Billets classés sous « taux d’intérêt »

Il est facile de glisser dans le pessimisme ambiant quand on regarde les indicateurs de l’économie canadienne, soit la chute du dollar et du prix du pétrole, l’endettement des ménages et le ralentissement mondial. Mais le gouverneur de la Banque du Canada ne mange pas de ce pain-là.

L’économiste à la tête de la banque centrale, venu de la planète exportations (il dirigeait il y a quelques années l’organisme Exportations et Développement Canada) est un homme optimiste, jovial, positif. Le verre est toujours à moitié plein avec lui. L’économie ira mieux, nous dit-il.

Le passage à vide de l’économie américaine, qui a touché notre économie, est temporaire. L’économie américaine va bien, les taux d’intérêt remontent, nos exportateurs devraient en profiter, affirme Stephen Poloz. L’économie mondiale va retrouver une meilleure vitesse de croisière, nous dit-il aussi, quelque part en 2016. Et le budget fédéral, qui contiendra des mesures de stimulation fiscale, va certainement aider l’économie canadienne.

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Stephen Poloz

Au micro, Stephen Poloz se montre prudent, non alarmiste, assez optimiste. Le dollar canadien protège notre économie, va-t-il jusqu’à dire, en amortissant l’effet du choc de la chute du pétrole. Mais, dans le détail de l’analyse de la Banque du Canada, dans son rapport sur la politique monétaire de 32 pages publié aujourd’hui, le portrait est plutôt incertain. L’économie canadienne doit s’ajuster à un prix plus faible du pétrole et à un dollar canadien plus faible également. La banque parle d’un « processus long et complexe d’ajustement ».

Ça veut dire deux choses :

  • La chute des ressources entraîne des pertes d’emplois, des faillites d’entreprises, une réduction de revenu pour les citoyens et les gouvernements. Le monde du pétrole, du gaz et des ressources non énergétiques, qui représente 16 % du PIB canadien, est en pleine restructuration.
  • « La diminution de la richesse et du revenu intérieur réel, écrit la Banque du Canada dans son rapport, a freiné les dépenses des ménages et les investissements dans le secteur hors ressources. » Il faudra de trois à cinq ans pour que toute l’économie s’adapte à cette nouvelle réalité, celle d’une économique plus diversifiée, moins orientée vers ses ressources.

Dans les circonstances, cinq choses à savoir sur l’économie canadienne à la lecture du rapport de l’institution sur sa politique monétaire :

  1. La Banque du Canada a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour le Canada, de 2 % annoncé en octobre à 1,4 % aujourd’hui pour l’année 2016, puis à 2,4 % en 2017.
  2. La banque centrale prévoit que « les cours du pétrole demeureront près de leurs niveaux récents », mais à moyen terme, les prix devraient remonter. Les pétrolières ont réduit leurs coûts de production depuis 2014, ce qui leur permettrait de retrouver une certaine rentabilité à un prix plus faible du pétrole que par le passé. Tout de même, selon la Banque du Canada, « les prix vont probablement demeurer volatils ».
  3. Des « vulnérabilités » demeurent dans les finances des ménages, parce que le niveau d’endettement est élevé et que certains marchés immobiliers sont surévalués. Ces « vulnérabilités » s’accentuent toujours un peu plus, selon la banque, et devraient prendre un peu plus d’ampleur encore avec la faiblesse continue des taux d’intérêt.
  4. Les investissements des entreprises ralentissent de façon plus marquée qu’attendu, alors que de plus en plus d’entreprises et de régions du pays disent subir les effets négatifs de la chute du pétrole. Néanmoins, la banque s’attend à une poussée à la hausse des investissements dans la deuxième moitié de 2016.
  5. Une chute encore plus forte du pétrole pourrait avoir des « incidences négatives sur la confiance et les retombées sur la demande [...] pourraient peser lourdement sur l’économie en général ».

Avec la dégringolade des marchés boursiers mercredi midi, il y a probablement plus d’un épargnant qui s’inquiète de la suite des choses. Notre système économique s’abreuve à des crises régulières, de la crise du pétrole au début des années 80 à la crise financière de 2008-2009, en passant par l’éclatement de la bulle technologique et la faillite de l’Argentine ou de la Grèce. Sans céder à la panique, on ne peut pas sous-estimer les risques qui pèsent sur l’économie canadienne et ceux qui font réagir les marchés boursiers.

Pendant que la Réserve fédérale des États-Unis annonce une première hausse de son taux directeur en neuf ans, la Banque du Canada, elle, parle de taux négatif et de ménages trop endettés, de marchés surévalués et de « pockets of risk », des zones à risque de surchauffe, essentiellement à Toronto et à Vancouver.

Comment expliquer que l’économie américaine puisse absorber une hausse de taux d’intérêt, alors que le Canada semble s’engluer dans une lente croissance économique et une banque centrale de plus en plus accommodante?

Quelques réflexions sur le sujet…

1- L’économie américaine est beaucoup plus diversifiée que la nôtre. La chute des ressources nous a bien fait voir la fragilité de l’économie canadienne. C’est pas moins de 20 % du PIB canadien qui s’appuie sur les ressources naturelles. Ce seul secteur a rapporté, en moyenne, par année, entre 2009 et 2013, 26 milliards de dollars aux différents paliers de gouvernement.

2- Le gouvernement américain a largement soutenu son économie de 2008 à 2011 pour assurer la reprise. La croissance des dépenses a recommencé à s’accélérer en 2014. Certains économistes sont d’avis que le gouvernement aurait dû en faire plus. D’autres ont reproché à l’administration Obama d’avoir alourdi la dette du pays. Au Canada, le gouvernement Harper a ralenti sensiblement la croissance des dépenses publiques de 2011 à 2015. Le graphique suivant montre que la croissance américaine a été parmi les plus fortes des pays riches entre 2011 et 2014.

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3- Le marché du travail aux États-Unis est jugé plus « flexible » qu’au Canada. Le salaire minimum est plus faible, le niveau de productivité est plus élevé. Ces caractéristiques du marché américain ont peut-être favorisé la baisse du chômage et la reprise économique. Toutefois, l’envers de la médaille, c’est que les États-Unis sont le pays riche le plus inégalitaire de la planète. Ce pays est puissant, c’est la première économie du monde. Mais, les écarts de richesse sont grands. Des dizaines de millions de personnes vivent dans la pauvreté. Plusieurs doivent occuper deux ou trois emplois pour espérer joindre les deux bouts. Tous les indices sociaux laissent voir un niveau d’inégalité élevé aux États-Unis, si bien qu’on peut se demander si la façon de faire des Américains en terme de croissance de la richesse est un modèle à suivre.

L’incertitude plane au Canada

Quoi qu’il en soit, la réalité aujourd’hui, c’est que les États-Unis sont en croissance, le niveau de chômage est faible et la banque centrale juge qu’elle peut recommencer à hausser ses taux d’intérêt. Elle fera, sans doute, preuve de prudence en évitant une succession rapide de hausses de taux. Au Canada, le niveau d’endettement des ménages est élevé, on craint l’éclatement de bulles immobilières dans certains marchés et la croissance économique tout comme les finances publiques sont malmenées par la chute des cours des ressources, surtout du pétrole.

Plusieurs économistes affirment que la Banque du Canada pourrait songer à une baisse de taux en 2016 et attendra certainement 2017 avant d’envisager une hausse de taux. L’écart entre les taux américains et canadiens est donc appelé à grandir, ce qui pourrait faire chuter davantage le dollar canadien. Une telle situation pourrait finir par stimuler davantage les exportateurs canadiens. Mais, sur d’autres plans, le Canada est désavantagé, notamment pour ce qui est des importations alimentaires, car 80 % des fruits et légumes, par exemple, sont importés.

L’économiste Jean-Pierre Aubry me fait remarquer que Statistiques Canada a rapporté mardi une baisse importante de la valeur du patrimoine national, soit la valeur des actifs non financiers au Canada. En raison de la chute des prix des ressources naturelles, la valeur des actifs a chuté de 190 milliards de dollars, l’équivalent de 9,5 % du PIB canadien.

« La baisse de la valeur de notre monnaie reflète également la baisse de notre richesse collective, selon Jean-Pierre Aubry. La valeur de nos importations est proche de 30 % de notre PIB. Si ces biens et services importés coûtent 33 % plus cher en raison de la dépréciation du dollar, cela implique un coût supplémentaire d’une valeur de 10 % de notre PIB. [...] Le choc que nous subissons est important. »

Stimuler la croissance

Dans les circonstances, plusieurs experts soulignent que les investissements publics prévus par le nouveau gouvernement à Ottawa seront certainement bénéfiques à l’économie. S’il est vrai que les déficits seront plus importants que prévu, peut-être à 0,8 % du PIB au lieu de 0,5 %, il faut espérer que l’économie s’en portera mieux et que les nouvelles richesses créées produiront de nouveaux revenus pour les citoyens et l’État.

N’oublions pas que le gouvernement Trudeau a prévu un retour à l’équilibre budgétaire en 2019. Pour y arriver, il faudra que la croissance économique soit plus forte. Sinon, ce sont des compressions budgétaires qui devront être ramenées sur la table et peut-être une hausse de taxation.

Déjà, mardi, le ministre des Finances Bill Morneau a laissé planer la possibilité que le gouvernement puisse augmenter la TPS. Il est clair, en tout cas, que la réduction des taxes et des impôts depuis 10 ans au pays a largement amputé la marge de manoeuvre du gouvernement.

Taux, mise de fonds et hypothèque

Vendredi 11 décembre 2015 à 16 h 09 | | Pour me joindre

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Vous voulez vous acheter une maison ou vous souhaitez renouveler votre hypothèque? Que faire? Les derniers jours, et les prochains aussi, soulèvent un lot de questions légitimes auxquelles on va tenter de répondre dans ce billet.

Ottawa augmente la mise de fonds hypothécaire. Est-ce que ça vous touche?

Le ministre des Finances Bill Morneau a décidé de resserrer les règles hypothécaires afin de calmer la flambée immobilière de Vancouver et de Toronto. Ainsi, lors de l’acquisition d’une propriété principale, le capital minimum sur les premiers 500 000 $ sera toujours de 5 %. Mais, ensuite, après 500 000 $, ce sera 10 %.

Si vous achetez une maison de 700 000 $, la mise de fonds sera de 5 % sur les premiers 500 000 $, soit 25 000 $. Et elle sera de 10 % sur les suivants 200 000 $, soit 20 000 $. La mise de fonds sera alors de 45 000 $ (25 000 + 20 000). Le taux de capital minimum est ainsi de 6,4 % sur l’ensemble de l’achat.

Si vous êtes déjà titulaire d’une hypothèque, ces changements ne vous touchent pas.

Pourquoi le gouvernement resserre-t-il les règles hypothécaires?

Les dernières données sur les prix et les reventes de maisons nous montrent clairement que les marchés de Toronto et de Vancouver sont en surchauffe ou s’en s’approchent. Des hausses de prix de 10 à 18 % en octobre sur un an, des reventes en hausse de 40 % à Vancouver et de 14 % à Toronto.

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Pendant ce temps, la Banque du Canada envoie des signaux de baisses de taux. Pourquoi?

Le ralentissement de l’économie canadienne se poursuit. Au cours de 6 des 9 premiers mois de 2015, le PIB était en baisse au Canada. L’économie est malmenée par la chute des prix du pétrole qui se poursuit, par une reprise des exportations qui tarde à se matérialiser, malgré la croissance américaine. Des économistes commencent à évoquer la possibilité d’une baisse de taux en 2016, possiblement en mars.

La banque centrale a même évoqué la possibilité de réduire son taux directeur jusqu’à un taux négatif de -0,5 %. Tout en précisant qu’il est très peu probable qu’il soit obligé d’aller aussi bas, le gouverneur Stephen Poloz n’a pas hésité à expliquer en long et en large l’étendue des outils qu’il a à sa disposition pour intervenir en cas de crise. La réduction du taux directeur en territoire négatif obligerait les banques privées à payer la Banque du Canada pour y déposer leurs liquidités. En appliquant un taux négatif, la banque centrale souhaiterait pousser les banques privées à remettre davantage d’argent dans l’économie.

Le taux variable sur les hypothèques pourrait-il devenir négatif?

Non. Le taux préférentiel des banques est actuellement de 2,7 %. Les banques ont le choix de réduire ce taux quand la Banque du Canada abaisse son taux directeur. Mais elles ne sont pas obligées. En admettant que la banque centrale fasse passer son taux directeur de 0,5 % actuellement à -0,5 %, il est possible que les banques abaissent leur taux préférentiel jusqu’à 1,7 %. La baisse pourrait être moindre.

Si vous avez un rabais de 0,5 ou 1 point de pourcentage sur le taux préférentiel, votre taux pourrait s’approcher de 0. Il serait étonnant que les banques privées abaissent leur taux préférentiel au point de voir certains clients, avec un fort rabais sur leur hypothèque, profiter d’un taux négatif.

Le dollar canadien chute. Pourquoi?

Pour trois raisons. La première, c’est que la Banque du Canada envoie des signaux de baisse de taux. En principe, le rendement sur un investissement au Canada pourrait être appelé à être moins élevé. La demande pour des actifs canadiens est donc moins forte, et la demande pour le dollar canadien est moins élevée.

Deuxièmement, en même temps, la Réserve fédérale américaine s’apprête à augmenter pour la première fois depuis 2006 son taux directeur. Le rendement américain est appelé à grandir, ce qui attire les investisseurs vers les États-Unis. Cela fait que la demande pour le dollar américain est en hausse. Sa valeur grimpe face aux autres devises mondiales, dont le dollar canadien.

Et puis la chute du pétrole entraîne le dollar canadien en baisse. Du pétrole qui coûte moins cher nécessite une demande moins grande en dollars canadiens pour acheter le pétrole de l’Alberta, notamment.

Alors, taux fixe ou taux variable?

Vendredi 21 août 2015 à 12 h 37 | | Pour me joindre

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Les incertitudes qui planent sur l’état de santé économique de la Chine pourraient amener la Réserve fédérale américaine à reporter à plus tard la première hausse de son taux directeur depuis celle de 2006. Alors que la plupart des analystes entrevoient depuis un bon moment déjà cette première hausse en septembre, le dernier compte rendu de la Fed en fait hésiter plusieurs. Oui, la banque centrale signale une hausse imminente. Mais, à la lumière des derniers événements, la Réserve fédérale sera-t-elle tentée d’attendre encore un peu?

Les taux d’intérêt demeurent donc très bas. Le taux directeur de la banque centrale américaine se situe toujours dans une fourchette de 0 à 0,25 %, celui de la Banque du Canada est rendu à 0,5 % à la suite de deux baisses en 2015. Les coûts d’emprunt des deux pays demeurent extrêmement faibles : sur les obligations à échéance 10 ans, on est à seulement 1,28 % au Canada et à 2,06 % aux États-Unis.

Les taux hypothécaires sont à des niveaux plancher. Les institutions financières canadiennes offrent des contrats hypothécaires sur 5 ans fixes à 2,7 %, et sur 5 ans variables, certains descendent jusqu’à 2,25 % en ce moment. C’est exceptionnel.

Un jour, ça va remonter! Mais quand? De nombreux analystes nous ont avertis dans les dernières années qu’une hausse des taux était à prévoir et que, dans les circonstances, les citoyens endettés devaient se montrer prudents. Mais cette hausse est sans cesse reportée en raison des incertitudes qui ne cessent de surgir : la Chine, la Grèce, le pétrole, l’euro, le yuan, la Russie, etc.

Dans ce contexte, plusieurs nous demandent, au moment de contracter une hypothèque ou d’en renouveler une : vaut-il mieux opter pour un taux fixe ou un taux variable? C’est une question qui revient régulièrement je vous dirais, comme celle sur les prix de l’essence qui ne baissent pas autant que les prix du pétrole. Mais la réponse demeure nuancée.

Dans le livre que François Delorme et moi avons publié en 2014*, nous faisons référence aux conseils du site canadianmortgagetrends.com à ce propos. Avant d’opter pour le taux fixe ou le taux variable, il faut se poser cinq questions :

  1. Vos revenus sont-ils prévisibles?
  2. Votre taux d’endettement est-il soutenable?
  3. Pouvez-vous refinancer votre dette en fonction de la valeur de votre maison?
  4. En cas de coup dur, avez-vous des liquidités pour rembourser votre hypothèque pendant six mois?
  5. Une hausse de taux de 2,5 points de pourcentage peut entraîner une hausse de vos paiements de 30 %. Le saviez-vous?

En répondant à ces questions, vous serez en mesure de voir si vous êtes capables de vivre avec un taux variable ou si vous dormez mieux avec un taux fixe. Historiquement, on paie moins d’intérêt avec le taux variable. Cela dit, le taux fixe demeure plus populaire que le variable.

———

* FILLION, Gérald et François DELORME, Vos questions sur l’économie, Éd. La Presse, 2014, 231 p.

Nuages à Ottawa, soleil à Québec!

Vendredi 30 janvier 2015 à 15 h 02 | | Pour me joindre

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Le gouvernement Couillard peut dire merci à la bonne Providence! La péréquation augmente, les taux d’intérêt baissent, le prix de l’essence recule, le dollar canadien dégringole, la croissance américaine est solide.

Au final, les finances publiques du Québec en profitent. Les revenus augmentent. Pour les sept premiers mois de l’année, les revenus des impôts des particuliers ont augmenté de 3,3 %, les revenus des taxes à la consommation ont monté de 3,4 % et ceux provenant des impôts des sociétés ont bondi de 10,6 %.

Résultat : le gouvernement affiche, avant les versements au Fonds des générations, un surplus de 227 millions de dollars pour les sept premiers mois de son exercice 2014-2015, comparativement à un déficit de 860 millions de dollars au cours de la même période en 2013-2014. Il faut dire que les mesures d’austérité appliquées à Québec contribuent également à ce surplus. La hausse des dépenses de programmes a été contenue à 1,3 % seulement avec des hausses de dépenses de seulement 2,4 % en santé et services sociaux et 1,3 % en éducation et culture. Ces deux missions gouvernementales représentent 75 % des dépenses de programmes.

soleilAu rythme où vont les choses, Québec pourrait afficher un déficit moins important que ce qui est prévu cette année à un peu plus de 1 milliard de dollars. Les coûts d’intérêt ont baissé de 150 millions au cours des sept premiers mois de l’année ,même si l’endettement du Québec a augmenté.

Et les revenus de taxation grimpent plus rapidement qu’attendu. L’occasion économique qui se présente au Québec, avec la chute du dollar, du pétrole et des taux d’intérêt, pourrait générer des revenus encore plus élevés d’ici la fin de l’exercice.

Honnêtement, malgré les inquiétudes maintes fois répétées sur les finances du Québec, sur un budget de 100 milliards de dollars, le Québec est pratiquement à l’équilibre budgétaire. Et je pense que c’est important d’appuyer encore sur le fait que la conjoncture économique favorise le Québec, une occasion que le gouvernement Couillard pourrait saisir en misant sur des mesures d’accélération économique : investissements, exportations, création d’emplois.

Politique d’austérité à Ottawa

Pendant ce temps, à Ottawa, la marge de manœuvre du gouvernement fédéral rétrécit. Comme on l’a clairement constaté en 2008, le gouvernement Harper s’automutile en réduisant sa capacité de réaction à coup de baisse de taxes et d’impôts. Aujourd’hui, après avoir promis longtemps que l’équilibre budgétaire arriverait en 2015, le gouvernement doit trouver des solutions pour respecter son engagement.

Avec la réduction des impôts offerte à 4 millions de ménages en novembre dernier, le gouvernement fédéral sera obligé de piger dans sa réserve de 3 milliards de dollars pour combler une partie du manque à gagner pétrolier et arriver au déficit zéro en 2015-2016.

nuagesL’économie a ralenti en novembre, baisse de 0,2 % du PIB. Et le déficit pour les huit premiers mois de l’exercice 2014-2015 est à 3,3 milliards de dollars. Cela dit, les revenus augmentent toujours, les coûts d’intérêt sont en baisse, alors que les dépenses du gouvernement baissent. La politique d’austérité mise en œuvre il y a trois ans n’est pas terminée : les dépenses de programmes sont en baisse de 2 % depuis le début de l’exercice.

Les rôles sont inversés : les nuages s’amoncellent à Ottawa, tandis que le soleil commence à briller au Québec. Et il n’y a pas un météorologue qui l’avait prévu!

Les maisons, le pétrole et le PIB

Vendredi 12 décembre 2014 à 14 h 29 | | Pour me joindre

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Il ne faut pas crier au loup pour rien et alarmer la population. Mais la Banque du Canada a quand même choisi de publier les résultats d’une étude cette semaine qui nous apprend que les prix des maisons sont surévalués de 10 à 30 % au pays. Les bas taux d’intérêt ont poussé les Canadiens à s’endetter largement pour investir dans l’immobilier. Et parce que la demande était forte, certains marchés ont connu des hausses marquées du prix des maisons.

Le seul fait que la Banque du Canada sorte sur la place publique, avec un point de presse du gouverneur Stephen Poloz en prime, prouve le sérieux de la situation. Les plus pessimistes se demanderont à quel moment la bulle immobilière va éclater au Canada. Les plus optimistes nous rappelleront que la croissance économique se poursuit et que les risques hypothécaires sont franchement moins importants au Canada que ce qu’on a vu aux États-Unis.

Stephen Poloz a quand même précisé que le ralentissement immobilier au Canada devrait se faire en douceur si la croissance économique se poursuit. Mais un choc, une récession, une forte hausse des taux d’intérêt pourraient entraîner un basculement.

Ce qui est frappant dans le rapport de la Banque du Canada, c’est de voir combien les ménages sont endettés au Canada et que certains sont très endettés. Regardez ce graphique : 12 % des ménages au pays détiennent 40 % de la dette totale. C’est considérable. Ces ménages ont une dette qui représente plus de 250 % de leur revenu disponible. En tenant compte de l’hypothèque, pour chaque 100 $ de revenus disponibles, ces ménages ont une dette de plus de 250 $.

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Cet autre graphique montre bien que la dette des ménages s’est envolée depuis 2004, et que l’écart entre cette dette et le prix des maisons a grandi à partir de 2007-2008.

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Le risque est réel, même s’il ne faut pas se montrer alarmiste. Et avec la chute du pétrole, il y a fort à parier que la Banque du Canada sera encore plus prudente avant d’augmenter ses taux d’intérêt. Après une croissance de plus de 4 % par année dans les dernières années, la hausse du PIB de l’Alberta va tomber à 2,7 % en 2015 et à 2,3 % en 2016 selon la RBC, à peine un peu plus que le Québec. L’économie canadienne, le marché de l’emploi, le marché immobilier et les finances publiques pourraient en souffrir sérieusement.

Ralentir…

Mercredi 19 mars 2014 à 12 h 32 | | Pour me joindre

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Stephen Poloz

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a prononcé un discours important mardi à Halifax qui rejoint un constat de plus en plus répandu parmi les économistes : nous sommes appelés à connaître une faible croissance économique au cours des prochaines années. Ce sera le cas dans la plupart des pays occidentaux, dont au Canada.

Plusieurs membres de l’Association des économistes du Québec, comme Jean-Pierre Aubry, François Delorme ou Jean-Pierre Furlong, nous ont déjà parlé du nouveau paradigme qui se dessine : nous entrons, pour plusieurs raisons, dans une phase de croissance lente. L’économiste de l’UQAM Éric Pineault va plus loin et nous a parlé, lui, de stagnation économique.

Selon Stephen Poloz, « l’action conjuguée des forces démographiques et des retombées de la crise financière mondiale […] limite la croissance économique. […]L’économie mondiale ne souffre peut-être pas seulement d’une gueule de bois due à un lendemain de crise financière. D’autres forces à plus long terme sont aussi à l’œuvre ».

Il établit trois défis qui s’articulent au même moment : la morosité de la demande mondiale, les baby-boomers qui commencent à prendre leur retraite et l’augmentation du niveau d’épargne. « Lorsqu’un large pan de la population prend des décisions similaires, a dit le gouverneur Poloz devant un groupe de gens d’affaires, les conséquences de celles-ci sur l’ensemble de l’économie peuvent être notables. »

Lors de la conférence de presse après sa présentation, il est allé plus loin en expliquant que la marge de manœuvre est mince pour les banques centrales du monde. Difficile de baisser davantage les taux d’intérêt pour tenter de stimuler l’économie, alors que des forces s’attaquent aux structures mêmes de l’économie et peuvent venir annuler en quelque sorte une partie de l’impact habituel d’une baisse de taux.

Au cours des 30 dernières années, les baby-boomers travaillaient, ils ont stimulé l’économie, a-t-il dit. Aujourd’hui, nous assistons à un renversement de la tendance démographique. « Si vous voulez critiquer les baby-boomers pour l’avenir (parce qu’ils partent à la retraite), vous devez leur donner du crédit pour le passé! » Mais le passé étant déjà bien consommé, on n’a pas trop le choix de s’intéresser à l’avenir et de le regarder avec lucidité, n’est-ce pas?

Dans les circonstances, Stephen Poloz affirme que les gouvernements doivent être très prudents dans leurs actions. Il faut qu’ils mesurent correctement l’impact des décisions qui ont pour but de réduire la stimulation économique. Et ils doivent continuer d’améliorer l’environnement d’affaires pour les entreprises, en misant notamment sur le libre-échange, a-t-il indiqué.

Le Canada doit aussi composer avec une donne supplémentaire : la migration interprovinciale qui accentue les difficultés pour certaines provinces. Ce phénomène est exacerbé par le fait que l’économie canadienne fonctionne à « deux vitesses », selon Stephen Poloz, soit l’économie de l’énergie et le reste de l’économie canadienne.

Ces propos confirment les récentes observations des économistes Jacques Parizeau, Marc Van Audenrode, Pierre Fortin à propos de la situation du Québec. Le vieillissement de la population se fait plus rapidement au Québec qu’ailleurs au pays. Une quantité importante de travailleurs vont quitter la population active pour aller à  la retraite. Nécessairement, cela nuira à la croissance de l’emploi et de l’économie. En parle-t-on en campagne électorale?

PKP et les gens d’affaires

Mercredi 12 mars 2014 à 11 h 54 | | Pour me joindre

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Alexandre Taillefer

Depuis dimanche, peu de gens d’affaires se sont prononcés sur la venue en politique de Pierre Karl Péladeau. Dans les émissions Calcul électoral et RDI économie, nous avons interrogé lundi l’entrepreneur Alexandre Taillefer et mardi, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc.

Alexandre Taillefer s’est montré dithyrambique. Pierre Karl Péladeau est un candidat de qualité, qu’il faut respecter et soutenir, selon lui. L’associé de XPND Capital a vendu son entreprise technologique à Pierre Karl Péladeau à la fin des années 90. Il a travaillé avec lui pendant plusieurs années et lui voue un grand respect.

Michel Leblanc

Dans le cas de Michel Leblanc, il faut, selon lui, saluer le courage de l’ancien patron de Québecor. « Bravo à M. Pierre Karl Péladeau, s’est-il exclamé sur nos ondes. Tous partis confondus, on veut que des gens d’affaires aillent en politique. » Selon lui, il ne faut pas pousser Pierre Karl Péladeau à vendre son bloc d’actions de Québecor. « Penser qu’un autre joueur à Montréal pourrait l’acquérir, a dit Michel Leblanc, je pense qu’il y a un danger (pour le maintien du siège social à Montréal). »

Ces commentaires publics sont positifs, mais une source m’indique avoir parlé à plusieurs gens d’affaires de Montréal qui se sont montrés mal à l’aise avec le projet de Pierre Karl Péladeau de se présenter avec le Parti québécois. Il n’y a pas beaucoup de souverainistes dans le monde des affaires, c’est connu. Si plusieurs se réjouissent à l’idée de voir PKP appliquer son style de gestion à la gouverne de l’État, d’autres s’inquiètent de la résurgence d’un possible référendum sur la souveraineté dans les prochaines années.

Cette crainte est palpable à Toronto. Le Globe and Mail rapportait mardi matin les propos d’analystes financiers qui notaient un écart grandissant entre les taux consentis sur les obligations long terme du Québec par rapport à ceux de l’Ontario. Selon ces analystes, un possible gouvernement majoritaire du Parti québécois jumelé à une « menace » référendaire expliquent cet écart qui commence lentement à grandir.

Bloomberg Canada s’interrogeait, pour sa part, sur la pertinence pour le gouvernement Harper de miser sur Vidéotron pour amener plus de concurrence dans le monde du sans fil au Canada. Le premier ministre appuie sa stratégie sur l’entreprise « d’un entrepreneur qui veut briser le pays », déplore Bloomberg.

D’ailleurs, plusieurs médias rapportent des cas de gens qui ont décidé de rompre leur abonnement avec Vidéotron à la suite de la décision de Pierre Karl Péladeau, information qui n’est pas confirmée par Québecor. Plusieurs nous demandent tout de même s’il y aura un coût économique pour Québecor à la décision de leur ancien patron de plonger en politique avec le Parti québécois.

Entre 2 taux…

Mercredi 22 janvier 2014 à 13 h 53 | | Pour me joindre

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Depuis le temps qu’on nous raconte que les taux d’intérêt vont monter, voilà que dans la même semaine, on apprend que les banques baissent leurs taux hypothécaires et que la Banque du Canada maintient la possibilité d’une baisse de son taux directeur. Docteur, que se passe-t-il?

D’abord, la Banque du Canada.

L’institution a fait le point sur sa politique monétaire mercredi matin et les économistes ont conclu, pour la plupart, que la banque centrale se montre un peu plus préoccupée par la faiblesse de l’inflation au pays. La modeste hausse des prix depuis plusieurs mois ralentit l’économie. C’est des revenus moins importants que prévu pour les entreprises et pour les gouvernements, c’est moins d’argent injecté dans l’économie. C’est une croissance du PIB qui est donc plus faible.

En principe, un niveau d’inflation faible pourrait pousser la Banque du Canada à abaisser son taux directeur pour tenter de stimuler la consommation, les dépenses et la demande. Ainsi, une demande plus élevée permettrait aux détaillants par exemple d’augmenter leurs prix, et donc leurs revenus. Ça ferait grimper l’inflation et ça stimulerait l’économie!

L’expression d’une inquiétude sur la faible inflation laisse croire à une baisse possible du taux directeur au Canada, même s’il est peu probable que la banque centrale aille jusque là. L’impact est tangible toutefois : ça fait chuter le dollar canadien. Pendant qu’aux États-Unis et en Europe on assiste à une amélioration de la situation économique, au Canada, le gouverneur de la banque centrale alimente une préoccupation sur la faiblesse de l’inflation.

Résultat : les investisseurs se détournent du Canada, ce qui fait chuter notre dollar, qui est sur le point de tomber sous la barre des 90 ¢US. La Banque du Canada n’est pas étrangère à la chute du dollar, c’est clair, et s’en réjouit presque publiquement! Dans son communiqué aujourd’hui, elle écrit que la dépréciation du dollar canadien « stimule les exportations », d’autant que la demande américaine est en hausse.

Dans sa politique monétaire, la Banque du Canada va plus loin et laisse entendre que le dollar est peut-être à un niveau trop élevé : « Bien que notre monnaie se soit dépréciée au cours des derniers mois, écrit-elle, elle demeure forte et continuera de présenter des défis sur le plan de la compétitivité des exportations canadiennes hors produits de base. »

Et les taux hypothécaires?

Pendant ce temps, des banques canadiennes ont décidé d’abaisser quelques-uns de leurs taux hypothécaires pour la première fois depuis 10 mois.

Le taux directeur de la Banque du Canada influence les taux à court terme sur les emprunts que se font les banques, sur l’argent qui circule entre elles. Le taux directeur oriente aussi généralement le taux préférentiel accordé par les institutions financières, taux qu’on utilise, avec ou sans rabais, pour établir le taux variable hypothécaire.

Les taux hypothécaires fixes sont influencés, pour leur part, par le marché obligataire. Et, en ce moment, les taux d’intérêt sur les obligations sont en baisse, car les dernières données économiques sont moins bonnes qu’attendu, notamment sur l’emploi aux États-Unis.

Ainsi, depuis le début du mois, les taux américains baissent, ce qui entraîne également une réduction des taux canadiens qui ont tendance à suivre le mouvement du marché obligataire américain. Le taux sur une obligation de 5 ans du gouvernement du Canada est passé de 1,95 % le 31 décembre à 1,67 % le 20 janvier.

Dans les circonstances, les coûts d’emprunt sont moins élevés dans le marché, ce qui permet aux institutions financières de baisser leurs taux. Cela dit, les économistes, tout comme le gouverneur de la Banque du Canada, s’attendent à une remontée des taux hypothécaires en 2014. En principe, la croissance américaine devrait s’accélérer et le Canada devrait en profiter.

Alors, deux choses en terminant : 1- le taux de la Banque du Canada n’est pas sur le point de monter. La plupart des économistes sont d’avis que la hausse s’amorcera seulement dans la deuxième moitié de 2015. Et, bien que les taux hypothécaires diminuent ces jours-ci, il semble toujours probable qu’ils sont appelés à augmenter en 2014. Restez à l’écoute…

Chute du dollar : une bonne chose?

Vendredi 17 janvier 2014 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Plusieurs économistes ne se gênent pas ces jours-ci pour exprimer leur satisfaction à voir le dollar canadien chuter. Du printemps 2013 jusqu’aux fêtes, le dollar est passé du niveau de parité avec le dollar américain à 92 ¢US. Le huard est en ce moment à 91 ¢US. Et, à ce rythme, il ne serait pas étonnant de le retrouver bientôt sous la valeur des 90 ¢US.

Évitons de spéculer sur la suite des choses. Expliquons simplement ce qui se passe.

Le dollar est en baisse parce que les mots de la Banque du Canada et de son gouverneur Stephen Poloz favorisent son recul. Pendant que les États-Unis affichent des signaux toujours plus clairs de reprise économique et que la croissance de la zone euro se raffermit lentement, les données des derniers mois au Canada sont plus faibles.

La Banque du Canada dit quatre choses :

  • le marché immobilier ralentit, « atterrissage en douceur » en perspective;
  • les exportations sont décevantes;
  • les investissements des entreprises montent trop lentement;
  • « les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands ».

De plus, le gouverneur de la Banque du Canada et le ministre des Finances Jim Flaherty n’hésitent pas à s’exprimer sur le dollar canadien. Les deux hommes semblent se réjouir de la situation, voyant là un potentiel de croissance pour l’économie canadienne.

L’un des outils économiques à la portée de certains pays, c’est d’agir sur la devise. Les Américains l’ont fait sans vraiment le dire. Les Japonais l’ont fait clairement pour faire baisser la valeur du yen afin de stimuler leurs exportations. Et on pourrait penser que le Canada le fait aussi.

Y a-t-il une véritable menace de déflation au Canada? Les économistes y croient peu. Il est clair qu’un très faible niveau d’inflation et l’expression d’une crainte de déflation envoient un message possible de baisse de taux plutôt que de hausse. On a peut-être intérêt à laisser planer cette possibilité, non?

La Banque du Canada va-t-elle baisser ses taux d’intérêt? Encore une fois, les économistes y croient peu. Mais le seul fait que cette possibilité existe, alors qu’aux États-Unis, la banque centrale est en train de réduire son intervention dans l’économie, est suffisant pour faire chuter le dollar canadien par rapport au dollar américain, et vice versa.

Dans une économie qui a beaucoup compté sur les consommateurs aujourd’hui très endettés, la Banque du Canada mise sur les exportateurs. Et la meilleure façon de les aider et de les stimuler, c’est d’encourager un affaiblissement du dollar canadien. C’est pas mal ça qui est en train de se produire…