, qui n’a jamais laissé entrevoir les jeux de coulisse qui ont permis à cet homme de bâtir un monstre d’influence et de puissance.