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Il est facile de glisser dans le pessimisme ambiant quand on regarde les indicateurs de l’économie canadienne, soit la chute du dollar et du prix du pétrole, l’endettement des ménages et le ralentissement mondial. Mais le gouverneur de la Banque du Canada ne mange pas de ce pain-là.

L’économiste à la tête de la banque centrale, venu de la planète exportations (il dirigeait il y a quelques années l’organisme Exportations et Développement Canada) est un homme optimiste, jovial, positif. Le verre est toujours à moitié plein avec lui. L’économie ira mieux, nous dit-il.

Le passage à vide de l’économie américaine, qui a touché notre économie, est temporaire. L’économie américaine va bien, les taux d’intérêt remontent, nos exportateurs devraient en profiter, affirme Stephen Poloz. L’économie mondiale va retrouver une meilleure vitesse de croisière, nous dit-il aussi, quelque part en 2016. Et le budget fédéral, qui contiendra des mesures de stimulation fiscale, va certainement aider l’économie canadienne.

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Stephen Poloz

Au micro, Stephen Poloz se montre prudent, non alarmiste, assez optimiste. Le dollar canadien protège notre économie, va-t-il jusqu’à dire, en amortissant l’effet du choc de la chute du pétrole. Mais, dans le détail de l’analyse de la Banque du Canada, dans son rapport sur la politique monétaire de 32 pages publié aujourd’hui, le portrait est plutôt incertain. L’économie canadienne doit s’ajuster à un prix plus faible du pétrole et à un dollar canadien plus faible également. La banque parle d’un « processus long et complexe d’ajustement ».

Ça veut dire deux choses :

  • La chute des ressources entraîne des pertes d’emplois, des faillites d’entreprises, une réduction de revenu pour les citoyens et les gouvernements. Le monde du pétrole, du gaz et des ressources non énergétiques, qui représente 16 % du PIB canadien, est en pleine restructuration.
  • « La diminution de la richesse et du revenu intérieur réel, écrit la Banque du Canada dans son rapport, a freiné les dépenses des ménages et les investissements dans le secteur hors ressources. » Il faudra de trois à cinq ans pour que toute l’économie s’adapte à cette nouvelle réalité, celle d’une économique plus diversifiée, moins orientée vers ses ressources.

Dans les circonstances, cinq choses à savoir sur l’économie canadienne à la lecture du rapport de l’institution sur sa politique monétaire :

  1. La Banque du Canada a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour le Canada, de 2 % annoncé en octobre à 1,4 % aujourd’hui pour l’année 2016, puis à 2,4 % en 2017.
  2. La banque centrale prévoit que « les cours du pétrole demeureront près de leurs niveaux récents », mais à moyen terme, les prix devraient remonter. Les pétrolières ont réduit leurs coûts de production depuis 2014, ce qui leur permettrait de retrouver une certaine rentabilité à un prix plus faible du pétrole que par le passé. Tout de même, selon la Banque du Canada, « les prix vont probablement demeurer volatils ».
  3. Des « vulnérabilités » demeurent dans les finances des ménages, parce que le niveau d’endettement est élevé et que certains marchés immobiliers sont surévalués. Ces « vulnérabilités » s’accentuent toujours un peu plus, selon la banque, et devraient prendre un peu plus d’ampleur encore avec la faiblesse continue des taux d’intérêt.
  4. Les investissements des entreprises ralentissent de façon plus marquée qu’attendu, alors que de plus en plus d’entreprises et de régions du pays disent subir les effets négatifs de la chute du pétrole. Néanmoins, la banque s’attend à une poussée à la hausse des investissements dans la deuxième moitié de 2016.
  5. Une chute encore plus forte du pétrole pourrait avoir des « incidences négatives sur la confiance et les retombées sur la demande […] pourraient peser lourdement sur l’économie en général ».

Avec la dégringolade des marchés boursiers mercredi midi, il y a probablement plus d’un épargnant qui s’inquiète de la suite des choses. Notre système économique s’abreuve à des crises régulières, de la crise du pétrole au début des années 80 à la crise financière de 2008-2009, en passant par l’éclatement de la bulle technologique et la faillite de l’Argentine ou de la Grèce. Sans céder à la panique, on ne peut pas sous-estimer les risques qui pèsent sur l’économie canadienne et ceux qui font réagir les marchés boursiers.

Les lumières rouges sur le tableau de bord de l’économie canadienne se multiplient. Tellement qu’on peut commencer à se demander si le gouvernement Trudeau ne sera pas obligé d’aller plus loin que prévu dans ses investissements pour stimuler l’économie du pays. Il ne serait pas étonnant, dans les circonstances, que des déficits encore plus grands soient à prévoir. Rappelez-vous que lors de la dernière récession, le déficit du gouvernement Harper avait dépassé les 55 milliards de dollars en 2009. Allons-nous revoir de tels chiffres?

Les inquiétudes sont nombreuses :

  • Le prix du pétrole chute encore et encore. Il se dirige vers les 20 $ le baril aux États-Unis, un niveau sous lequel le prix du pétrole canadien est déjà tombé. Produire, vendre, exporter du pétrole aujourd’hui en 2016 au Canada est une activité non rentable;
  • Le dollar canadien est sur le point de tomber sous les 70 cents américains. Si c’est avantageux pour certains exportateurs, les effets ne seront pas les mêmes que par le passé, en raison d’un manque de compétitivité des entreprises canadiennes. La chute du dollar a un effet négatif sur les importations canadiennes, notamment les prix alimentaires, ce qui touche les ménages;
  • La Banque mondiale a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour le PIB mondial, de 3,3 % à 2,9 % pour 2016. Le Canada et ses ressources dépendent de la demande mondiale;
  • Le bilan des mises en chantier en 2015 est positif. On en compte 193 000 au pays, selon les premières données disponibles. Les économistes ne croient pas qu’un tel niveau pourra être atteint de nouveau en 2016;
  • De toute façon, certains marchés sont en surchauffe, et les autorités expriment de plus en plus d’inquiétudes sur des zones à risque, où les familles sont trop endettées et où les marchés immobiliers sont surévalués.

C’est dans ce contexte que les entreprises canadiennes se montrent de plus en plus inquiètes, et donc de plus en plus prudentes. Dans l’enquête effectuée pour l’hiver 2015-2016 par la Banque du Canada, on apprend que la confiance est en chute. « Les intentions d’investissement et d’embauche atteignent leurs plus bas niveaux depuis 2009, les entreprises tournées vers le marché intérieur et celles exposées au secteur des ressources revoyant leurs plans pour tenir compte du ralentissement de l’activité », écrit la Banque du Canada

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, indiquait la semaine dernière que la transition économique en cours au Canada prendra de trois à cinq ans. Ce passage d’une économie trop dépendante aux ressources à une économie plus diversifiée prendra du temps, ce qui pourrait amputer l’économie canadienne dans les prochaines années.

Vous voyez le tableau : l’économie mondiale ralentit, l’économie canadienne est de plus en plus lente, la confiance des entreprises baisse, les intentions d’embauche s’étiolent. Et on a du mal à trouver des indicateurs qui nous permettraient de croire que cette situation est temporaire. Dans les circonstances, comment doivent réagir les gouvernements, en particulier celui de Justin Trudeau?

Avant même d’avoir baissé les impôts et d’avoir investi des sommes dans l’économie, le nouveau gouvernement a fait le constat que le budget 2015-2016, présenté par le précédent gouvernement, allait être déficitaire et non en surplus. Alors qu’il s’est engagé à plusieurs réformes qui nécessiteront un déficit de 10 milliards de dollars en 2016-2017, le gouvernement Trudeau pourrait devoir assumer un déficit encore plus grand. Il peut le faire, parce que même à 15 ou 20 milliards de dollars, le déficit demeurerait à environ 1 % du PIB et le gouvernement pourrait tout de même réduire sa dette. Mais jusqu’où faut-il aller?

Je vous pose la question autrement : le gouvernement Trudeau a-t-il d’autres choix que d’appuyer davantage son économie? Sommes-nous en train de réaliser qu’un simple investissement général dans les infrastructures ne sera pas suffisant? Est-ce qu’un véritable plan de relance économique doit être envisagé à Ottawa?

Bien malin celui qui va prévoir la prochaine crise. Cela dit, certains s’y risquent et parfois ils ont raison. George Soros, financier milliardaire américain, avait vu venir la crise de 2008, mais disait en 2011 que la crise grecque allait être pire. Aujourd’hui, il affirme que les marchés financiers lui font penser à la situation de 2008 juste avant le déclenchement de la crise financière. Et puis, il y a le ministre des Finances de Grande-Bretagne, George Osborne, qui parle, lui, d’un « cocktail dangereux » de risques économiques de toutes sortes : faibles investissements, difficultés à recalibrer une économie qui s’appuie trop sur l’endettement des consommateurs.

L’année 2016 est critique, selon lui. Et les problèmes de la Chine ressemblent à une crise, dit George Soros. À la lecture de ces propos inquiets, le pire est-il donc à venir? Ou donne-t-on trop d’importance aux projections les plus négatives?

En ce premier anniversaire de l’attentat contre Charlie Hebdo, à Paris, l’économiste Bernard Maris, qui faisait partie des 11 victimes de l’attaque des frères Kouachi, pourrait réitérer ce qu’il a souvent expliqué : le capitalisme carbure au risque, à l’incertitude et à l’opacité*. Et nous en avons possiblement une nouvelle illustration aujourd’hui.

Sur un ton un peu plus neutre, le gouverneur de la Banque du Canada affirme, lui, que la chute boursière à Shanghai ne reflète pas nécessairement l’état de l’économie chinoise, que l’économie mondiale devrait retrouver une certaine accélération plus tard en 2016 et que les Canadiens doivent être patients. Il faudra du temps pour que le Canada complète sa transition d’une économie qui dépend trop des ressources à une économie plus diversifiée.

Baisse de taux en vue? Pas de signal clair en ce sens, mais si les taux obligataires canadiens suivent la tendance à la hausse des États-Unis, la Banque du Canada pourrait être tentée d’abaisser son taux directeur, une possibilité de plus en plus considérée par les économistes. En attendant, Stephen Poloz laisse sous-entendre qu’il faudra voir ce que le gouvernement Trudeau entend faire en matière de stimulation de l’économie.

Il est difficile d’annoncer avec conviction ce qui s’en vient. La croissance économique se poursuit, mais les marchés boursiers sont instables et les signaux négatifs se multiplient.

*Un an après l’attentat contre Charlie Hebdo, un film sur l’économiste Bernard Maris, victime de cette attaque, est à l’affiche à la Cinémathèque québécoise, à Montréal. Oncle Bernard – l’anti-leçon d’économie sera présenté jusqu’au 17 janvier.

Incohérence à Ottawa

mercredi 28 janvier 2015 à 13 h 17 | | Pour me joindre

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Desjardins et la Laurentienne ont rejoint les autres institutions financières en abaissant leur taux préférentiel à 2,85 %, une réduction de 15 points de base. Les banques ont décidé de ne pas réduire de 25 points de base leur taux préférentiel, comme la Banque du Canada l’a fait avec son taux directeur, évaluant probablement que la demande hypothécaire demeure forte et que le risque de mauvaises créances est trop élevé.

Est-ce de la prudence? Est-ce une stratégie en prévision d’une nouvelle guerre des taux hypothécaires? On verra. Mais, en attendant, il faut absolument noter l’incohérence du message livré par les autorités monétaires et politiques à Ottawa depuis plusieurs années.

taux

source : ratehub.ca

En 2013, l’ancien ministre fédéral des Finances Jim Flaherty s’était permis d’appeler le patron de la Banque de Montréal pour critiquer sa décision d’abaisser ses taux hypothécaires. Le ministre venait d’annoncer une quatrième série de mesures visant à réduire l’accès au financement hypothécaire, car il craignait l’éclatement d’une bulle immobilière.

Pas plus tard qu’au début décembre 2014, il y a moins de deux mois, la Banque du Canada annonçait que le marché immobilier canadien était surévalué de 10 à 30 % selon différentes estimations. « La lourde dette des consommateurs et les déséquilibres sur le marché du logement demeurent préoccupants », écrivait alors la banque centrale.

Malgré les très nombreux avertissements sur l’endettement des ménages, venus de la banque centrale elle-même, du gouvernement fédéral et d’organismes internationaux comme le FMI, la Banque du Canada a décidé d’abaisser son taux directeur la semaine dernière, décision saluée par le premier ministre Harper, et qui nous mène maintenant à une baisse des taux hypothécaires.

Faible ralentissement

Bien sûr, les récentes données économiques nous confirment le ralentissement de l’économie canadienne. Les experts affirment que nous entrons dans une zone de transition, une sorte de rééquilibrage de l’économie canadienne. Alors que le gouvernement conservateur a carburé pendant plusieurs années aux puits de pétrole, il doit réajuster ses prévisions et ses attentes. Et politiquement, il doit changer de discours et se défendre d’avoir tout misé sur les pétrolières.

Revenons tout de suite à l’économie : le Canada n’est pas en récession. Et le gouvernement fédéral prévoit toujours l’équilibre dans son budget 2015-2016 qui sera présenté en avril. Le directeur parlementaire du budget a confirmé mardi que l’impact de la chute des prix du pétrole est sévère : perte nette de 5,3 milliards de dollars en revenus pour le gouvernement fédéral. Mais en utilisant la réserve pour éventualités (3 milliards) et en s’appuyant sur un prix moyen du pétrole à environ 50 $, le ministre des Finances Joe Oliver peut arriver au déficit zéro sans annoncer de nouvelles compressions dans ses dépenses.

Il faut bien comprendre que les économistes du ministère des Finances n’ont qu’à se montrer que très légèrement plus optimistes que le directeur parlementaire du budget sur le prix du pétrole, et le tour est joué. À 48 $ en moyenne le baril, le directeur du budget prévoit un déficit de 400 millions. Mais, à 51 $, on parle d’un surplus de 700 millions.

Bref, tout ça pour dire que même si le Canada est touché par la chute des cours du pétrole, le sentiment de panique qui semble régner à Ottawa depuis les fêtes paraît exagéré. Statistique Canada a révisé le nombre d’emplois créés en 2014 : 121 000 au lieu des 186 000 annoncés il y a quelques semaines. C’est la plus faible hausse depuis la récession de 2009. C’est une croissance, tout de même! Il faut relativiser!

Le ralentissement de l’économie canadienne est-il à ce point inquiétant pour justifier une baisse des taux et ainsi envoyer un message en totale contradiction avec les avertissements lancés depuis cinq ans à Ottawa?

Baisse de taux? Oui, baisse de taux!

mercredi 21 janvier 2015 à 11 h 47 | | Pour me joindre

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Je ne sais pas combien je donnerais pour voir l’air étonné et entendre la réaction de Mark Carney à Londres. On peut sérieusement se demander si l’ancien gouverneur de la Banque du Canada, aujourd’hui à la tête de la Banque centrale d’Angleterre, aurait osé prendre tout le monde, mais vraiment tout le monde par surprise, en annonçant une baisse audacieuse du taux directeur, alors que les derniers signaux envoyés par l’institution pointaient vers une hausse éventuelle en 2015 ou 2016.

Parce que les cours du pétrole ont chuté de façon spectaculaire depuis juin – un « choc », dit la Banque du Canada. Stephen Poloz, le successeur de Mark Carney, a décidé de réduire de 0,25 point le taux directeur pour le faire passer de 1 % à 0,75 %.

On s’attendait certes à un changement de ton, à ce que la Banque du Canada lance quelques signaux pour une éventuelle baisse de taux si ça devenait trop sérieux, si l’impact économique s’annonçait trop sévère. On s’attendait à ce que la Banque rappelle que la chute du pétrole allait faire pression à la baisse sur l’inflation et que, dans les circonstances, une éventuelle baisse de taux allait peut-être être nécessaire. Mais de là à réduire son taux directeur maintenant, il y avait un fossé que Stephen Poloz n’a pas hésité à franchir.

Pourquoi attendre, nous dit la Banque du Canada, finalement. Les voyants rouges sont déjà allumés dans le tableau de bord de l’économie canadienne, affirme la Banque du Canada, et il est déjà venu le temps d’agir.

Risques sur l’inflation et la stabilité financière

« Le choc des prix du pétrole, écrit l’institution dans son communiqué, intensifie tant les risques à la baisse liés au profil d’évolution de l’inflation que ceux pesant sur la stabilité financière. La mesure de politique prise par la Banque vise à offrir une assurance contre ces risques, à favoriser l’ajustement sectoriel nécessaire au renforcement des investissements et de la croissance, et à permettre à l’économie canadienne de retourner à son plein potentiel et l’inflation à la cible à l’intérieur de la période de projection. »

En agissant ainsi, la banque centrale décide de brûler, déjà, une première cartouche. Même si l’économie est en croissance, et même si la baisse de l’essence et du dollar canadien devrait stimuler l’économie de l’Ontario et du Québec, la Banque  du Canada intervient avec force pour contrer les effets négatifs de la chute des cours du pétrole sur l’ensemble de l’économie canadienne. On a l’impression que la banque centrale veut prévenir les coups!

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Au secours des finances publiques

En baissant son taux directeur, on peut penser que la Banque du Canada vient au secours du gouvernement fédéral, qui aura du mal à atteindre l’équilibre budgétaire prévu cette année. Le Conference Board du Canada évaluait mardi que c’est un manque à gagner de 4,3 milliards de dollars qui est à prévoir pour Ottawa en 2015 en raison de la baisse du pétrole. L’intervention de la Banque du Canada sera bienvenue au ministère des Finances.

La banque s’octroie un rôle économique de premier plan dans sa décision d’aujourd’hui. La relance américaine, la baisse du dollar canadien « et la réaction de la Banque en matière de politique monétaire » vont atténuer les effets négatifs de la chute du pétrole, selon l’institution.

Un geste préoccupant

Fait préoccupant : la Banque du Canada vient donner du souffle au marché immobilier, alors qu’une pression à la baisse va s’exercer sur les taux hypothécaires. Les banques vont probablement baisser leur taux préférentiel, ce qui entraînera une baisse des taux variables. Mais on se demande si cette baisse est raisonnable quand on connaît le niveau d’endettement des Canadiens et la crainte de voir certains marchés être en surchauffe.

Enfin, la Banque du Canada a brouillé les pistes aujourd’hui en agissant comme elle l’a fait. Comment analyser les signaux envoyés par la banque dans le futur? Comment prévoir et planifier nos finances, nos prêts, nos investissements dans un cadre qui peut changer sans avertissement? Est-ce que la Banque va nous prévenir d’une hausse éventuelle des taux?

Ralentir…

mercredi 19 mars 2014 à 12 h 32 | | Pour me joindre

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Stephen Poloz

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a prononcé un discours important mardi à Halifax qui rejoint un constat de plus en plus répandu parmi les économistes : nous sommes appelés à connaître une faible croissance économique au cours des prochaines années. Ce sera le cas dans la plupart des pays occidentaux, dont au Canada.

Plusieurs membres de l’Association des économistes du Québec, comme Jean-Pierre Aubry, François Delorme ou Jean-Pierre Furlong, nous ont déjà parlé du nouveau paradigme qui se dessine : nous entrons, pour plusieurs raisons, dans une phase de croissance lente. L’économiste de l’UQAM Éric Pineault va plus loin et nous a parlé, lui, de stagnation économique.

Selon Stephen Poloz, « l’action conjuguée des forces démographiques et des retombées de la crise financière mondiale […] limite la croissance économique. […]L’économie mondiale ne souffre peut-être pas seulement d’une gueule de bois due à un lendemain de crise financière. D’autres forces à plus long terme sont aussi à l’œuvre ».

Il établit trois défis qui s’articulent au même moment : la morosité de la demande mondiale, les baby-boomers qui commencent à prendre leur retraite et l’augmentation du niveau d’épargne. « Lorsqu’un large pan de la population prend des décisions similaires, a dit le gouverneur Poloz devant un groupe de gens d’affaires, les conséquences de celles-ci sur l’ensemble de l’économie peuvent être notables. »

Lors de la conférence de presse après sa présentation, il est allé plus loin en expliquant que la marge de manœuvre est mince pour les banques centrales du monde. Difficile de baisser davantage les taux d’intérêt pour tenter de stimuler l’économie, alors que des forces s’attaquent aux structures mêmes de l’économie et peuvent venir annuler en quelque sorte une partie de l’impact habituel d’une baisse de taux.

Au cours des 30 dernières années, les baby-boomers travaillaient, ils ont stimulé l’économie, a-t-il dit. Aujourd’hui, nous assistons à un renversement de la tendance démographique. « Si vous voulez critiquer les baby-boomers pour l’avenir (parce qu’ils partent à la retraite), vous devez leur donner du crédit pour le passé! » Mais le passé étant déjà bien consommé, on n’a pas trop le choix de s’intéresser à l’avenir et de le regarder avec lucidité, n’est-ce pas?

Dans les circonstances, Stephen Poloz affirme que les gouvernements doivent être très prudents dans leurs actions. Il faut qu’ils mesurent correctement l’impact des décisions qui ont pour but de réduire la stimulation économique. Et ils doivent continuer d’améliorer l’environnement d’affaires pour les entreprises, en misant notamment sur le libre-échange, a-t-il indiqué.

Le Canada doit aussi composer avec une donne supplémentaire : la migration interprovinciale qui accentue les difficultés pour certaines provinces. Ce phénomène est exacerbé par le fait que l’économie canadienne fonctionne à « deux vitesses », selon Stephen Poloz, soit l’économie de l’énergie et le reste de l’économie canadienne.

Ces propos confirment les récentes observations des économistes Jacques Parizeau, Marc Van Audenrode, Pierre Fortin à propos de la situation du Québec. Le vieillissement de la population se fait plus rapidement au Québec qu’ailleurs au pays. Une quantité importante de travailleurs vont quitter la population active pour aller à  la retraite. Nécessairement, cela nuira à la croissance de l’emploi et de l’économie. En parle-t-on en campagne électorale?

Entre 2 taux…

mercredi 22 janvier 2014 à 13 h 53 | | Pour me joindre

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Depuis le temps qu’on nous raconte que les taux d’intérêt vont monter, voilà que dans la même semaine, on apprend que les banques baissent leurs taux hypothécaires et que la Banque du Canada maintient la possibilité d’une baisse de son taux directeur. Docteur, que se passe-t-il?

D’abord, la Banque du Canada.

L’institution a fait le point sur sa politique monétaire mercredi matin et les économistes ont conclu, pour la plupart, que la banque centrale se montre un peu plus préoccupée par la faiblesse de l’inflation au pays. La modeste hausse des prix depuis plusieurs mois ralentit l’économie. C’est des revenus moins importants que prévu pour les entreprises et pour les gouvernements, c’est moins d’argent injecté dans l’économie. C’est une croissance du PIB qui est donc plus faible.

En principe, un niveau d’inflation faible pourrait pousser la Banque du Canada à abaisser son taux directeur pour tenter de stimuler la consommation, les dépenses et la demande. Ainsi, une demande plus élevée permettrait aux détaillants par exemple d’augmenter leurs prix, et donc leurs revenus. Ça ferait grimper l’inflation et ça stimulerait l’économie!

L’expression d’une inquiétude sur la faible inflation laisse croire à une baisse possible du taux directeur au Canada, même s’il est peu probable que la banque centrale aille jusque là. L’impact est tangible toutefois : ça fait chuter le dollar canadien. Pendant qu’aux États-Unis et en Europe on assiste à une amélioration de la situation économique, au Canada, le gouverneur de la banque centrale alimente une préoccupation sur la faiblesse de l’inflation.

Résultat : les investisseurs se détournent du Canada, ce qui fait chuter notre dollar, qui est sur le point de tomber sous la barre des 90 ¢US. La Banque du Canada n’est pas étrangère à la chute du dollar, c’est clair, et s’en réjouit presque publiquement! Dans son communiqué aujourd’hui, elle écrit que la dépréciation du dollar canadien « stimule les exportations », d’autant que la demande américaine est en hausse.

Dans sa politique monétaire, la Banque du Canada va plus loin et laisse entendre que le dollar est peut-être à un niveau trop élevé : « Bien que notre monnaie se soit dépréciée au cours des derniers mois, écrit-elle, elle demeure forte et continuera de présenter des défis sur le plan de la compétitivité des exportations canadiennes hors produits de base. »

Et les taux hypothécaires?

Pendant ce temps, des banques canadiennes ont décidé d’abaisser quelques-uns de leurs taux hypothécaires pour la première fois depuis 10 mois.

Le taux directeur de la Banque du Canada influence les taux à court terme sur les emprunts que se font les banques, sur l’argent qui circule entre elles. Le taux directeur oriente aussi généralement le taux préférentiel accordé par les institutions financières, taux qu’on utilise, avec ou sans rabais, pour établir le taux variable hypothécaire.

Les taux hypothécaires fixes sont influencés, pour leur part, par le marché obligataire. Et, en ce moment, les taux d’intérêt sur les obligations sont en baisse, car les dernières données économiques sont moins bonnes qu’attendu, notamment sur l’emploi aux États-Unis.

Ainsi, depuis le début du mois, les taux américains baissent, ce qui entraîne également une réduction des taux canadiens qui ont tendance à suivre le mouvement du marché obligataire américain. Le taux sur une obligation de 5 ans du gouvernement du Canada est passé de 1,95 % le 31 décembre à 1,67 % le 20 janvier.

Dans les circonstances, les coûts d’emprunt sont moins élevés dans le marché, ce qui permet aux institutions financières de baisser leurs taux. Cela dit, les économistes, tout comme le gouverneur de la Banque du Canada, s’attendent à une remontée des taux hypothécaires en 2014. En principe, la croissance américaine devrait s’accélérer et le Canada devrait en profiter.

Alors, deux choses en terminant : 1- le taux de la Banque du Canada n’est pas sur le point de monter. La plupart des économistes sont d’avis que la hausse s’amorcera seulement dans la deuxième moitié de 2015. Et, bien que les taux hypothécaires diminuent ces jours-ci, il semble toujours probable qu’ils sont appelés à augmenter en 2014. Restez à l’écoute…

Chute du dollar : une bonne chose?

vendredi 17 janvier 2014 à 15 h 45 | | Pour me joindre

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Plusieurs économistes ne se gênent pas ces jours-ci pour exprimer leur satisfaction à voir le dollar canadien chuter. Du printemps 2013 jusqu’aux fêtes, le dollar est passé du niveau de parité avec le dollar américain à 92 ¢US. Le huard est en ce moment à 91 ¢US. Et, à ce rythme, il ne serait pas étonnant de le retrouver bientôt sous la valeur des 90 ¢US.

Évitons de spéculer sur la suite des choses. Expliquons simplement ce qui se passe.

Le dollar est en baisse parce que les mots de la Banque du Canada et de son gouverneur Stephen Poloz favorisent son recul. Pendant que les États-Unis affichent des signaux toujours plus clairs de reprise économique et que la croissance de la zone euro se raffermit lentement, les données des derniers mois au Canada sont plus faibles.

La Banque du Canada dit quatre choses :

  • le marché immobilier ralentit, « atterrissage en douceur » en perspective;
  • les exportations sont décevantes;
  • les investissements des entreprises montent trop lentement;
  • « les risques à la baisse touchant l’inflation semblent plus grands ».

De plus, le gouverneur de la Banque du Canada et le ministre des Finances Jim Flaherty n’hésitent pas à s’exprimer sur le dollar canadien. Les deux hommes semblent se réjouir de la situation, voyant là un potentiel de croissance pour l’économie canadienne.

L’un des outils économiques à la portée de certains pays, c’est d’agir sur la devise. Les Américains l’ont fait sans vraiment le dire. Les Japonais l’ont fait clairement pour faire baisser la valeur du yen afin de stimuler leurs exportations. Et on pourrait penser que le Canada le fait aussi.

Y a-t-il une véritable menace de déflation au Canada? Les économistes y croient peu. Il est clair qu’un très faible niveau d’inflation et l’expression d’une crainte de déflation envoient un message possible de baisse de taux plutôt que de hausse. On a peut-être intérêt à laisser planer cette possibilité, non?

La Banque du Canada va-t-elle baisser ses taux d’intérêt? Encore une fois, les économistes y croient peu. Mais le seul fait que cette possibilité existe, alors qu’aux États-Unis, la banque centrale est en train de réduire son intervention dans l’économie, est suffisant pour faire chuter le dollar canadien par rapport au dollar américain, et vice versa.

Dans une économie qui a beaucoup compté sur les consommateurs aujourd’hui très endettés, la Banque du Canada mise sur les exportateurs. Et la meilleure façon de les aider et de les stimuler, c’est d’encourager un affaiblissement du dollar canadien. C’est pas mal ça qui est en train de se produire…

Les leçons de 2013

vendredi 20 décembre 2013 à 13 h 14 | | Pour me joindre

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L’année qui se termine a été riche en événements qui devraient nous permettre de réfléchir et de tirer des leçons sérieuses. Pour le respect de la vie humaine et de la dignité des femmes et des hommes. Sur les 10 événements économiques les plus importants, selon notre analyse, plusieurs nous obligent à une réflexion profonde sur le capitalisme, les décisions économiques, la sécurité, l’environnement et notre rapport aux justes coûts des biens et des services.

Déraillement de train à Lac-Mégantic, le 6 juillet 20131- L’événement de l’année, c’est bien sûr l’explosion de Lac-Mégantic le 6 juillet. L’impensable s’est produit ce jour-là, mais des révélations du Globe and Mail nous ont appris que des signes avant-coureur ont été ignorés. Le niveau de dangerosité de certains types de pétrole, notamment celui qui était transporté dans les wagons qui ont déraillé à Lac-Mégantic, n’a pas été bien évalué. L’étiquettage des wagons n’a pas été bien fait. Le type de wagon utilisé était, de toute évidence, inapproprié. L’entreprise MMA faisait partie de celles qui avaient connu le plus d’incidents par les années passées. Bref, après coup, on réalise qu’il y avait plusieurs voyants rouges sur le tableau de bord. Cette tragédie soulève de sérieuses questions sur la sécurité entourant le transport du pétrole. En 2011, les trains transportaient au Canada 100 000 barils de pétrole par jour. En 2014, ce sera 1,1 million. Avec le développement possible d’oléoducs vers l’est, le sud et l’ouest, l’enjeu de la sécurité ne peut être que prioritaire. La production de pétrole ne cesse de grandir en Alberta, mais aussi aux États-Unis : le Texas vit un boom, le Dakota du Nord aussi avec le pétrole de schiste. Les États-Unis deviendront le premier producteur de pétrole du monde en 2015.

2- Un autre événement malheureux nous oblige à un examen de conscience. Le 25 avril dernier, l’horreur a frappé au Bangladesh. Un bâtiment qui abrite plusieurs manufactures de vêtements s’est effondré faisant plus de 1000 morts. Dans cette usine, on fabriquait des vêtements pour des entreprises occidentales, notamment la Canadienne Loblaw. Le gouvernement du Bangladesh a annoncé en novembre que le salaire minimum des employés du textile allait passer de 36 à 72 dollars par mois. Ce qui s’est passé là nous fait réaliser que nos bas prix, qu’on vante tant chez nous, sont attribuables dans certains cas au fait qu’on offre des conditions misérables à des milliers de travailleurs. Doit-on faire des économies au magasin au détriment de la vie humaine ?

3- Et puis, autre enjeu socio-économique majeur : la crise budgétaire américaine. La paralysie du gouvernement en octobre, provoquée par un affrontement politique entre les Républicains et les Démocrates, a entraîné la mise à pied temporaire de 800 000 fonctionnaires américains. Pendant plus de deux semaines, des pronostics pessimistes ont circulé sur l’impact économique. Complètement déconnectés de la réalité économique des millions de ménages américains, pauvres et sans aucune assurance, des membres du Congrès sont passés à quelques heures de plonger le pays dans un défaut de paiement. L’enjeu portait essentiellement sur le financement de la réforme santé du président Obama, réforme qui a pour but de permettre à des dizaines de millions d’Américains d’avoir accès à une assurance santé.

Dans les autres événements à retenir, 2 sont liés au gouvernement du Canada, 1 autre au gouvernement du Québec et plusieurs autres portent sur des entreprises canadiennes.

Le ministre Nicolas Marceau présente sa mise à jour économique.4- À Québec, le ministre des Finances Nicolas Marceau nous a dit longtemps que l’emploi allait bien, que l’économie se portait bien et que le déficit 0 allait être atteint comme prévu en 2013-14. En septembre, il nous disait même que c’était un « engagement ferme ». Finalement, la croissance économique en 2013 a été décevante et le ministre Marceau a été obligé de se rendre à l’évidence et de reporter de 2 ans l’équilibre budgétaire. Déficit cette année de 2,5 milliards de dollars en incluant la provision pour le Fonds des générations. Déficit prévu de 1,75 milliard $ l’an prochain. Et puis, déficit zéro en 2015-2016 avec toutefois une somme d’UN milliard de dollars à identifier. L’agence de notation Fitch a placé la dette du Québec sous surveillance avec perspective négative.

5- À Ottawa, les choses semblent s’accélérer. On prévoit plus qu’un déficit zéro dans 2 ans, on prévoit même un surprlus. Dans le budget du 21 mars dernier, le ministre Jim Flaherty a annoncé l’abolition graduelle du crédit d’impôt pour fonds de travailleurs d’ici 2017. Cette décision a soulevé une vive opposition au Québec où se trouvent les 2 plus importants fonds de travailleurs : le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction CSN. Des syndicats, des travailleurs, des employeurs, des patrons, des politiciens sont sortis publiquement pour défendre le crédit d’impôt. Dans le cas du Fonds de solidarité FTQ, ça s’est fait dans des conditions difficiles puisqu’en même temps, il y a eu plusieurs révélations à la Commission Charbonneau sur l’influence du crime organisé auprès de certains dirigeants du Fonds FTQ. Ottawa maintient sa décision de mettre fin au crédit d’impôts pour les fonds de travailleurs.

6- Le 18 octobre, le premier ministre du Canada Stephen Harper a annoncé qu’après 4 ans de négociations, le Canada a conclu une entente de libre-échange avec l’Union Européenne. L’accord couvre pratiquement tous les secteurs d’activité. Le système de gestion de l’offre est protégé, mais le traité permettra l’importation de plus de fromages européens au Canada.

7- La catastrophe de l’année dans le monde des affaires au pays, c’est sans contredit la déconfiture de BlackBerry. En début d’année, le 30 janvier, tous les espoirs étaient permis. Le PDG Thorsten Heins, à la manière de Steve Jobs qui aimait présenter ses nouveaux produits sur une scène en faisant un véritable spectacle, a dévoilé le Q10 et le Z10. Ces deux appareils représentaient alors l’avenir de l’entreprise, qui a même annoncé ce jour-là un changement de nom, de Research in Motion à Blackberry. La suite a été décevante : le nouvel appareil n’a pas connu le succès escompté, les ventes ont été décevantes, l’entreprise s’est mise à annoncer des pertes, le PDG est parti, comme plusieurs autres dirigeants et administrateurs. On a tenté de trouver un acheteur pour l’entreprise, on a ensuite laissé tomber. Aujourd’hui, John Chen est le patron par intérim et il doit trouver une voie d’avenir pour ce joyau technologique canadienne qui a dû supprimer plusieurs milliers d’emplois. Il prévoit le retour à la rentabilité en 2016.

8- 27 juin : le CRTC dit oui à la vente d’Astral à Bell. Transaction de 3 milliards 400 millions de dollars.

9- 26 novembre : acquisition pour 12 ans des droits de diffusion au Canada des matchs de la Ligue nationale de hockey par Rogers pour 5,2 milliards de dollars.

10- 7 novembre : les investisseurs ont les yeux tournés vers Twitter, qui entre en bourse. L’action bondit de 75 % à sa première journée, ce qui permet d’évaluer l’entreprise à environ 25 milliards de dollars.

À surveiller en 2014

– les négociations sur les régimes de retraite au Québec : une loi cadre devrait être adoptée pour permettre le partage à parts égales des cotisations dans les régimes à prestations déterminées et organiser les négociations dans les municipalités ;
– un affrontement est à prévoir entre la direction de Postes Canada et son syndicat sur les compressions annoncées en décembre, la réduction des services, la suppression de postes et la réorganisation du régime de retraite ;
– avant ou après d’éventuelles élections, il y a aura un budget à Québec quelque part entre février et avril : pas de hausse d’impôts et de taxes en vue ;
– il y aura aussi bien sûr un budget à Ottawa au printemps : les premiers cadeaux fiscaux en vue des élections de 2015 seront probablement annoncés ;
– pas de hausse à prévoir du taux directeur de la Banque du Canada et de la Réserve fédérale américaine ;
– est-ce que BlackBerry va survivre à 2014 ?
– comment Rona va-t-elle remonter la pente après une année difficile ?

Enfin, mes personnalités économiques de l’année sont :

– au Québec : Pauline Marois. Ce n’est pas un jugement sur la qualité de ses politiques économiques, mais sur son hyperactivité dans l’économie. Le gouvernement Marois est très très présent dans tous les secteurs d’activité de l’économie. Plusieurs prêts et subventions ont été annoncés. Le gouvernement a aussi dévoilé sa politique économique, qui vise à stimuler le secteur manufacturier, améliorer la recherche et l’innovation, mettre en place l’électrification des transport en plus d’encourager le commerce extérieur. Aussi, bien sûr, le report du déficit 0 est un élément marquant de l’année 2013.

– au Canada : Stephen Poloz. Il est en place depuis 6 mois et le ton de la Banque du Canada est radicalement différent de celui de son prédécesseur Mark Carney. Sa politique favorise la baisse du dollar canadien. Il a offert une admission sans précédent à RDI économie en déclarant que la politique de la Banque du Canada depuis 6 ans a aidé à la surévaluation du marché immobilier canadien. Son défi : faire remonter l’inflation tout en évitant d’accentuer le problème de l’endettement des ménages.

Les fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, en 2004– dans le monde : Sergey Brin et Larry Page, les patrons de Google. L’empire qu’ils ont bâti est à l’avant-garde des tendances et se démarque en terme d’innovation par rapport à ses concurrents. Google ne cesse d’ajouter des applications et de les bonifier. Son opérateur Android est dominant, ses applications font partie de celles qui sont les plus téléchargées, la recherche, les cartes, les jeux, les vidéos, les courriels. L’entreprise mise en ce moment sur l’acquisition d’entreprises qui conçoivent des robots dans l’objectif de profiter du marché grandissant de l’aide domestique. Google peut même vous dire où vous étiez dans les derniers jours avec son historique de localisation. Selon Forbes, Sergey Brin et Larry Page font partie des personnes les plus puissantes de la planète. La fortune du premier est évaluée à 24,4 milliards, celle du second à 24,9 milliards de dollars. L’action a dépassé la barre des 1000 dollars cette année. Google fait aujourd’hui 10 capitalisations les plus importantes de la bourse dans le monde.

Je vous souhaite de joyeuses fêtes !

La carotte, le bâton et le huard

vendredi 13 décembre 2013 à 15 h 06 | | Pour me joindre

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Malgré tous les avertissements, malgré le resserrement des règles hypothécaires et même si l’économie ralentit, les Canadiens continuent de s’endetter. Le niveau d’endettement des ménages monte moins rapidement que par le passé, mais il monte encore. Au troisième trimestre, ce taux est passé de 163,1 à 163,7 %. Autrement dit, pour chaque tranche de 100 $ de revenu disponible, les ménages ont une dette moyenne de 163,70 $, en incluant le crédit à la consommation et les dettes hypothécaires.

Votre dette, c’est la menace principale dans l’économie canadienne selon plusieurs experts. Le FMI nous le dit souvent : le Canada s’expose à des jours difficiles si une bulle d’endettement se forme et éclate avec une éventuelle hausse des taux d’intérêt.

Dans les circonstances, la Banque du Canada peut difficilement envisager une baisse de taux d’intérêt pour stimuler l’économie. Mais elle ne peut pas non plus les monter compte tenu de la faible croissance du PIB et de l’inflation. C’est un exercice d’équilibrisme intense pour le nouveau gouverneur de la Banque du Canada.

Stephen Poloz, gouverneur de la Banque du Canada, et Gérald Fillion, à droiteD’ailleurs, en entrevue à RDI économie jeudi, Stephen Poloz a admis sans gêne que la banque centrale a joué un rôle dans l’embellie immobilière au pays. Une étude de la Deutsche Bank nous apprenait cette semaine que c’est au Canada que le marché est le plus surévalué dans le monde en raison de la hausse des prix à Toronto et à Vancouver principalement. « C’est vrai que c’est surévalué, a dit Stephen Poloz, mais c’est l’une des conséquences prévisibles de notre politique qui était celle d’avoir plus de dépenses des ménages pour contrebalancer le manque d’exportations durant la récession. »

Stephen Poloz a clairement changé la ligne directrice à la Banque du Canada, tandis que l’économie a montré des signes de faiblesse depuis l’été dernier. Sous Mark Carney, stratégie du bâton, on cherchait à freiner les élans de l’endettement en maintenant une menace de hausse de taux d’intérêt. Sous Stephen Poloz, stratégie de la carotte, on laisse poindre la possibilité de baisser les taux, ce qui a pour effet de faire chuter le dollar canadien.

La banque centrale tente de transférer une partie du soutien à l’économie du consommateur vers l’exportateur qui, en principe, devrait bénéficier d’une baisse du dollar canadien face au dollar américain.

Sur ce sujet-là aussi, Stephen Poloz ne passe pas par quatre chemins : « Nous sommes plus clairs, plus honnêtes, nous avons des incertitudes autour du taux d’inflation et de la trajectoire pour retourner à 2 %. » Et le marché capte le message!

Pour résumer, si Jim Flaherty ne réussit pas à ralentir l’endettement des Canadiens en resserrant les règles hypothécaires et si la Banque du Canada ne peut pas vraiment freiner la consommation, que reste-t-il? Le dollar canadien! Et c’est sur la devise que semble travailler la Banque du Canada pour tenter d’équilibrer et de consolider les sources de croissance pour l’économie canadienne.