Billets classés sous « taux d’intérêt »

Ralentir…

Mercredi 19 mars 2014 à 12 h 32 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Stephen Poloz

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a prononcé un discours important mardi à Halifax qui rejoint un constat de plus en plus répandu parmi les économistes : nous sommes appelés à connaître une faible croissance économique au cours des prochaines années. Ce sera le cas dans la plupart des pays occidentaux, dont au Canada.

Plusieurs membres de l’Association des économistes du Québec, comme Jean-Pierre Aubry, François Delorme ou Jean-Pierre Furlong, nous ont déjà parlé du nouveau paradigme qui se dessine : nous entrons, pour plusieurs raisons, dans une phase de croissance lente. L’économiste de l’UQAM Éric Pineault va plus loin et nous a parlé, lui, de stagnation économique.

Selon Stephen Poloz, « l’action conjuguée des forces démographiques et des retombées de la crise financière mondiale […] limite la croissance économique. […]L’économie mondiale ne souffre peut-être pas seulement d’une gueule de bois due à un lendemain de crise financière. D’autres forces à plus long terme sont aussi à l’œuvre ».

Il établit trois défis qui s’articulent au même moment : la morosité de la demande mondiale, les baby-boomers qui commencent à prendre leur retraite et l’augmentation du niveau d’épargne. « Lorsqu’un large pan de la population prend des décisions similaires, a dit le gouverneur Poloz devant un groupe de gens d’affaires, les conséquences de celles-ci sur l’ensemble de l’économie peuvent être notables. »

Lors de la conférence de presse après sa présentation, il est allé plus loin en expliquant que la marge de manœuvre est mince pour les banques centrales du monde. Difficile de baisser davantage les taux d’intérêt pour tenter de stimuler l’économie, alors que des forces s’attaquent aux structures mêmes de l’économie et peuvent venir annuler en quelque sorte une partie de l’impact habituel d’une baisse de taux.

Au cours des 30 dernières années, les baby-boomers travaillaient, ils ont stimulé l’économie, a-t-il dit. Aujourd’hui, nous assistons à un renversement de la tendance démographique. « Si vous voulez critiquer les baby-boomers pour l’avenir (parce qu’ils partent à la retraite), vous devez leur donner du crédit pour le passé! » Mais le passé étant déjà bien consommé, on n’a pas trop le choix de s’intéresser à l’avenir et de le regarder avec lucidité, n’est-ce pas?

Dans les circonstances, Stephen Poloz affirme que les gouvernements doivent être très prudents dans leurs actions. Il faut qu’ils mesurent correctement l’impact des décisions qui ont pour but de réduire la stimulation économique. Et ils doivent continuer d’améliorer l’environnement d’affaires pour les entreprises, en misant notamment sur le libre-échange, a-t-il indiqué.

Le Canada doit aussi composer avec une donne supplémentaire : la migration interprovinciale qui accentue les difficultés pour certaines provinces. Ce phénomène est exacerbé par le fait que l’économie canadienne fonctionne à « deux vitesses », selon Stephen Poloz, soit l’économie de l’énergie et le reste de l’économie canadienne.

Ces propos confirment les récentes observations des économistes Jacques Parizeau, Marc Van Audenrode, Pierre Fortin à propos de la situation du Québec. Le vieillissement de la population se fait plus rapidement au Québec qu’ailleurs au pays. Une quantité importante de travailleurs vont quitter la population active pour aller à  la retraite. Nécessairement, cela nuira à la croissance de l’emploi et de l’économie. En parle-t-on en campagne électorale?

PKP et les gens d’affaires

Mercredi 12 mars 2014 à 11 h 54 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Alexandre Taillefer

Depuis dimanche, peu de gens d’affaires se sont prononcés sur la venue en politique de Pierre Karl Péladeau. Dans les émissions Calcul électoral et RDI économie, nous avons interrogé lundi l’entrepreneur Alexandre Taillefer et mardi, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

Alexandre Taillefer s’est montré dithyrambique. Pierre Karl Péladeau est un candidat de qualité, qu’il faut respecter et soutenir, selon lui. L’associé de XPND Capital a vendu son entreprise technologique à Pierre Karl Péladeau à la fin des années 90. Il a travaillé avec lui pendant plusieurs années et lui voue un grand respect.

Michel Leblanc

Dans le cas de Michel Leblanc, il faut, selon lui, saluer le courage de l’ancien patron de Québecor. « Bravo à M. Pierre Karl Péladeau, s’est-il exclamé sur nos ondes. Tous partis confondus, on veut que des gens d’affaires aillent en politique. » Selon lui, il ne faut pas pousser Pierre Karl Péladeau à vendre son bloc d’actions de Québecor. « Penser qu’un autre joueur à Montréal pourrait l’acquérir, a dit Michel Leblanc, je pense qu’il y a un danger (pour le maintien du siège social à Montréal). »

Ces commentaires publics sont positifs, mais une source m’indique avoir parlé à plusieurs gens d’affaires de Montréal qui se sont montrés mal à l’aise avec le projet de Pierre Karl Péladeau de se présenter avec le Parti québécois. Il n’y a pas beaucoup de souverainistes dans le monde des affaires, c’est connu. Si plusieurs se réjouissent à l’idée de voir PKP appliquer son style de gestion à la gouverne de l’État, d’autres s’inquiètent de la résurgence d’un possible référendum sur la souveraineté dans les prochaines années.

Cette crainte est palpable à Toronto. Le Globe and Mail rapportait mardi matin les propos d’analystes financiers qui notaient un écart grandissant entre les taux consentis sur les obligations long terme du Québec par rapport à ceux de l’Ontario. Selon ces analystes, un possible gouvernement majoritaire du Parti québécois jumelé à une « menace » référendaire expliquent cet écart qui commence lentement à grandir.

Bloomberg Canada s’interrogeait, pour sa part, sur la pertinence pour le gouvernement Harper de miser sur Vidéotron pour amener plus de concurrence dans le monde du sans fil au Canada. Le premier ministre appuie sa stratégie sur l’entreprise « d’un entrepreneur qui veut briser le pays », déplore Bloomberg.

D’ailleurs, plusieurs médias rapportent des cas de gens qui ont décidé de rompre leur abonnement avec Vidéotron à la suite de la décision de Pierre Karl Péladeau, information qui n’est pas confirmée par Québecor. Plusieurs nous demandent tout de même s’il y aura un coût économique pour Québecor à la décision de leur ancien patron de plonger en politique avec le Parti québécois.

Entre 2 taux…

Mercredi 22 janvier 2014 à 13 h 53 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Depuis le temps qu’on nous raconte que les taux d’intérêt vont monter, voilà que dans la même semaine, on apprend que les banques baissent leurs taux hypothécaires et que la Banque du Canada maintient la possibilité d’une baisse de son taux directeur. Docteur, que se passe-t-il?

D’abord, la Banque du Canada.

L’institution a fait le point sur sa politique monétaire mercredi matin et les économistes ont conclu, pour la plupart, que la banque centrale se montre un peu plus préoccupée par la faiblesse de l’inflation au pays. La modeste hausse des prix depuis plusieurs mois ralentit l’économie. C’est des revenus moins importants que prévu pour les entreprises et pour les gouvernements, c’est moins d’argent injecté dans l’économie. C’est une croissance du PIB qui est donc plus faible.

En principe, un niveau d’inflation faible pourrait pousser la Banque du Canada à abaisser son taux directeur pour tenter de stimuler la consommation, les dépenses et la demande. Ainsi, une demande plus élevée permettrait aux détaillants par exemple d’augmenter leurs prix, et donc leurs revenus. Ça ferait grimper l’inflation et ça stimulerait l’économie!

L’expression d’une inquiétude sur la faible inflation laisse croire à une baisse possible du taux directeur au Canada, même s’il est peu probable que la banque centrale aille jusque là. L’impact est tangible toutefois : ça fait chuter le dollar canadien. Pendant qu’aux États-Unis et en Europe on assiste à une amélioration de la situation économique, au Canada, le gouverneur de la banque centrale alimente une préoccupation sur la faiblesse de l’inflation.

Résultat : les investisseurs se détournent du Canada, ce qui fait chuter notre dollar, qui est sur le point de tomber sous la barre des 90 ¢US. La Banque du Canada n’est pas étrangère à la chute du dollar, c’est clair, et s’en réjouit presque publiquement! Dans son communiqué aujourd’hui, elle écrit que la dépréciation du dollar canadien « stimule les exportations », d’autant que la demande américaine est en hausse.

Dans sa politique monétaire, la Banque du Canada va plus loin et laisse entendre que le dollar est peut-être à un niveau trop élevé : « Bien que notre monnaie se soit dépréciée au cours des derniers mois, écrit-elle, elle demeure forte et continuera de présenter des défis sur le plan de la compétitivité des exportations canadiennes hors produits de base. »

Et les taux hypothécaires?

Pendant ce temps, des banques canadiennes ont décidé d’abaisser quelques-uns de leurs taux hypothécaires pour la première fois depuis 10 mois.

Le taux directeur de la Banque du Canada influence les taux à court terme sur les emprunts que se font les banques, sur l’argent qui circule entre elles. Le taux directeur oriente aussi généralement le taux préférentiel accordé par les institutions financières, taux qu’on utilise, avec ou sans rabais, pour établir le taux variable hypothécaire.

Les taux hypothécaires fixes sont influencés, pour leur part, par le marché obligataire. Et, en ce moment, les taux d’intérêt sur les obligations sont en baisse, car les dernières données économiques sont moins bonnes qu’attendu, notamment sur l’emploi aux États-Unis.

Ainsi, depuis le début du mois, les taux américains baissent, ce qui entraîne également une réduction des taux canadiens qui ont tendance à suivre le mouvement du marché obligataire américain. Le taux sur une obligation de 5 ans du gouvernement du Canada est passé de 1,95 % le 31 décembre à 1,67 % le 20 janvier.

Dans les circonstances, les coûts d’emprunt sont moins élevés dans le marché, ce qui permet aux institutions financières de baisser leurs taux. Cela dit, les économistes, tout comme le gouverneur de la Banque du Canada, s’attendent à une remontée des taux hypothécaires en 2014. En principe, la croissance américaine devrait s’accélérer et le Canada devrait en profiter.

Alors, deux choses en terminant : 1- le taux de la Banque du Canada n’est pas sur le point de monter. La plupart des économistes sont d’avis que la hausse s’amorcera seulement dans la deuxième moitié de 2015. Et, bien que les taux hypothécaires diminuent ces jours-ci, il semble toujours probable qu’ils sont appelés à augmenter en 2014. Restez à l’écoute…

Chute du dollar : une bonne chose?

Vendredi 17 janvier 2014 à 15 h 45 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Plusieurs économistes ne se gênent pas ces jours-ci pour exprimer leur satisfaction à voir le dollar canadien chuter. Du printemps 2013 jusqu’aux fêtes, le dollar est passé du niveau de parité avec le dollar américain à 92 ¢US. Le huard est en ce moment à 91 ¢US. Et, à ce rythme, il ne serait pas étonnant de le retrouver bientôt sous la valeur des 90 ¢US.

Évitons de spéculer sur la suite des choses. Expliquons simplement ce qui se passe.

Le dollar est en baisse parce que les mots de la Banque du Canada et de son gouverneur Stephen Poloz favorisent son recul. Pendant que les États-Unis affichent des signaux toujours plus clairs de reprise économique et que la croissance de la zone euro se raffermit lentement, les données des derniers mois au Canada sont plus faibles.

La Banque du Canada dit quatre choses :

  • le marché immobilier ralentit, « atterrissage en douceur » en perspective;
  • les exportations sont décevantes;
  • les investissements des entreprises montent trop lentement;
  • « les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands ».

De plus, le gouverneur de la Banque du Canada et le ministre des Finances Jim Flaherty n’hésitent pas à s’exprimer sur le dollar canadien. Les deux hommes semblent se réjouir de la situation, voyant là un potentiel de croissance pour l’économie canadienne.

L’un des outils économiques à la portée de certains pays, c’est d’agir sur la devise. Les Américains l’ont fait sans vraiment le dire. Les Japonais l’ont fait clairement pour faire baisser la valeur du yen afin de stimuler leurs exportations. Et on pourrait penser que le Canada le fait aussi.

Y a-t-il une véritable menace de déflation au Canada? Les économistes y croient peu. Il est clair qu’un très faible niveau d’inflation et l’expression d’une crainte de déflation envoient un message possible de baisse de taux plutôt que de hausse. On a peut-être intérêt à laisser planer cette possibilité, non?

La Banque du Canada va-t-elle baisser ses taux d’intérêt? Encore une fois, les économistes y croient peu. Mais le seul fait que cette possibilité existe, alors qu’aux États-Unis, la banque centrale est en train de réduire son intervention dans l’économie, est suffisant pour faire chuter le dollar canadien par rapport au dollar américain, et vice versa.

Dans une économie qui a beaucoup compté sur les consommateurs aujourd’hui très endettés, la Banque du Canada mise sur les exportateurs. Et la meilleure façon de les aider et de les stimuler, c’est d’encourager un affaiblissement du dollar canadien. C’est pas mal ça qui est en train de se produire…

La carotte, le bâton et le huard

Vendredi 13 décembre 2013 à 15 h 06 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Malgré tous les avertissements, malgré le resserrement des règles hypothécaires et même si l’économie ralentit, les Canadiens continuent de s’endetter. Le niveau d’endettement des ménages monte moins rapidement que par le passé, mais il monte encore. Au troisième trimestre, ce taux est passé de 163,1 à 163,7 %. Autrement dit, pour chaque tranche de 100 $ de revenu disponible, les ménages ont une dette moyenne de 163,70 $, en incluant le crédit à la consommation et les dettes hypothécaires.

Votre dette, c’est la menace principale dans l’économie canadienne selon plusieurs experts. Le FMI nous le dit souvent : le Canada s’expose à des jours difficiles si une bulle d’endettement se forme et éclate avec une éventuelle hausse des taux d’intérêt.

Dans les circonstances, la Banque du Canada peut difficilement envisager une baisse de taux d’intérêt pour stimuler l’économie. Mais elle ne peut pas non plus les monter compte tenu de la faible croissance du PIB et de l’inflation. C’est un exercice d’équilibrisme intense pour le nouveau gouverneur de la Banque du Canada.

Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, et Gérald Fillion, à droiteD’ailleurs, en entrevue à RDI économie jeudi, Stephen Poloz a admis sans gêne que la banque centrale a joué un rôle dans l’embellie immobilière au pays. Une étude de la Deutsche Bank nous apprenait cette semaine que c’est au Canada que le marché est le plus surévalué dans le monde en raison de la hausse des prix à Toronto et à Vancouver principalement. « C’est vrai que c’est surévalué, a dit Stephen Poloz, mais c’est l’une des conséquences prévisibles de notre politique qui était celle d’avoir plus de dépenses des ménages pour contrebalancer le manque d’exportations durant la récession. »

Stephen Poloz a clairement changé la ligne directrice à la Banque du Canada, tandis que l’économie a montré des signes de faiblesse depuis l’été dernier. Sous Mark Carney, stratégie du bâton, on cherchait à freiner les élans de l’endettement en maintenant une menace de hausse de taux d’intérêt. Sous Stephen Poloz, stratégie de la carotte, on laisse poindre la possibilité de baisser les taux, ce qui a pour effet de faire chuter le dollar canadien.

La banque centrale tente de transférer une partie du soutien à l’économie du consommateur vers l’exportateur qui, en principe, devrait bénéficier d’une baisse du dollar canadien face au dollar américain.

Sur ce sujet-là aussi, Stephen Poloz ne passe pas par quatre chemins : « Nous sommes plus clairs, plus honnêtes, nous avons des incertitudes autour du taux d’inflation et de la trajectoire pour retourner à 2 %. » Et le marché capte le message!

Pour résumer, si Jim Flaherty ne réussit pas à ralentir l’endettement des Canadiens en resserrant les règles hypothécaires et si la Banque du Canada ne peut pas vraiment freiner la consommation, que reste-t-il? Le dollar canadien! Et c’est sur la devise que semble travailler la Banque du Canada pour tenter d’équilibrer et de consolider les sources de croissance pour l’économie canadienne.

Baisse de taux en vue?

Mercredi 4 décembre 2013 à 13 h 27 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Mark Carney nous disait qu’une hausse de taux allait bientôt être nécessaire. Le nouveau gouverneur de la Banque du Canada Stephen Poloz laisse entendre le contraire. Une baisse de taux est de plus en plus possible. Probable? On ne peut pas le dire en ce moment. Mais, possible, certainement. Dans son dernier communiqué, la banque centrale affirme que « les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands ».

Ça fait trois ans que la Banque du Canada  maintient son taux directeur au même niveau, à 1 %. L’endettement des Canadiens continue d’augmenter, même si Ottawa a resserré à quatre reprises les règles hypothécaires. La croissance économique est modeste, bien qu’à court terme les nouvelles ont été meilleures avec une croissance annualisée de 2,7 % au troisième trimestre.

Surtout, l’inflation est extrêmement faible et ne cesse de décélérer. Nous approchons de la zone de déflation, c’est-à-dire une période assez longue de baisse des prix. Ce n’est pas le cas en ce moment, et il faudra du temps pour conclure que nous y sommes si ça devait être le cas. Il est clair qu’on ne veut pas se retrouver dans le marasme de la déflation, un malheur dont le Japon essaie encore de s’extirper 20 ans plus tard.

En octobre, la croissance des prix des biens et services sur 12 mois s’est limitée à 0,7 %. Nous étions à plus de 3,5 % il y a deux ans. Ce graphique exprime bien le ralentissement de la croissance des prix depuis 2011 au Canada :

cg131122a001-fra

Qu’est-ce que ça veut dire?

  1. Si l’inflation est anémique, c’est parce que la demande n’est pas assez forte, que la croissance économique est faible et donc ne permet pas une hausse des prix.
  2. Pour stimuler l’inflation, donc l’économie, la Banque du Canada devrait dans les circonstances baisser ses taux d’intérêt. Est-ce une bonne idée?

Avec l’endettement qui est élevé et un marché immobilier qui n’a que très peu ralenti, la banque centrale devrait monter ses taux plutôt que de les baisser. Mais monter ses taux en ce moment aurait pour conséquence de ralentir une économie qui croît déjà lentement. Ça serait contre-productif dans un contexte de faible inflation.

Cela dit, la menace indirecte d’une baisse de taux a pour conséquence de faire chuter le dollar canadien. Le huard a commencé l’année au-dessus du niveau de parité avec le dollar américain. Il est aujourd’hui à 93 ¢US. Une baisse de taux, c’est une baisse de rendement sur les investissements au Canada. Le dollar canadien est directement touché, d’autant que le prix du pétrole est en baisse.

Que va faire la Banque du Canada? Voici l’avis de quelques experts :

CIBC : La possibilité d’une baisse de taux augmente avec le communiqué d’aujourd’hui de la Banque du Canada. Mais il serait prématuré d’aller aussi loin. La baisse du dollar canadien devrait stimuler les exportations. La Banque du Canada devrait maintenir son taux directeur inchangé jusque dans la deuxième moitié de 2015.

Nomura : La Banque semble donner un peu plus d’importance, un penchant léger, aux inquiétudes sur la faible inflation. La Banque du Canada est en train de déplacer le curseur vers une baisse de taux. Possibilité d’une baisse de taux d’ici six mois : 30 %.

BMO : La Banque du Canada met un peu plus l’accent sur l’inflation. La situation l’inquiète clairement, mais ne va pas, pour l’instant, jusqu’à exprimer qu’elle pourrait réduire ses taux prochainement. Ça provoque une baisse du dollar canadien, ce qui doit certainement faire plaisir au gouverneur Poloz et à ses acolytes.

Desjardins : L’inflation très faible persiste. On comprend que la Banque du Canada pourrait patienter encore un peu plus avant de relever ses taux. Pas avant septembre 2015.

Nationale : La Banque du Canada semble avancer vers un discours qui pourrait laisser entendre qu’une baisse de taux est nécessaire. Si l’inflation baisse encore, la Banque n’aura pas le choix et devra baisser ses taux. Mais on n’est pas là. La baisse du dollar devrait aider les exportateurs et l’endettement des Canadiens demeure trop important.

 

La crainte du syndrôme Greenspan

Mercredi 29 mai 2013 à 11 h 04 | | Pour me joindre

Pour me joindre

En entrevue la semaine dernière à RDI économie, sa dernière à titre de gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney n’a pas trop aimé la comparaison que j’ai faite entre la situation entourant son départ et celle qui prévalait au moment de la retraite d’Alan Greenspan à la Réserve fédérale des États-Unis en 2006.

Si on veut faire des comparaisons, il y a plusieurs banques centrales, plusieurs banquiers, disait-il, nommant entre autres le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, que Mark Carney va remplacer dans un mois. Le gouverneur de la Banque du Canada sait très bien que les taux d’intérêt sont peut-être trop bas en ce moment au pays compte tenu des inquiétudes qui persistent à propos de l’endettement des Canadiens et d’une possible bulle immobilière.

C’est pourquoi il persiste encore à envoyer un signal de hausse de taux dans le dernier communiqué rédigé sous sa gouverne mercredi matin, un signal qui a dû être reporté, mais qui est encore là : « La détente monétaire considérable en place actuellement demeurera probablement appropriée pendant un certain temps, après quoi une réduction modeste sera probablement nécessaire, de façon à atteindre la cible d’inflation de 2 %. »

Alan Greenspan est parti dans la gloire il y a sept ans, mais l’histoire lui a donné tort. Plusieurs observateurs sont d’avis qu’il a contribué à une déréglementation excessive des marchés financiers et à la création de la bulle immobilière américaine en maintenant des taux à de très bas niveaux.

Un peu comme Alan Greenspan en 2006, Mark Carney jouit d’une excellente réputation. Et comme lui, il a maintenu les taux à de faibles niveaux. Il a tenté une remontée en 2010, mais il a dû s’arrêter. Avait-il le choix? Probablement pas. Mais le constat est le même : les bas taux ont favorisé le gonflement de ce qui pourrait ressembler à une bulle (bulle d’endettement ou bulle immobilière).

Prudent, Mark Carney nous a dit qu’il faut laisser passer un peu de temps avant de prendre la pleine mesure de son héritage au Canada. C’est prudent et c’est la réponse la plus intelligente qu’il peut donner étant donné les incertitudes qui planent sur l’économie canadienne. Il n’a pas manqué de souligner les forces de l’économie canadienne et les bonnes décisions en matière de restrictions hypothécaires adoptées par le gouvernement Harper.

Cela dit, dans une étude publiée le 24 mai, Dan Werner de Morningstar Canada affirme qu’advenant une baisse de 10 % des prix des maisons au pays, « il apparaît que la SCHL et les banques présentent des risques de pertes importantes ou de dégradation du capital ». La Nationale et la CIBC sont les plus exposées selon l’étude.

Morningstar s’attend à ce que les taux demeurent faibles pour un bon moment, ce qui devrait encore favoriser l’endettement des ménages. Le chercheur affirme que le ratio entre les prêts et la valeur des maisons est à peu près le même aujourd’hui au Canada que ce qu’il était avant l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis.

Puis, comme l’explique l’économiste en chef de la BMO Douglas Porter dans une note diffusée le 24 mai, le nouveau patron de la banque centrale Stephen Poloz fait face à plusieurs « périls ». Mark Carney part au moment où le Canada traverse une période difficile.

Ces périls sont les suivants, selon la BMO :

  1. la croissance économique est faible;
  2. l’inflation est faible;
  3. la devise est surévaluée;
  4. le marché immobilier ralentit;
  5. l’endettement des ménages atteint des niveaux records;
  6. il y a encore des déséquilibres régionaux importants;
  7. il y a des excès potentiels : déficit commercial, faibles taux;
  8. les prix des ressources ont baissé;
  9. le nouveau gouverneur doit composer avec l’orientation actuelle de la Banque, qui est celle de continuer d’annoncer qu’elle prévoit probablement une hausse de taux (éventuellement, plus tard, on verra…);
  10. et puis, le nouveau gouverneur doit composer avec les perceptions : Stephen Poloz vient de l’externe et le candidat attendu n’était pas lui!

Alors, Mark Carney fait ses boîtes ces jours-ci et s’en va à Londres relever un nouveau défi, le plus important de sa vie. Il part pour cinq ans, au moins. Mais, il est possible que, malgré lui, son nom retentisse dans l’actualité économique canadienne dans les prochaines années. L’heure du bilan n’a pas encore sonné.

La banque du Canada écrivait, le 4 décembre, qu’une hausse de taux sera « au fil du temps […] probablement nécessaire ». Le 23 janvier, changement de ton, la hausse de taux était tout à coup « moins imminente que prévu auparavant ». Aujourd’hui, elle semble ouvrir la voie à une baisse des taux en affirmant que le niveau très bas des taux actuels « demeurera probablement approprié pendant un certain temps ».

La Banque du Canada indique clairement que la situation économique au pays et le très faible niveau d’inflation l’obligent à maintenir son taux directeur inchangé et pourrait même, peut-être, possiblement, aller jusqu’à annoncer une ou plusieurs baisses de taux. À 1 %, la Banque du Canada a un peu de marge pour réduire son taux directeur.

En même temps, le ministre Flaherty ne souhaite pas qu’un mouvement de baisse des taux s’engage au pays pour favoriser encore davantage l’endettement des Canadiens, notamment pour ce qui est des hypothèques.

source : Banque du Canada

Le lien entre le taux directeur de la Banque du Canada et les taux hypothécaires n’est pas direct. Le taux à un jour de la Banque du Canada touche les coûts d’emprunt à court terme entre les banques. Cela dit, les taux obligataires sont à des niveaux historiquement bas, ce qui influe sur les taux hypothécaires. Les taux sont faibles, à court, moyen et à long terme, ce qui fait en sorte que le « coût » de l’argent au Canada est très faible.

Étant donné que le marché de la construction résidentielle et de la revente de maisons ralentit, les banques pourraient être tentées de se lancer dans une guerre de taux hypothécaires.

À suivre.

Le Dow Jones atteint un niveau record, récupérant ainsi ce qu'il avait perdu durant la dernière récession. Par ailleurs, pourquoi le Dow Jones atteint-il un sommet alors que l’économie demeure fragile? La récession se poursuit en Europe, la croissance chinoise est moins forte que par les années passées, la reprise n’est pas sûre aux États-Unis… Et pourtant, la bourse monte : sommet historique pour le Dow Jones, sommet en 12 ans pour le Nasdaq et sommet en cinq ans et demi pour le Standard and Poors 500.

Deux grandes raisons : les entreprises font de l’argent. La grande majorité des sociétés du S&P500 dépasse les attentes en matière de résultats financiers. Et puis, la Réserve fédérale continue d’alimenter le marché en rachetant encore, cinq ans après le début de la crise, des bons du Trésor. Pourquoi les opérateurs de marché s’inquiéteraient-ils de la suite des choses si les entreprises font autant d’argent et que les pouvoirs publics maintiennent le robinet ouvert?

Reportage absolument épatant dimanche soir à 60 minutes sur CBS à propos du développement immobilier de la Chine. La mythique émission américaine dresse un portrait fascinant d’une femme du nom de Zhang Xin, qui s’est spécialisée dans le développement d’immeubles de bureaux.

Elle est milliardaire : 3,6 milliards de dollars, c’est sa fortune. Elle est au 15e rang à ce chapitre en Chine. Elle au 376e rang du dernier classement des milliardaires de la planète de Forbes.

Le China World Trade Center, à Pékin, par temps clairEn raison des craintes réelles de voir éclater une bulle immobilière en Chine, Zhang Xin explique qu’elle est très prudente et qu’elle concentre ses activités sur Pékin et Shanghai. « Le développement de la propriété résidentielle en Chine est vraiment arrivé à sa fin, explique-t-elle à 60 minutes. […] Je pense que dans le détail, les centres commerciaux, il y a une offre excédentaire. Mais les bureaux, c’est le seul secteur qui va bien. »

C’est une femme simple, accessible, qui vient d’un milieu pauvre et difficile, devenue aujourd’hui une vedette en Chine, une femme acclamée comme une star d’Hollywood. Voyez le reportage ici, c’est très intéressant.

Et quand Zhang Xin dit que c’est fini pour le marché résidentiel, voyez pourquoi ici. Des milliers de tours et de quartiers résidentiels, des villes entières construites et non habitées. L’éclatement d’une bulle immobilière et une crise de la dette sont à craindre nous disent des experts dans le reportage.

Avec ce développement inconsidéré, où les prix des maisons sont hors de portée pour la vaste majorité des Chinois, le gouvernement vient d’annoncer une hausse de la mise de départ requise et des taux d’intérêt pour l’achat d’une seconde propriété toujours dans le but de ralentir le marché.

Pékin prévoit aussi imposer une taxe de 20 % sur le bénéfice encaissé à la vente d’une propriété ou encore une taxe de 1 à 3 % sur le prix de vente. Ainsi, une maison, achetée 100 millions de yuans, vendue à 200 millions de yuans, entraînerait une taxe de 20 millions de yuans. En ce moment, c’est entre 2 et 6 millions de yuans. Un million de yuans = 163 000 $CA.

Le gouvernement veut éviter une crise sociale. Pékin doit maîtriser les attentes de sa population qui sont immenses. Il y a ceux et celles qui veulent accéder à un meilleur niveau de vie, mais qui n’y arrivent pas en raison des prix trop élevés. Il y a ceux et celles qui se sont lancés dans le développement et l’acquisition de propriétés et qui n’accepteraient pas de voir s’effondrer la valeur de leurs avoirs et de leurs investissements.

Relativiser la dette américaine…

Vendredi 25 janvier 2013 à 13 h 30 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Bien à gauche, on la minimise. Bien à droite, on l’exagère! La dette américaine soulève les passions! Le plafond de la dette dépasse maintenant les 16 000 milliards de dollars et, une fois de plus, l’enjeu provoque des affrontements entre républicains et démocrates à Washington. La situation s’est apaisée ces derniers jours, mais une joute politique non productive pourrait malheureusement reprendre bientôt.

Le président américain Barack Obama avec, à sa droite, le chef de file des républicains à la Chambre des représentants, John Boehner, et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner Il faut dire que le niveau de la dette est passé de 46 à 103 % du PIB en cinq ans aux États-Unis. C’est impressionnant. C’est un bond énorme, spectaculaire, terrifiant diront certains. Mais… mais il faut aller au-delà des chiffres!

Cette formidable poussée de l’endettement aux États-Unis est attribuable à la crise financière, à la Grande Récession et aux milliers de milliards de dollars que le gouvernement américain a dû injecter dans ses banques, dans l’industrie automobile, dans l’économie et dans les marchés financiers pour sauver le pays!

Aussi, cette incroyable progression de l’endettement américain s’est accompagnée d’une tout aussi incroyable progression de l’endettement des autres pays occidentaux. Le ratio de la dette par rapport au PIB a doublé en Allemagne, en Espagne, au Canada (en comprenant les provinces) et a progressé de 15 à 40 % en France, en Grèce, en Italie et au Japon, pour ne nommer que quelques-uns des grands pays.

Dette / PIB                    2007     2011

Allemagne                    41           81

France                           67          86

Grèce                           125        165

Espagne                        30          69

Italie                             105        120

Japon                           150        206

Canada                          40          84  (dettes fédérale et provinciales)

Canada                          30          34  (dette fédérale seulement)

Sources : Université de Sherbrooke, FMI

Ce qui est important pour les agences de notation et pour les opérateurs de marché, c’est la crédibilité du processus budgétaire d’un gouvernement, ce sont les perspectives de croissance et la capacité de l’État à rembourser normalement la dette et les intérêts qui y sont associés.

La chicane politique aux États-Unis a beaucoup plus d’effet que le niveau de la dette à 103 % du PIB. Les États-Unis sont en croissance. La situation économique ne cesse de s’améliorer, même si c’est lent, inégal et fragile. Les pouvoirs politique et monétaire peuvent agir avec vigueur pour stimuler l’économie et le crédit.

Le vrai problème aux États-Unis, il est idéologique et partisan. L’intérêt des uns et des autres au Congrès semble primer sur l’intérêt réel de l’économie américaine. C’est ce qui fait que nous avons connu un psychodrame sur le plafond de la dette à l’été 2011 qui a failli replonger les États-Unis en récession. Et c’est pour ça aussi qu’on a connu un nouvel épisode de cette mauvaise série au cours des derniers mois, qu’on a appelé « le précipice budgétaire ».

Il faut s’intéresser aux faits. La note de crédit des États-Unis a été abaissée par une seule agence en 2011, ce qui n’a pas fait broncher d’un cheveu les marchés. Washington peut emprunter à sa guise sur les marchés, à faibles taux d’intérêt et la demande demeure très forte. Et les agences maintiennent la note parfaite du pays.

Alors, comment se fait-il que le niveau d’endettement actuel ne provoque pas une montée des coûts d’emprunt? Comment se fait-il que les agences de notation n’expriment pas avec angoisse leur inquiétude face à ce taux d’endettement, qui dépasse les 100 % et qui a augmenté rapidement?

La réalité, c’est que l’économie américaine est encore sous perfusion des autorités politiques et monétaires. La réalité aussi, c’est que les États-Unis remboursent leur dette sans faillir et que son plan de réduction du déficit est jugé crédible. Le seul danger, c’est une autre crise politique au Congrès.

Entre minimiser le problème de la dette et en exagérer sa portée, il faut relativiser.