Il ne faut pas se leurrer : les réactions ulcérées des gouvernements occidentaux aux informations obtenues par des journalistes d’enquête sur les avoirs de milliers d’individus dans les paradis fiscaux ne sont que des effets de scène. Ils savent, et nous savons tous, que des gens bien nantis et bien conseillés utilisent de nombreux stratagèmes fiscaux pour réduire leurs impôts. Depuis longtemps.
Les gouvernements qui mènent la marche du monde acceptent et approuvent la présence de pays et de juridictions à la fiscalité excessivement avantageuse pour les riches individus et les sociétés, notamment les banques.
Pour payer moins d’impôts, des gens d’affaires et des gens de pouvoir profitent de l’existence de ces passerelles fiscales, d’échappatoires de toutes sortes et de couloirs secrets et complexes, considérés comme étant légaux.
La fiscalité est essentielle au fonctionnement des états et est un outil stratégique dans la marche du commerce mondial et du développement de l’économie ainsi que pour attirer des investissements. C’est la fiscalité qui permet de garnir les coffres des gouvernements, qui permet aussi d’accorder des avantages à des citoyens, des groupes ou des sociétés. Mais c’est aussi en utilisant une tonne d’astuces fiscales qu’on peut se faufiler entre toutes les règles qui encadrent la circulation des revenus, des profits et des pertes.
Ce qui est révélé par des fuites et des enquêtes journalistiques, c’est un système connu des gouvernements occidentaux depuis des décennies. On peut sortir tous les noms qu’on veut de cette boîte à milliards, il n’en demeure pas moins que les règles fiscales en place, partout dans le monde, encadrent faiblement la circulation de l’argent vers les paradis fiscaux.
Le travail sérieux pour éviter les fuites de milliers de milliards de dollars vers les cocotiers et les palmiers ne fait que commencer.
L’affaire Depardieu en France est une histoire qui fait beaucoup de bruit, certes, mais elle est tout à fait révélatrice de la situation réelle des « vrais » riches. Ils sont mobiles! S’ils ne veulent pas subir les hausses d’impôts annoncées en France, au Québec ou aux États-Unis disons, ils peuvent partir, déménager, se trouver une nouvelle adresse pour déclarer leurs revenus. Comme le fait l’acteur Gérard Depardieu, qui partait pour la Belgique et qui est finalement tombé dans les bras de Vladimir Poutine en Russie.
En fait, cette histoire-là est devenue une obsession totale aux États-Unis. Si on ne réussit pas à éviter le choc fiscal provoqué par le précipice budgétaire, l’économie américaine va replonger en récession, entraînant avec elle l’économie mondiale. C’est ce qu’annoncent les experts, les gens de la bourse, les économistes, les analystes…
L’économiste Pierre Beaulne publie un texte éclairant dans un livre qui vient de paraître : Sortir de l’économie du désastre sous la direction de Bernard Élie et Claude Vaillancourt à M Éditeur. Il explique qu’un virage vers une « fiscalité d’usagers » s’est amorcé au Québec depuis déjà plusieurs années, « au tournant des années 90 ». Ce mouvement s’est ainsi amorcé sous le Parti québécois.
Compte tenu de ces charges supplémentaires, Raymond Bachand tenait à nous dire que les Québécois, depuis 2003, ont un revenu disponible aujourd’hui plus élevé. « Une fois dressé le bilan des mesures prises depuis 2003, on constate que les ménages québécois se retrouvent avec plus d’argent dans leurs poches en 2012 qu’il y a neuf ans », est-il écrit dans le document complémentaire au budget Les Québécois et leur revenu disponible.
Ainsi, on se dirige au fédéral vers un déficit de 24 milliards de dollars pour l’exercice 2011-2012 alors qu’on avait prévu 31 milliards. De plus, les économistes ont révisé à la hausse leurs prévisions de croissance économique en 2012, ce qui a fait dire à l’économiste Derek Burleton de la Banque TD que les revenus du gouvernement pourraient être plus élevés de 4 ou 5 milliards de dollars par année.
Pendant ce temps, le ministre des Finances à Québec tente toujours de contrôler ses dépenses. Le retour à l’équilibre est un travail beaucoup plus difficile parce que le gouvernement gère un modèle social qui nécessite des dépenses toujours un peu plus importantes. De plus, les charges fiscales sont déjà élevées. Et on réalise aujourd’hui que la croissance économique est faible et que le marché de l’emploi est en panne.
