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L’héritage de Jim Flaherty

Jeudi 10 avril 2014 à 20 h 04 | | Pour me joindre

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On n’a pas fini d’analyser l’impact de Jim Flaherty dans la vie des Canadiens. L’ex-ministre des Finances, qui a déposé son dernier budget le 11 février et qui a démissionné le 18 mars, est mort jeudi dernier. Sur plusieurs plans, Jim Flaherty aura marqué son époque. Et on peut déjà dire que son passage aux Finances de 2006 à 2014 a changé la vie de milliers de contribuables, travailleurs et retraités.


L’héritage budgétaire

On va parler encore de Jim Flaherty dans 15 ans quand on va se rappeler que c’est lui qui a entrepris d’augmenter l’âge d’accès à la Sécurité de la vieillesse de deux ans. De 2023 à 2029, on va graduellement passer de 65 à 67 ans.

On va aussi parler de Jim Flaherty l’an prochain quand le nouveau ministre des Finances Joe Oliver va dévoiler le budget 2015-2016. Ce sera alors le grand retour à l’équilibre budgétaire, voire au surplus, avec un excédent prévu de 6,4 milliards de dollars. Entre le déficit de 56 milliards en 2009 et le surplus de 2015, le travail effectué aura été celui de Jim Flaherty.

Mais, il faut le dire, ce travail aura été difficile et pénible. Le gel des dépenses et les compressions de plusieurs milliards de dollars dans l’appareil de l’État ont eu des conséquences importantes dans la vie de milliers de travailleurs du gouvernement.

On se souviendra donc de lui pour sa rigueur budgétaire, pour la discipline qu’il a imposée à tous et pour la confiance qu’il avait dans son action pour le contrôle des finances publiques.

Pragmatisme

Jim Flaherty s’est démarqué en 2009 en adoptant un budget pour stimuler fortement une économie en récession, alors que le monde entier subissait les affres de la crise financière. Il a dû mettre de côté l’approche conservatrice des questions budgétaires pour plonger, sans hésitation, dans des mesures keynésiennes : plan d’infrastructures, crédit d’impôt à la rénovation, hausse des semaines d’accès à l’assurance-emploi, etc.

C’est un déficit de près de 56 milliards de dollars qui a été enregistré en 2009-2010, le plus important de l’histoire du Canada.

Parce que le Canada est considéré depuis l’ère Chrétien-Martin comme étant un pays aux finances publiques saines, parce que ses banques sont solides et parce qu’il a bien résisté aux troubles économiques mondiaux, Jim Flaherty s’est imposé auprès de ses collègues du G20 durant la crise. Au point que l’Euromoney magazine l’a nommé meilleur ministre des Finances du monde en 2009!

Baisser vos charges fiscales

Sur le plan fiscal, Jim Flaherty a mené une politique avantageuse pour les familles et les contribuables. Parmi les mesures annoncées au cours de son règne aux Finances :

  • réduction de la TPS en 2006-2007 de 7 à 5 %
  • réduction des impôts des entreprises de 22 à 15 %
  • l’instauration d’un cadeau fiscal : le CELI
  • fractionnement des revenus des retraités

Relations complexes avec les provinces

Avec les provinces toutefois, la relation n’a jamais été au beau fixe. Si les relations personnelles étaient franches, honnêtes et cordiales, comme l’ont exprimé les ministres des Finances du Québec Michel Audet, Monique Jérôme-Forget, Raymond Bachand et Nicolas Marceau, les dossiers litigieux étaient nombreux. Malgré une décision de la Cour suprême, Jim Flaherty continuait de travailler à la mise en place d’une Commission pancanadienne des valeurs mobilières, un projet vivement contesté par plusieurs provinces, dont le Québec.

Jim Flaherty a aussi révisé l’accès à l’assurance-emploi et a revu unilatéralement la formule de calcul pour les transferts en santé, ce qui viendra ultimement réduire les montants octroyés aux provinces pour ce secteur névralgique. Et, au Québec, on se rappellera de la décision d’annuler le crédit d’impôt octroyé aux investisseurs qui choisissent le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction CSN.

Cela dit, Jim Flaherty a conclu des ententes porteuses avec les provinces : l’harmonisation des taxes, avec le Québec notamment et la révision de la formule de péréquation, pour ne nommer que ces dossiers-là.

C’est un héritage important que laisse Jim Flaherty. Pour le meilleur et pour le pire, selon le point de vue qu’on a.

On présente le budget Flaherty du 11 février comme étant un budget « transitoire ». Mais il ne faudrait pas en minimiser son importance. Ce budget va préparer le prochain, celui qui nous mènera aux élections générales au Canada en octobre 2015. Il va préparer le terrain pour que le repas soit parfait, que les vents de l’économie soufflent dans la bonne direction ou non.

Il est important pour trois raisons :

  1. La croissance économique est moins forte qu’attendu au Canada. Les risques qui planent sur l’économie ont grandi : faible inflation, croissance du PIB sous les 2 %, essoufflement du marché de l’emploi, demande incertaine avec les secousses économiques vécues par plusieurs pays émergents.
  2. Le gouvernement conservateur a toujours promis de réduire la taille de l’État. La crise de 2008-2009 l’a ralenti dans ce projet. Aujourd’hui, il se reprend. Jim Flaherty a annoncé, le 12 novembre, qu’il gelait les budgets de fonctionnement des ministères pour 2014-2015 et 2015-2016, ce qui entraînera une baisse de 0,2 % des dépenses de programme cette année. Ça s’appelle de l’austérité, nous a dit l’économiste en chef de Desjardins lundi soir François Dupuis.
  3. Et puis, malgré le ralentissement et compte tenu de l’écart entre la croissance des dépenses et celle des revenus, le déficit budgétaire fond comme neige au soleil. Tellement que le ministre Flaherty serait capable d’annoncer l’équilibre budgétaire dès cette année. Il y a fort à parier toutefois qu’il attendra à l’hiver 2015 pour arriver à l’équilibre, voire à un surplus budgétaire important qui lui permettra d’annoncer de bonnes nouvelles fiscales pour les Canadiens avant l’élection.

Dans la mise à jour économique de la mi-novembre, le ministre nous a dit que la croissance des revenus ne serait pas de 5,9 %, mais de 4,6 % en 2014-2015. Les dépenses, je l’écrivais : -0,2 %. Vous voyez l’écart? C’est absolument phénoménal. Le ministre a une incroyable marge de manœuvre et il contrôle le jeu sur toute la ligne.

Il devrait annoncer l’an prochain la réalisation d’une promesse électorale de 2011, celle de permettre le fractionnement de revenus pour les couples avec enfants. Comme c’est le cas pour les personnes de plus de 65 ans, il sera possible de totaliser les revenus d’un ménage et de les diviser par deux afin de réduire son impôt à payer.

Exemple : Vous faites 100 000 $ par année, votre conjoint fait 20 000 $. Vous additionnez les deux revenus et vous arrivez à 120 000 $. Vous divisez cette somme par deux, ce qui vous permet de déclarer deux revenus de 60 000 $. C’est ainsi que vous allez pouvoir réduire l’impôt à payer. Pourquoi?

Parce qu’à 100 000 $, au Québec, en impôt fédéral, vous payez un total de 14 871 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, à deux, vous payez 15 993 $ en impôt fédéral. Si vous déclarez 60 000 $ de revenus, vous payez en impôt fédéral un total de 7093 $. Multipliez par deux et vous arrivez à 14 186 $. Ainsi, vous réduisez votre impôt de 1807 $.

Autre exemple : Vous faites 30 000 $ par année et votre conjoint fait 20 000 $. Ainsi, à 30 000 $, au Québec, vous payez un impôt fédéral annuel de 2375 $. À 20 000 $, vous payez 1122 $. Donc, le total est de 3497 $. Si vous utilisez la méthode du fractionnement de revenus, vous additionnez 30 000 $ et 20 000 $, ce qui donne 50 000 $ et vous divisez par deux. Vous allez donc payer 1749 $ par revenu de 25 000 $ pour un total de 3498 $. Résultat : fractionnement ou pas, vous ne gagnez rien!

Ainsi, pour que cette promesse soit intéressante pour vous, il faut gagner plus que la moyenne et que l’écart entre les revenus soit relativement importants. Le fiscaliste Luc Godbout a bien expliqué le tout, avec ses collègues Suzie St-Cerny et Michaël Robert-Angers dans une étude publiée en 2012, nommée À qui profitera la promesse fédérale de rendre possible le fractionnement du revenu familial.

Les données de l’auteur nous permettent de conclure que les provinces plus riches aux écarts de revenus plus grands et aux tables d’impôts moins progressives vont profiter du fractionnement de revenus. Ainsi, selon Statistique Canada et les calculs des auteurs, en se basant sur les chiffres de 2008, les économies réalisées par les familles seront en moyenne de :

  • 896 $ au Québec
  • 1424 $ en Ontario
  • 1714 $ en Alberta

Pour les 20 % les plus riches, les économies moyennes seront de :

  • 1194 $ au Québec
  • 2179 $ en Ontario
  • 2682 $ en Alberta

Pour les 20 % les moins riches, les économies moyennes seront de :

  • 84 $ au Québec
  • 155 $ en Ontario
  • 567 $ en Alberta

Alors, surveillez bien le budget du 11 février. Tout sera là pour préparer les grandes annonces de 2015.

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Sources : pour les deux exemples, ce sont les données pour 2013 calculées par Desjardins. Pour les comparaisons entre les provinces, c’est l’étude Godbout, St-Cerny, Robert-Angers qui se base sur les données de 2008.

« Désespérément normaux! »

Lundi 16 décembre 2013 à 18 h 12 | | Pour me joindre

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Jacques Parizeau lance un appel au calme. Le Québec n’est pas aux prises avec un problème structurel dans ses finances publiques. « Nous sommes désespérément normaux », nous a-t-il dit dans une entrevue qui sera diffusée à RDI économie mardi soir.

Selon l’ancien premier ministre et ancien ministre des Finances du Québec, la croissance habituelle des revenus de l’État devrait permettre d’absorber la hausse des coûts de santé prévus pour les prochaines décennies. Le groupe de recherche CIRANO prévoit que les dépenses en santé vont doubler d’ici 17 ans. Jacques Parizeau répond qu’une somme à 3 % double tous les 23 ans. C’est donc dire que les coûts de santé devraient grimper d’environ 3,5 % au Québec au cours des prochaines années.

Jacques Parizeau dit que la hausse des revenus nominaux du Québec est généralement, sauf en 2013, de 3 à 3,5 %. « C’est gérable », selon lui.

Il nous demande aussi de regarder les bons chiffres sur la dette. La dette brute est de 192 milliards de dollars. Mais il faut tenir compte des actifs financiers et non financiers, qui sont évalués à 74 milliards de dollars. Nous arrivons ainsi à la dette représentant les déficits cumulés, l’indice utilisé par les autres provinces, affirme Jacques Parizeau. Cette dette avoisine les 118 milliards de dollars, soit 33 % du PIB, l’équivalent du gouvernement fédéral.

Notre vrai problème, dit-il, c’est le retard du Québec sur le plan de l’automatisation des PME et sur l’intégration des technologies de l’information. Notre problème de productivité nuit à nos exportations, qui représentent 50 % de notre PIB. Il est là le problème structurel de dire Jacques Parizeau.

Qu’en pensez-vous?

Voici l’entrevue intégrale…

Où est le plan d’électrification?

Mercredi 6 février 2013 à 14 h 46 | | Pour me joindre

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S’il s’avère que les surplus d’électricité produits au Québec coûteront 500 millions de dollars par année d’ici 2020, il faut se rendre à l’évidence : ça aura coûté cher en subventions pour attirer des entreprises au Québec et stimuler l’économie de certaines régions!

La première ministre Pauline MaroisPour justifier ces surplus créés par les décisions du gouvernement précédent et un retournement de marché, la première ministre Pauline Marois affirme qu’il s’agit là d’un avantage pour convaincre des entreprises de s’installer au Québec. Elle a ajouté un argument de plus vendredi dernier : ces surplus permettront d’électrifier les transports au Québec.

Parfait disent plusieurs analystes! Le Parti québécois s’intéresse depuis plusieurs années à cet enjeu. Mais il faut poser la question : où est le plan concret d’électrification du gouvernement? Et quand sera-t-il en marche? Quel est l’échéancier? Quelles sont les priorités? Parce qu’en attendant, le compteur tourne!

Et, en passant, il tourne aussi, faut-il le rappeler, pour cette centrale thermique de Bécancour qui ne sert presque à rien et qui coûte 150 millions de dollars par année à l’État.

Dans ce contexte, le gouvernement a décidé d’annuler six projets de minicentrales. La réaction du maire de Saint-Joachim et celle du président de la Fédération des municipalités semblent donner raison au professeur Jean-Thomas Bernard qui affirmait la semaine dernière à RDI Économie que les nombreux projets approuvés par les Libéraux dans les années passées ressemblaient essentiellement à des « subventions déguisées » pour certaines régions.

Le gouvernement va épargner 24 millions de dollars en annulant ces projets, mais c’est bien peu à côté des surplus encore à racheter. Et le résultat sur les économies locales est indéniable : ces projets étaient créateurs d’emplois, surtout durant la construction.

Une station de rechargement pour les voitures électriques (Gatineau).Selon Jean-François Blain, analyste du secteur de l’énergie, l’électrification du transport des véhicules de promenade permettrait une économie exceptionnelle. Il estime que le coût actuel en essence pour ces véhicules totalise 8,7 milliards de dollars. En électrifiant tout ce parc de véhicules, la dépense serait réduite à 2,2 milliards à un prix de 15 ¢ le kWh. Jean-François Blain affirme que ça permettrait à Hydro-Québec d’augmenter, en plus, ses bénéfices, de 1,4 milliard. Cela permettrait de verser un dividende supplémentaire de 1 milliard au gouvernement du Québec.

En ce moment, on exporte à perte, on achète les surplus privés à perte et tout ce qui est en construction (La Romaine, les minicentrales, l’éolien) ne viendra qu’ajouter à une offre non nécessaire, qui devrait engendrer d’autres pertes finalement.

Et puis, sur le gaz de schiste, n’avons-nous pas une preuve économique de plus que son exploitation ne serait pas avantageuse pour le Québec? D’abord, parce qu’il y en a une abondance grandissante aux États-Unis. Et parce que l’exploitation du gaz de schiste entrerait en concurrence avec l’eau, le vent et la biomasse, dont la production sera en surplus jusqu’en 2027.

Que les entreprises profitent de l’abondance d’électricité, des faibles prix et de son accès facile pour venir s’installer au Québec, c’est une chose. Qu’il nous en coûte 500 millions par année pour racheter des surplus nous amène dans une autre dimension.

Que ces surplus nous aident à électrifier les transports, c’est une chose. Qu’en attendant un plan détaillé, on dépense des millions et des milliards en est une autre.

N’y a-t-il pas urgence d’agir… et de se brancher?

 

Le problème d’Hydro-Québec : le gaz!

Vendredi 1 février 2013 à 15 h 40 | | Pour me joindre

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Le Québec produit trop d’électricité selon le professeur spécialisé dans les questions énergétiques Jean-Thomas Bernard de l’Université d’Ottawa. La demande a évolué au cours des dernières années et les décisions gouvernementales favorisant le développement de grands projets hydro-électriques, de petites centrales privées et de parcs éoliens nous mènent aujourd’hui à des surplus importants d’électricité qu’Hydro-Québec doit acheter en vertu des contrats signés. Ça pourrait coûter des milliards de dollars à la société d’État au cours des prochaines années. Et ce sont les Québécois qui vont payer. Il faut certainement prévoir des hausses de tarifs.

Les surplus d’Hydro-QuébecComment en sommes-nous arrivés là? Plusieurs facteurs, selon Jean-Thomas Bernard :

  1. La récession a ralenti la demande;
  2. Il y a plusieurs fermetures dans l’industrie des pâtes et papiers;
  3. Le marché de l’exportation n’est plus rentable.

« Avec l’arrivée du gaz de schiste, le prix à l’exportation a plongé, nous a expliqué le professeur à RDI économie jeudi soir. Il y a 3 ou 4 ans, Hydro-Québec, engagé dans les marchés quotidiens, allait chercher 8 à 9 ¢ le kilowatt-heure. Or, aujourd’hui, il peine à aller chercher 4 ¢. »

Or, l’achat du kWh par Hydro-Québec pour les différents projets privés, dont l’éolien, est autour de 10 ¢. Le marché de l’exportation n’est donc pas rentable. La dégringolade du prix du gaz naturel, avec les découvertes importantes de gaz de schiste, a rendu cette énergie plus attrayante pour les produits d’électricité que l’hydro-électricité québécoise. La baisse de la demande, alors que l’offre s’est mise à augmenter, a fait chuter le prix sur le marché.

Dans les circonstances, il est étonnant que l’on continue d’augmenter le potentiel énergétique du Québec avec l’approbation de nouveaux projets. Il y a quelques jours à peine, Québec a annoncé l’approbation d’une nouvelle phase de développement éolien pour la Seigneurie de Beaupré et a autorisé la réalisation d’un très gros projet éolien de 350 MW à la Rivière-du-Moulin dans la réserve faunique des Laurentides.

La première ministre Pauline Marois disait ce matin que ces surplus représentent un « avantage » pour l’économie du Québec. Il faut, a-t-elle dit en point de presse, « utiliser ce surplus d’électricité pour attirer ici de nouveaux investissements et nous engager de façon résolue dans l’électrification des transports. »

« Ils sont dans l’erreur, répond Jean-Thomas Bernard. On a un prix pour l’électricité parmi les plus faibles du monde. Mais il faut réaliser que la nouvelle électricité coûte cher. Et produire de l’électricité à 10 ¢, ce n’est pas un avantage en Amérique du Nord. Ça a été vrai pour la majeure partie de l’histoire du Québec, mais là c’est fini! »

Dans ce contexte, une réflexion s’impose à Québec. Le développement de l’électricité est-il devenu au fil du temps une sorte de « subvention déguisée » des régions comme le pense Jean-Thomas Bernard?