Billets classés sous « travail »

C’est Alain Bouchard qui disait cette semaine que depuis 2011, l’économie du Québec est bloquée. Que s’est-il donc passé? Comment expliquer cette lente croissance, cette quasi-stagnation, qui touche le Québec encore aujourd’hui? D’une croissance moyenne de 2,1 % entre 1982 et 2007, nous sommes passés à une moyenne aujourd’hui de 1,3 %.

  • 2011 : +1,9 %
  • 2012 : +1 %
  • 2013 : +1,1 %
  • 2014 : +1,3 %

Le ministre des Finances Carlos Leitao prévoyait en mars 2014 une croissance de 2,1 % pour l’année en cours au Québec. Il a vertement raté sa cible. Et, au rythme où vont les choses, on se demande bien comment le Québec atteindra la barre des 2 % en 2015 et 2016 comme le prévoit le ministère des Finances. La croissance est lente et l’économie américaine a montré quelques signes d’essoufflement récemment.

Mais des emplois!

Malgré l’incertitude économique, nous assistons en ce moment à une reprise du marché de l’emploi. Tous les indicateurs sont au vert :

  • En 2015, au cours des 4 premiers mois : +50 000 emplois grâce au secteur public.
  • Depuis 1 an au Québec : +69 000 emplois grâce surtout au secteur privé.
  • Depuis 1 an, création de 68 700 emplois, dont 84 % sont à temps plein.

Pourquoi? Comment expliquer la croissance de l’emploi alors que la croissance économique n’est pas au rendez-vous? Deux réflexions.

La première : le Québec est-il en train de commencer à vivre le déclin de sa population active? La croissance de la population active n’est que de 1,4 % depuis un an. Le taux d’activité augmente, le taux d’emploi augmente, le taux de chômage baisse. Donc, les signaux sont positifs dans le marché de l’emploi, mais est-ce dû essentiellement à de nombreux départs à la retraite?

Deuxième réflexion : se pourrait-il que la confiance des Québécois vienne affaiblir la consommation et donc la croissance économique? Selon le Conference Board du Canada, l’indice global de confiance des consommateurs québécois a chuté de mai à décembre 2014, avant de rebondir un peu en début d’année 2015. Les dépenses des consommateurs ont augmenté de 2 % en 2014, mais ont presque stagné au cours de la deuxième moitié de l’année. Et l’an dernier, les investissements des entreprises ont baissé de 3,3 %, les dépenses en construction, de 0,5 %.

Poursuivons l’analyse, qu’en pensez-vous?

2051 : projections moins alarmantes!

lundi 22 septembre 2014 à 16 h 36 | | Pour me joindre

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C’est passé inaperçu, mais l’Institut de la statistique du Québec vient de revoir ses prévisions démographiques. Et l’impact du vieillissement de la population sera moins grand qu’attendu. C’est important d’en parler parce qu’une bonne partie des inquiétudes qui sont soulevées sur la pérennité des finances publiques du Québec sont liées au vieillissement de la population et à la réduction attendue des personnes en âge de travailler.

Disons tout de suite que le défi démographique demeure entier et que les prévisions des experts peuvent encore évoluer dans le temps. Mais, pour l’instant, les craintes de décroissance démographique se sont atténuées au point tel que l’ISQ reporte au siècle prochain les possibilités de baisse de population. Et encore là, on verra!

Ainsi…

  • la prévision pour le taux de fécondité au Québec est passée de 1,5 en 2003 à 1,65 en 2009, puis à 1,7 dans l’édition de 2014;
  • la prévision d’immigration internationale est passée de 28 000 en 2003 à 40 000 en 2009, puis à 44 000 en 2014;
  • et dans le solde des gens des autres provinces qui arrivent ici et des gens qui quittent le Québec pour d’autres provinces, la perte nette prévue pour le Québec était de 9000 par année en 2003, de 10 000 en 2009 et aujourd’hui, de 7500.

Sur les trois facteurs, la situation s’est améliorée par rapport aux projections de 2003 et 2009, ce qui fait en sorte que la population totale du Québec va augmenter un peu plus rapidement qu’attendu.

En 2003, on s’attendait à ce que la population du Québec se mette à décroître après 2031 pour tomber à 7,832 millions de personnes en 2051.

En 2009, on a coupé court au scénario de décroissance démographique. La population totale allait continuer d’augmenter pour atteindre 9,17 millions de personnes en 2051.

Dans l’étude qui vient d’être publiée, on porte le nombre de personnes pour 2051 à 9,84 millions de personnes.

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« La baisse des effectifs de la population en âge de travailler, les 20-64 ans, est repoussée d’une année, en 2017. Son léger déclin se poursuivra jusqu’en 2030, mais il sera ensuite suivi d’une remontée qui se stabilisera finalement autour de 5,2 millions de personnes à partir de 2046. Combinée à la hausse plus marquée des autres groupes d’âge, qui pourrait générer une demande supplémentaire en services de toute sorte, la relative stabilité des 20-64 ans accroît l’importance des enjeux associés au renouvellement de la main-d’œuvre. » — l’ISQ

On ne peut que se réjouir de ces informations, sans crier victoire. Le défi des finances publiques demeure entier au Québec et le vieillissement de la population et son impact sur les dépenses en santé particulièrement sont indéniables. Le commissaire à la santé nous rappelait il y a quelques jours que les visites à l’hôpital des personnes de plus de 75 ans avaient augmenté de 30 % depuis 10 ans, un taux comparable à ce groupe d’âge dans la population.

(le document de l’ISQ est ici + merci à ce blogue d’avoir bien vu les changements dans les prévisions)

Le problème de la retraite au Canada

lundi 1 septembre 2014 à 6 h 46 | | Pour me joindre

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Le Canada fait partie des pays où les régimes publics remplacent le moins le revenu de travail à la retraite. Selon l’OCDE, la pension de vieillesse, le supplément de revenu garanti et les rentes de la RRQ ou du RPC représentent environ 39 % du revenu de travail d’une personne de 65 ans et plus. La moyenne des 30 pays de l’OCDE est de 59 %. L’écart est considérable.

Pour voir ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

Si vous n’avez pas de régime d’employeur, ce qui est le cas de plus de 60 % des travailleurs au Canada, vous devez absolument avoir mis un peu d’argent de côté durant votre vie active pour espérer maintenir votre niveau de vie à la retraite. Les experts évaluent qu’il faut viser un revenu équivalent à 70 % de votre revenu de travail annuel pour espérer bien vivre. Autrement dit, si votre revenu annuel de travail était de 50 000 $, il vous faut planifier un revenu de retraite d’au moins 35 000 $.

Pour y arriver, vous pouvez compter sur la sécurité de la vieillesse (moins de 7000 $ par année) et les rentes auxquelles vous avez cotisé au cours de votre vie de travail par le truchement de la RRQ ou du RPC (maximum de 12 500 $ par année). Le reste doit être comblé par un revenu provenant d’un régime complémentaire de retraite ou un REER. Si vous n’y arrivez pas et que votre revenu ne dépasse pas 16 000 $ annuellement, vous aurez droit au SRG, le supplément de revenu garanti (9000 $ maximum par année). Au Canada, une personne de 65 ans et plus sur trois a besoin du SRG. Au Québec, c’est une personne de 65 ans et plus sur deux.

Pour regarder ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici

Que faire pour améliorer le sort des retraités et des futurs retraités?

  • À votre avis, faut-il bonifier le Régime des rentes du Québec et le Régime de pensions du Canada, quitte à ce qu’il faille cotiser davantage annuellement? L’Ontario a décidé de créer son régime des rentes qui viendra ajouter une somme supplémentaire aux rentes du Régime de pensions du Canada. Est-ce que l’Ontario est l’exemple à suivre?
  • Faut-il rendre le REER obligatoire, créer une sorte d’épargne obligatoire pour s’assurer que les gens auront suffisamment de revenus à la retraite?
  • Ou faut-il laisser la situation telle quelle en tentant de miser sur une meilleure éducation à l’épargne, même si beaucoup de gens affirment avoir de trop bas revenus pour arriver à épargner?

Qu’en pensez-vous?

Les travailleurs de 2012

mercredi 2 mai 2012 à 13 h 13 | | Pour me joindre

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Mardi, c’était la fête des Travailleurs. Aujourd’hui, mercredi, c’est le premier anniversaire de l’élection d’un gouvernement majoritaire fédéral à Ottawa. Voilà deux événements qui nous poussent à réfléchir à la situation des travailleurs au Canada.
 
C’est important de le faire parce que la réalité socioéconomique des travailleurs change rapidement. C’est vrai surtout pour ceux qui travaillent dans les secteurs manufacturier et forestier.
 
Jeunes travailleursLes fermetures d’usines sont nombreuses, souvent expéditives, draconiennes, brutales et irréversibles. Les exemples sont nombreux : Aveos, qui a fermé du jour au lendemain en mars, laissant tomber 2400 travailleurs; Mabe en janvier, qui va fermer ses installations de Montréal en 2014, ce qui entraînera la perte de près de 740 emplois; Electrolux en 2010 a annoncé le transfert de ses activités de L’Assomption, à Memphis, au Tennessee, soit la mise à pied de 1300 travailleurs d’ici la fin de 2013.
 
Il faut ajouter White Birch et AbitibiBowater, et quantité d’autres entreprises, qui ont mis fin à des activités, qui ont fermé des usines, qui ont provoqué, par leurs décisions, un chambardement total dans la vie de milliers de travailleurs et de leur famille.
 
Les raisons pour expliquer ces fermetures sont multiples : les coûts de main-d’oeuvre sont apparemment plus bas ailleurs, la force du dollar canadien nuit à la rentabilité, les soutiens publics sont beaucoup plus alléchants aux États-Unis qu’on ne peut pratiquement plus les refuser, etc. Sur ce dernier point d’ailleurs, le gouvernement américain et les États ne cessent d’offrir des cadeaux aux entreprises depuis quelques années pour maintenir ou pour gagner des emplois. C’est une nouvelle stratégie, purement protectionniste, que les Américains ont développée pour ralentir la décroissance de leur secteur manufacturier.
 
Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement décide de mettre fin au monopole de la Commission canadienne du blé, négocie avec ardeur et conviction des accords de libre-échange bilatéraux et multilatéraux qui font craindre l’abandon de certaines protections industrielles, mise beaucoup sur la réduction des impôts des entreprises au point d’offrir à ces sociétés un régime d’imposition parmi les plus faibles du monde. La stratégie de création de richesse et de développement de l’économie à Ottawa n’est pas axée d’abord sur le travailleur, mais surtout sur la concurrence, le marché et les entreprises. C’est un constat.
 
Le Mouvement Desjardins, dans sa publication Perspectives du printemps 2012, confirme les transformations en cours : de 2015 à 2020, le nombre d’emplois dans la fabrication devrait diminuer au Québec après une très faible progression de 2010 à 2015.
 
Il faut des travailleurs en usine. Il nous en faudra toujours. Mais la redéfinition du monde manufacturier sur la planète, les lois en vigueur, le marché qui domine et l’approche libérale de plusieurs pays occidentaux obligent les travailleurs et les syndicats à une profonde réflexion sur deux choses : leur rapport de force et leur stratégie pour maintenir, sauver et contribuer à créer des emplois.

Le jour de la marmotte?

lundi 16 avril 2012 à 11 h 53 | | Pour me joindre

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La résurgence des inquiétudes sur l’économie américaine nous rappelle ce qu’on vit depuis cinq ans. Chaque printemps, on a l’impression depuis 2008 que l’économie américaine va résister et rebondir. Et la réalité nous rattrape, les économistes réalisant qu’il y a encore beaucoup de travail à faire compte tenu de la situation économique mondiale et des risques qui planent toujours.
 
Drapeau américainOn se rappelle qu’en 2010, convaincue de la solidité de la reprise économique, la Banque du Canada avait choisi d’augmenter ses taux d’intérêt au printemps et à l’été. Elle a dû stopper net cette aventure en septembre compte tenu de la fragilité de la situation.
 
L’an dernier, la première moitié de l’année laissait poindre des espoirs de reprise durable ou à tout le moins un peu plus appuyée de l’économie américaine. Un incroyable affrontement politique à Washington et l’amplification de la crise de la dette en Europe sont venus calmer, une fois de plus, les ardeurs des plus optimistes.
 
Nous voici de nouveau dans une situation où plusieurs questions se posent. Après une poussée d’optimisme depuis octobre, incarnée par l’évolution des actions du Standard and Poors 500, les incertitudes reviennent à l’avant-plan :
 
1- la crise de la dette européenne est loin d’être terminée, alors que les coûts d’emprunt de l’Espagne grimpent, pays où le chômage dépasse les 23 %, même les 50 % chez les jeunes;
 
2- la croissance chinoise est de moins en moins forte, même si elle demeure largement plus élevée que celles des pays occidentaux;
 
3- avec une faible création d’emplois en mars, la reprise américaine est-elle vraiment solide?
 
Selon les analystes Pierre Fournier et Michael Fini, de la Financière Banque Nationale, « non seulement les chiffres sur l’emploi [aux États-Unis] ne reflètent pas adéquatement les réalités du marché de l’emploi, mais aussi, plus important, la qualité des nouveaux emplois créés dans le secteur des services s’amenuise. Par conséquent, les salaires, les avantages et le revenu personnel disponible stagnent, ce qui pourrait miner la capacité du consommateur américain à soutenir, de nouveau, une époque de croissance économique robuste et durable ».
 
Les deux experts rappellent qu’en mars, 164 000 personnes ont cessé de chercher de l’emploi aux États-Unis. Les revenus ne montent que très légèrement pour les citoyens.
 
Pourquoi, pensez-vous, le décollage est-il si difficile?

Le pouvoir de négocier en jeu

mardi 13 mars 2012 à 15 h 27 | | Pour me joindre

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Le gouvernement conservateur a décidé de dicter la marche à suivre dans les deux conflits de travail en cours à Air Canada, ne laissant plus de marge de manoeuvre aux syndicats, à l’employeur, même aux arbitres nommés dans ces affaires lundi.

Non seulement le gouvernement ne permet plus aux syndicats visés de faire la grève ou à l’employeur de déclencher un lock-out, mais il impose des arbitres sans consulter les parties, des arbitres qui auront, de surcroît, pour mandat de choisir une solution ou une autre, sans pouvoir couper la poire en deux.

Cette façon de faire soulève de sérieuses questions :
 
– Les syndicats et les employés ont-ils encore un vrai pouvoir de négociations?
 
– Pourquoi AC a-t-il annoncé un avis de lock-out jeudi, alors que le processus de médiation avec les pilotes n’était entamé que depuis trois semaines?
 
– Et pourquoi le gouvernement fédéral a-t-il tout de suite enchaîné, le jour même, avec le renvoi du dossier au Conseil des relations industrielles, suspendant du coup l’avis de lock-out contre les pilotes et la menace de grève des mécaniciens et bagagistes?
 
– Et pourquoi ne pas laisser le temps au Conseil d’analyser les dossiers avant de déposer une loi spéciale?
 
L’économie est trop fragile pour laisser de tels conflits se développer selon le gouvernement Harper, qui chiffre les pertes potentielles à plus de 20 millions de dollars pour semaine de travail. Et c’est pour cette raison qu’Ottawa choisit d’intervenir et d’orienter la suite des choses.
 
Je posais la question le 12 octobre, après l’intervention d’Ottawa dans le lock-out à Postes Canada et le conflit opposant les agents de bord à Air Canada : peut-on en arriver à la conclusion que les syndicats, dont les sociétés sont visées par les interventions fédérales, ont perdu une partie de leur pouvoir de négociations?

La question est simple et claire : « Des employés de certains dépanneurs Couche-Tard se sont syndiqués et des employés d’autres dépanneurs Couche-Tard sont en processus de syndicalisation. De manière générale, êtes-vous favorable ou défavorable à la syndicalisation des employés des dépanneurs Couche-Tard? »

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C’est Nicolas Marceau du Parti québécois qui disait le 14 septembre dernier sur nos ondes que le gouvernement Charest avait épuisé toutes ses munitions pour stimuler la croissance économique. Les investissements massifs dans les infrastructures ont permis au Québec d’éviter une récession importante et ont contribué à une reprise rapide de l’emploi et de la croissance. Mais, aujourd’hui, force est de constater que nos munitions sont épuisées.